Slaoui
January 16th, 2011, 03:25 PM
Centre hospitalier de Témara. Premier de sa lignée
http://www.archimedia.ma/images/stories/cdm80/S3/centre-hospitalier-temara.gif
Premier modèle du projet « Santé au Maroc », visant à rénover 17 centres hospitaliers afin d’élargir l'accès aux soins à toute la population marocaine, l’hôpital de Témara tient sa promesse. L’établissement a été conçu comme une machine, fonctionnel, au service de la médecine par les architectes Driss Hajji et Aziz El Ouali. Coût total du projet national : 141 millions d'euros.
Les architectes ont offert aux patients du Centre hospitalier de Témara des espaces de vie très appréciables. Conçu par le groupement d’architectes Driss Hajji et Aziz El Ouali, cet hôpital préfectoral a été initié par le ministère de la Santé. D’une surface de près de 18.000 m², le bâtiment comprendra 250 lits, un plateau technique ultramoderne (6 blocs opératoires, 1 laboratoire, 3 salles de radiologie, etc.) et un héliport, pour un coût final de 150.000.000 DH. Une somme importante pour un hôpital se voulant le premier modèle du projet « Santé au Maroc », visant à rénover 17 centres hospitaliers et à élargir l'accès aux soins à toute la population marocaine. Le coût total de ce projet national s'élevant à 141 millions d'euros.
Les techniques médicales sont évolutives et font appel à des équipements spécifiques de plus en plus importants et complexes. Ces derniers ont, la plupart du temps, une lourde incidence sur le coût final du bâtiment. Étant donné la taille du projet et la complexité des problèmes qui sont posés, le groupement d’architectes s’est, très tôt, entouré de spécialistes, sollicitant des compétences diverses. Un bureau d’études, sélectionné par appel d’offres international (condition de la banque européenne, bailleur de fonds), EPOS, a été chargé de l’assistance technique. Sa mission est de cadrer le projet (coût, travaux, études…) sans pour autant intervenir directement sur le travail de l’architecte.
Mais beaucoup de questions peuvent avoir une réponse auprès des utilisateurs mêmes, bien que ceux-ci puissent être controversables. L’architecte Driss Hajji estime d’ailleurs que « les réponses ne sont pas le fait d’un concepteur, mais d’une équipe entière concernée à tous les niveaux, des autorités de tutelle au maître d’ouvrage, du personnel médical au personnel technique ».
La difficulté de ce projet était de résoudre cet incroyable puzzle de locaux, de fonctions, de services, de circulations… qui doivent s'imbriquer l’un dans l’autre d’une manière précise. Les architectes on pris le parti de solutionner avec des idées simples un champ d’action très complexe : offrir aux malades comme aux praticiens des espaces si clairement organisés que tout désormais paraîtra dégagé, commode, confortable, accueillant et humain. Cette approche fonctionnelle, rationnelle et sensible est certainement la clé de voûte du projet.
L’architecture hospitalière est centrée sur la condition du malade, c’est-à-dire sur sa protection physique comme morale contre les éléments externes, mais aussi internes. Cette condition est ici résorbée avec plus ou moins de succès en assurant un confort, des conditions sanitaires, des protections adéquates et, in fine, un environnement sécurisant. La difficulté ultime restant d’assurer les transferts et les échanges de malades, de nourriture, de déchets, de matières, d’équipements, de personnel, de visiteurs, etc.
De sa visite à l’hôpital de Vierzon qu’il a tenu a visiter pour mieux appréhender la problématique de la circulation en milieu hospitalier, Driss Hajji est revenu avec l’idée d’un circuit unique de stérilisation. Un concept résolument actuel et clairvoyant de centralisation. Deux monte-charges, l'un pour le « salé » et l'autre pour le « propre », desservent tout l’hôpital avec un traitement consubstantiel au sous-sol. Des liaisons de circulation directes ont été constamment recherchées, elles impliquent des distances de travail courtes, des volumes plus faibles à traiter, donc en principe plus faciles à contrôler, engendrant une économie de surface.
