View Full Version : Concorde : des révélations


Fabb
July 24th, 2004, 01:30 PM
http://www.concordesst.com/pictures/fbvfchome.jpg

Des témoignages pointent la fragilité de l'appareil depuis ses débuts.
«Concorde n'aurait jamais dû revoler après le crash de 2000»

Par Lionel FROISSART

samedi 24 juillet 2004 (Liberation - 06:00)


Dimanche, comme tous les 25 juillet depuis quatre ans, une petite commémoration et une cérémonie religieuse seront organisées à Roissy et à Gonesse en mémoire des victimes du crash d'un Concorde d'Air France, survenu peu après le décollage le 25 juillet 2000. Une catastrophe qui avait fait 113 victimes : les cent passagers, les neuf membres d'équipage et quatre personnes au sol. Cette année, les participants seront un peu moins nombreux que l'année précédente. L'ouvrage du temps qui passe. La justice, elle, n'oublie pas. L'enquête sur l'accident le plus traumatisant qu'ait connu la compagnie Air France se poursuit. L'instruction va passer dans une «phase plus active» à l'automne et déboucher sur d'éventuelles mises en examen.

Sur le strict plan technique, rien de nouveau n'est apparu ces derniers mois même si, il y a quelques jours, le parquet de Pontoise a cru bon de souligner que la lamelle à l'origine de l'éclatement d'un pneu * entraînant l'enchaînement irréversible * était en titane, matériau léger et très résistant, et non pas en métal. On l'avait appris dans les mois ayant suivi l'accident. Le rapport d'étape publié par le BEA (bureau enquêtes et analyses) en novembre 2001 détaillait la composition de cette fameuse lamelle tombée d'un DC 10 de la compagnie américaine Continental Airlines qui venait de décoller moins de quatre minutes avant le passage du Concorde. Ce rapport affirmait que cette lamelle était composée à 89,67 % de titane. Selon le fils de Gilles Jardinaud, l'officier mécanicien naviguant, l'un des trois responsables du vol (1), il ne s'agit donc que d'un effet d'annonce, cette information ayant été portée, depuis longtemps déjà, à la connaissance des membres des familles qui s'étaient portées partie civile.

Fierté nationale. Pour la plupart d'entre eux, la blessure reste vive et l'amertume grande... Comme pour les auteurs d'un rapport du CHSCT-PN (2) d'Air France. Cette étude d'experts souligne que pendant des années, les carences d'un appareil devenu mythique ont été dénoncées, sans beaucoup de résultats. Le Concorde, depuis son premier vol d'essai en mars 1969 et ses débuts commerciaux en janvier 1976, était devenu un objet de fierté nationale qu'il ne fallait surtout pas ébrécher. Pourtant, bien avant l'accident de Gonesse, plusieurs Concorde étaient passés près de la catastrophe. Le pire, c'est que ces événements «précurseurs» graves auraient sans doute évité l'accident du 25 juillet 2000 si les recommandations du CHSCT-PN avaient été suivies d'effets pour atténuer ou supprimer les faiblesses de cette belle machine.

Ainsi, le CHSCT-PN liste 16 incidents graves et six accidents précurseurs rapportés sur vingt-quatre années d'exploitation d'une flotte de 13 avions. Le terme d'accident étant retenu dès lors que l'avion a subi des dommages structurels. Ajoutées aux 57 incidents de pneumatique enregistrés dans un rapport du BEA, ces défaillances offrent une photographie précise de la relative vulnérabilité du Concorde. Ce qui est confirmé par le fils du mécanicien : «Mon père ne cachait pas que le Concorde était un avion difficile. Un appareil vieillissant qui exigeait une vigilance permanente en vol. Il était d'ailleurs assez rare qu'une traversée de l'Atlantique se déroule sans incidents. Mais il appartenait malgré tout à une famille ; celle du Concorde. Ce n'est qu'après l'accident que certains membres des familles des victimes ont, à leur tour, pu découvrir la dimension de cet avion.» Et les raisons pour lesquelles il avait été protégé durant toute sa carrière.

Ce qui explique aussi le peu de publicité faite aux incidents graves rencontrés par les Concorde d'Air France et de British Airways. Le rapport dénonce même une «volonté d'édulcoration et de minimisation des problèmes».

Parmi les 16 cas étudiés par le CHSCT-PN, les incidents les plus graves ont pour origine la détérioration d'un pneumatique au décollage. Il en résulte à chaque fois des dommages à la structure de l'appareil et de ses réacteurs.

Après un incident de ce type en mars 1979 à Dakar, un autre Concorde échappe de peu à la catastrophe à Washington trois mois plus tard. Comme à Gonesse, l'éclatement d'un pneu provoque l'arrachement d'une partie du revêtement de l'aile gauche, de nombreux impacts sur l'intrados (le dessous de l'aile), l'endommagement d'un réacteur et surtout l'écoulement du carburant par treize perforations. Ce jour-là, les passagers de ce vol Concorde ont simplement eu la chance que le carburant ne s'enflamme pas.

«Garder la maîtrise». Il devient alors évident que les incidents de pneumatique sur le supersonique franco-britannique sont «considérablement plus importants que sur les autres avions». L'un des auteurs du rapport du CHSCT-PN affirme qu'à la lumière de ces problèmes, le dessous des ailes du Concorde aurait dû être renforcé. Mais, coûteuse en poids, cette modification aurait imposé de supprimer plusieurs sièges passagers. Il a fallu la mort de 113 personnes pour que les Concorde subissent des modifications au niveau des réservoirs de carburant situés dans les ailes et que la cabine soit allégée de plusieurs rangées de sièges. Mais selon l'un des rapporteurs, toutes ces modifications étaient vaines. «Même s'il est difficile de ne pas admettre la démonstration selon laquelle la lamelle sur laquelle le Concorde a roulé est le facteur causal de la catastrophe, cet avion, aussi magique fut-il, n'aurait jamais dû récupérer son certificat de navigabilité et ainsi revoler. Le CHSCT-PN d'Air France était d'ailleurs opposé à sa remise en ligne.» Mais outre la volonté gouvernementale de le voir reprendre les airs, le 7 novembre 2001, «les exploitants voulaient garder la maîtrise de sa fin de carrière», analyse encore le fils de Gilles Jardinaud.

Le Concorde ayant fait son temps, Air France a cessé son exploitation le 31 mai 2003 en France, suivi par les Anglais en octobre 2003.

(1) Les deux autres sont le commandant de bord Christian Marty et le pilote Jean Marcot.

(2) Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail d'Air France - Personnel navigant.

eomer
July 24th, 2004, 11:01 PM
On a tjs su que c'était un avion assez spécial. Ses performences étaient celles d'un chasseur capable de maintenir la vitesse de pointe pendant plusieurs heures.
La consommation a tjs été un problème: lors de l'atterissage, il lui restait à peine de quoi voler pendant 5 minutes....

sussucre
July 26th, 2004, 01:08 AM
franchement, ça a été une si belle aventure que je pense qu'il ne faut pas regretter. on peut jeter de l'huile sur le feu maintenant que c'est fini, mais ça ne change rien: concorde a été et reste la plus belle bête des airs de toute l'histoire de l'aviation civile, et le restera encore un bon bout de temps !!!

Fabb
July 26th, 2004, 01:03 PM
Oui, tu as raison.
J'étais toujours ému de le voir voler, et j'ai le regret de pas avoir pu l'utiliser... à quoi bon accumuler les Miles d'AF maintenant ?

Mais tout de même, l'article de Libé (et ce n'est pas le seul) me laisse perplexe.
La France a-t-elle voulu se donner l'illusion qu'elle était une grande puissance ? Ou bien au contraire, est-ce maintenant que nous renonçons à notre véritable vocation d'avant-gardisme et d'audace ?
Sommes-nous devenus timorés ?

eomer
July 26th, 2004, 09:11 PM
Je pense que nous (français et britanniques) sommes devenus plus pragmatiques: en 1975 personne ne voulait croire au succès de l'A300 et à l'échec commercial du Concorde (qui était rentable à la condition d'enlever tous les frais de conception et d'achat). La rentabilité à court terme semble être la seule raison d'être de tout projet en la matière: pour l'A380, on fait passer le seuil de rentabilité avant les performences.

Ce qui nous attend est un monde avec moins de rève et plus de réalisme....un monde très chiant quoi.

78derngate
August 23rd, 2004, 08:30 PM
If you are a lover of Concorde, then take a look at www.save-concorde.co.uk these guys are doing an excellent job in their fight to return one Concorde to flight for the British nation and the rest of the world.

They also have an online petition, which is swelling by the day.....why not add your signature too....

CONCORDE....FIGHT FOR FLIGHT (http://www.save-concorde.co.uk)

Regards,

78derngate

eomer
August 23rd, 2004, 08:54 PM
Oui mais bon, il faut être réaliste: le concorde est un avion de conception ancienne et le maintenir en survie artificielle pour un vol de temps en temps de changera rien à l'affaire. Je souhiate la réalisation d'un nouveau supersonique civil capable de succéder au concorde et d'être rentable.