Pour distinguer le plus naturellement possible les différents circuits, les architectes ont opté pour une séparation totalement hermétique des flux. Les interventions au niveau des étages sont minimisées au maximum. Trois zones (rouge « médical », verte « logistique », bleue « visiteur ») totalement étanches et impénétrables (zone verte enterrée au sous-sol) procurent alors confort, organisation et discernement. L’architecte compare un « hôpital » à une « usine » ; les deux entités ayant pour but ultime de dégager, fluidifier et sécuriser l’espace au maximum. Cette nette distinction des espaces correspond à une lisibilité spatiale qu’ont su exploiter les architectes. L’ambition architecturale est donc là.
L'accueil, les espaces publics, sont préalablement mis en scène dans une intelligence recherchée. Dès le départ, les architectes optent pour une idée de « rue » sous l'aspect d’un passage visiteur traversant l’hôpital, en forme de L. Cette forte vision émerge dans l’esprit de son créateur, se développe, s’adapte aux contraintes et donne naissance à un très vaste hall d’entrée immergé pleinement dans une magnifique lumière zénithale sur une longueur de 40 m, ainsi que sur une cour centrale reproduite en jardin. En fait, un véritable patio de distribution. Les circulations verticales se multiplient et les interminables couloirs sont proscrits. Ici, l’architecture se fond dans son environnement qui lui confère une nouvelle identité, par son vocabulaire propre, par son pouvoir de séduction.
Dans cette recherche de l'essentiel, elle a été capable de faire oublier ses multiples contraintes fonctionnelles, le « salutaire » peut désormais cohabiter avec l’esthétique. La psychologie du malade est au centre même du projet. Le traitement des chambres prend toute son importance, à travers leur couleur, la qualité des revêtements, l’absence de vis-à-vis. On doit avoir l’impression que tout se passe facilement, naturellement, au sein d’une machine certes efficace, mais rassurante. L'hôpital de Témara sera résolument un hôpital où l'harmonie et l'humanisation domineront et où il sera permis d’espérer trouver apaisement, confiance et bien-être.
L'écriture architecturale de l'hôpital, qui doit répondre à de strictes contraintes, exige de travailler avec des formes et des matériaux simples. C'est un exercice qui fut parfaitement maîtrisé par les architectes, optant pour un revêtement du hall et de l’administration en marbre noir de Khénifra et granito poli blanc, conférant au lieu un apparat sentencieux. Au contraire, des matériaux souples présentant un réel confort acoustique et thermique tels que le Gerflex sont privilégiés dans les zones médicales. On note sur la façade une réelle volonté d’apporter un cachet « marocain » à l’architecture extérieure, et de répondre ainsi au souhait du maître d’ouvrage, avec l’usage de la pierre de Salé, du revêtement en bois et une coupole en tuiles vertes. Les architectes ont obtenu une concession de taille, puisqu’ils ont été autorisés à importer un revêtement en faïence beige, « l’enduit blanc donnant rapidement un aspect très vieillissant a un hôpital de 17 mètres de façade. Notre volonté est d’avoir un hôpital d’aspect toujours propre dans le temps grâce à un entretien commode », expliquent-ils en chœur, sûrs qu’ils sont de la justesse de leur choix.
Les hôpitaux publics et les cliniques privées sont aujourd'hui fortement incités à intégrer dans leurs projets d'investissements immobiliers les contraintes du développement durable y compris pour des raisons économiques (ampoules « basse consommation », robinets économiques…), alors que le prix de l'énergie est une des raisons de l'augmentation des charges d'exploitation d’un hôpital. C’est ainsi qu’une installation de capteurs solaires a été mise en place pour subvenir aux besoins en eau chaude de tout l’hôpital, représentant 10% de la consommation d’énergie totale.
De l’hôpital de Témara découlent certaines grandes lignes propres aux hôpitaux du futur. Sans jamais céder aux principes fonctionnels, tout devra contribuer dans son architecture à le rendre rassurant, accueillant et pourquoi pas... attrayant ! Il doit être flexible et évolutif, car l’usage actuel et futur de l’hôpital fait qu’il doit désormais s’adapter. Il s’orientera davantage vers des soins externes aux dépens des longues hospitalisations.