Matthieu
August 24th, 2004, 11:55 AM
I think the concorde is rather outdated now. They could build a better one. Ive read im a Science et Vie magasine that boeing had a prototype of a nearly supersonic place. but of the size of an Airbus. Looking at the pics it was very advanced. Never got built yet....

gun57
August 24th, 2004, 11:49 PM
les mauvaises langues prétendent que ce fameux projet de gros supersonique présenté par boeing était surtout un gros coup de pub au moment ou airbus lancait l'A380 et s'imposait comme le premier constructeur.

en faite boeing a, parait-il, tenté de destabiliser les futurs clients de l'A380 avec ce prototype : les ricains voulaient montrer que l'avenir de l'aviation c'était "plus vite" et non pas "plus gros"...

toujours est-il que avec la hausse du pétrole, qui est bien partie pour etre durable, on voit mal comment un supersonique (qui consomme forcément beaucoup plus qu'un apareil classique) pourrait etre rentable !

eomer
August 25th, 2004, 10:10 AM
Le sonic cruiser a toujours été une grosse connerie. Il est ridicule de vouloir voler à une vitesse proche de celle du son à cause de l'onde de choc: il faut aller moins vite ou plus vite. Un supersonique ne pourra être que le fruit d'une collaboration entre Airbus, Boeing et peut être d'autres constructeur comme Embraer ou Tupolev.

Phil
August 25th, 2004, 12:49 PM
Pas sur qu'un supersonic doivent necessairement etre le fruit d'une collaboration. Après tout Airbus a bien conçu l'A380 seul, donc c'est possible de mener des projets pharaoniques en solo. Cela dit ca serait surement mieu si ça se faisait en collaboration.

Sinon d'accord sur le fait que le sonic cruiser était stupide, il avait un design d'enfer, mais je trouve que le gain de vitesse offert était trop faible (un peu comme payer le double d'un TGV pour mettre un Maglev ).

Fabb
July 23rd, 2005, 04:50 PM
Crash du Concorde: le champ des responsabilités prend forme
AFP le 23/07/2005 12h22
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Cinq ans après le crash du Concorde, le champ des responsabilités prend forme avec la mise en examen en mars de la Continental Airlines, alors que la justice s'intéresse à d'éventuelles fautes ou négligences des pouvoirs publics et du constructeur du supersonique.

113 personnes ont péri dans le crash du Concorde d'Air France, le 25 juillet 2000, à Gonesse (Val d'Oise).

Après quatre ans d'expertises, l'information judiciaire ouverte au lendemain de l'accident pour "homicides et blessures involontaires", a abouti fin 2004 à un rapport final désignant deux causes majeures.

Une lamelle métallique d'abord. Selon la justice, les pneus du Concorde ont explosé en roulant au décollage sur cette pièce, perdue sur la piste par un DC-10 de la Continental Airlines. Des erreurs dans l'entretien du DC-10 ont été relevées par la suite.

En mars dernier, le juge d'instruction de Pontoise en charge de l'affaire, Christophe Régnard, en tirait les conclusions et prononçait la mise en examen -la 1ère dans ce dossier- de Continental en tant que personne morale pour "homicides et blessures involontaires".

La compagnie aérienne américaine a toujours rejeté toute responsabilité dans l'accident.

La deuxième cause du crash réside, toujours selon le rapport final, dans un "défaut important" du Concorde, au niveau de l'intrados de l'aile de l'avion.

Cette faiblesse était connue du constructeur (Aérospatiale puis, après mutation du groupe, Airbus et enfin EADS), comme de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) dès 1979, après l'accident d'un Concorde à Washington (USA) présentant des similitudes avec celui de Gonesse.

Selon Me Roland Rappaport, avocat du Syndicat National des pilotes de ligne (SNPL) et de la femme d'un des pilotes morts dans l'accident, parties civiles au dossier, le ministre des Transports de l'époque Joël Le Theule (décédé en en avait également été informé.

"Il résulte du dossier que le ministre était au courant de la fragilité de l'aile", et que le défaut avait été évoqué lors du conseil des ministres du 3 octobre 1979, a affirmé Me Rappaport à l'AFP.

Toujours selon le rapport final, ce défaut n'a été traité qu'après le crash. Mais aurait pu l'être avant: de source proche du dossier, plusieurs anciens responsables de fabricants de technologies aéronautiques entendus dans le dossier ont indiqué avoir développé et proposé au constructeur, bien avant l'accident, des solutions susceptibles de renforcer le supersonique. En vain.

Négligences, erreurs de stratégie, omissions délibérées? Selon une source judiciaire, le juge Régnard a diligenté récemment une expertise pour expliquer pourquoi le constructeur de l'avion n'avait pas adopté ces solutions.

Le co-président d'EADS Noël Forgeard, également ancien patron d'Airbus et ancien conseiller technique de Joël Le Theule, a été entendu dans cette perspective en juin dernier par le juge, de source judiciaire.

Interrogé sur ses choix avant le crash, le groupe EADS a déclaré à l'AFP qu'il ne ferait "pas de commentaire sur un dossier en cours d'instruction".

Plus globalement, l'expertise doit déterminer pourquoi des recommandations qui avaient été formulées en 1979 n'avaient pas été suivies. Ses conclusions, attendues courant août, pourraient constituer la base de nouvelles mises en examen, selon une source judiciaire.

Le juge Régnard réunira les parties civiles au dossier le 31 août pour les informer de l'évolution de l'enquête.

AFP