Aida Akalay
http://www.archimedia.ma/images/stories/cdm80/S3/centre-hospitalier-temara.gif
Premier modèle du projet « Santé au Maroc », visant à rénover 17 centres hospitaliers afin d’élargir l'accès aux soins à toute la population marocaine, l’hôpital de Témara tient sa promesse. L’établissement a été conçu comme une machine, fonctionnel, au service de la médecine par les architectes Driss Hajji et Aziz El Ouali. Coût total du projet national : 141 millions d'euros.
Les architectes ont offert aux patients du Centre hospitalier de Témara des espaces de vie très appréciables. Conçu par le groupement d’architectes Driss Hajji et Aziz El Ouali, cet hôpital préfectoral a été initié par le ministère de la Santé. D’une surface de près de 18.000 m², le bâtiment comprendra 250 lits, un plateau technique ultramoderne (6 blocs opératoires, 1 laboratoire, 3 salles de radiologie, etc.) et un héliport, pour un coût final de 150.000.000 DH. Une somme importante pour un hôpital se voulant le premier modèle du projet « Santé au Maroc », visant à rénover 17 centres hospitaliers et à élargir l'accès aux soins à toute la population marocaine. Le coût total de ce projet national s'élevant à 141 millions d'euros.
Les techniques médicales sont évolutives et font appel à des équipements spécifiques de plus en plus importants et complexes. Ces derniers ont, la plupart du temps, une lourde incidence sur le coût final du bâtiment. Étant donné la taille du projet et la complexité des problèmes qui sont posés, le groupement d’architectes s’est, très tôt, entouré de spécialistes, sollicitant des compétences diverses. Un bureau d’études, sélectionné par appel d’offres international (condition de la banque européenne, bailleur de fonds), EPOS, a été chargé de l’assistance technique. Sa mission est de cadrer le projet (coût, travaux, études…) sans pour autant intervenir directement sur le travail de l’architecte.
Mais beaucoup de questions peuvent avoir une réponse auprès des utilisateurs mêmes, bien que ceux-ci puissent être controversables. L’architecte Driss Hajji estime d’ailleurs que « les réponses ne sont pas le fait d’un concepteur, mais d’une équipe entière concernée à tous les niveaux, des autorités de tutelle au maître d’ouvrage, du personnel médical au personnel technique ».
La difficulté de ce projet était de résoudre cet incroyable puzzle de locaux, de fonctions, de services, de circulations… qui doivent s'imbriquer l’un dans l’autre d’une manière précise. Les architectes on pris le parti de solutionner avec des idées simples un champ d’action très complexe : offrir aux malades comme aux praticiens des espaces si clairement organisés que tout désormais paraîtra dégagé, commode, confortable, accueillant et humain. Cette approche fonctionnelle, rationnelle et sensible est certainement la clé de voûte du projet.
L’architecture hospitalière est centrée sur la condition du malade, c’est-à-dire sur sa protection physique comme morale contre les éléments externes, mais aussi internes. Cette condition est ici résorbée avec plus ou moins de succès en assurant un confort, des conditions sanitaires, des protections adéquates et, in fine, un environnement sécurisant. La difficulté ultime restant d’assurer les transferts et les échanges de malades, de nourriture, de déchets, de matières, d’équipements, de personnel, de visiteurs, etc.
De sa visite à l’hôpital de Vierzon qu’il a tenu a visiter pour mieux appréhender la problématique de la circulation en milieu hospitalier, Driss Hajji est revenu avec l’idée d’un circuit unique de stérilisation. Un concept résolument actuel et clairvoyant de centralisation. Deux monte-charges, l'un pour le « salé » et l'autre pour le « propre », desservent tout l’hôpital avec un traitement consubstantiel au sous-sol. Des liaisons de circulation directes ont été constamment recherchées, elles impliquent des distances de travail courtes, des volumes plus faibles à traiter, donc en principe plus faciles à contrôler, engendrant une économie de surface.
Pour distinguer le plus naturellement possible les différents circuits, les architectes ont opté pour une séparation totalement hermétique des flux. Les interventions au niveau des étages sont minimisées au maximum. Trois zones (rouge « médical », verte « logistique », bleue « visiteur ») totalement étanches et impénétrables (zone verte enterrée au sous-sol) procurent alors confort, organisation et discernement. L’architecte compare un « hôpital » à une « usine » ; les deux entités ayant pour but ultime de dégager, fluidifier et sécuriser l’espace au maximum. Cette nette distinction des espaces correspond à une lisibilité spatiale qu’ont su exploiter les architectes. L’ambition architecturale est donc là.
L'accueil, les espaces publics, sont préalablement mis en scène dans une intelligence recherchée. Dès le départ, les architectes optent pour une idée de « rue » sous l'aspect d’un passage visiteur traversant l’hôpital, en forme de L. Cette forte vision émerge dans l’esprit de son créateur, se développe, s’adapte aux contraintes et donne naissance à un très vaste hall d’entrée immergé pleinement dans une magnifique lumière zénithale sur une longueur de 40 m, ainsi que sur une cour centrale reproduite en jardin. En fait, un véritable patio de distribution. Les circulations verticales se multiplient et les interminables couloirs sont proscrits. Ici, l’architecture se fond dans son environnement qui lui confère une nouvelle identité, par son vocabulaire propre, par son pouvoir de séduction.
Dans cette recherche de l'essentiel, elle a été capable de faire oublier ses multiples contraintes fonctionnelles, le « salutaire » peut désormais cohabiter avec l’esthétique. La psychologie du malade est au centre même du projet. Le traitement des chambres prend toute son importance, à travers leur couleur, la qualité des revêtements, l’absence de vis-à-vis. On doit avoir l’impression que tout se passe facilement, naturellement, au sein d’une machine certes efficace, mais rassurante. L'hôpital de Témara sera résolument un hôpital où l'harmonie et l'humanisation domineront et où il sera permis d’espérer trouver apaisement, confiance et bien-être.
L'écriture architecturale de l'hôpital, qui doit répondre à de strictes contraintes, exige de travailler avec des formes et des matériaux simples. C'est un exercice qui fut parfaitement maîtrisé par les architectes, optant pour un revêtement du hall et de l’administration en marbre noir de Khénifra et granito poli blanc, conférant au lieu un apparat sentencieux. Au contraire, des matériaux souples présentant un réel confort acoustique et thermique tels que le Gerflex sont privilégiés dans les zones médicales. On note sur la façade une réelle volonté d’apporter un cachet « marocain » à l’architecture extérieure, et de répondre ainsi au souhait du maître d’ouvrage, avec l’usage de la pierre de Salé, du revêtement en bois et une coupole en tuiles vertes. Les architectes ont obtenu une concession de taille, puisqu’ils ont été autorisés à importer un revêtement en faïence beige, « l’enduit blanc donnant rapidement un aspect très vieillissant a un hôpital de 17 mètres de façade. Notre volonté est d’avoir un hôpital d’aspect toujours propre dans le temps grâce à un entretien commode », expliquent-ils en chœur, sûrs qu’ils sont de la justesse de leur choix.
Les hôpitaux publics et les cliniques privées sont aujourd'hui fortement incités à intégrer dans leurs projets d'investissements immobiliers les contraintes du développement durable y compris pour des raisons économiques (ampoules « basse consommation », robinets économiques…), alors que le prix de l'énergie est une des raisons de l'augmentation des charges d'exploitation d’un hôpital. C’est ainsi qu’une installation de capteurs solaires a été mise en place pour subvenir aux besoins en eau chaude de tout l’hôpital, représentant 10% de la consommation d’énergie totale.
De l’hôpital de Témara découlent certaines grandes lignes propres aux hôpitaux du futur. Sans jamais céder aux principes fonctionnels, tout devra contribuer dans son architecture à le rendre rassurant, accueillant et pourquoi pas... attrayant ! Il doit être flexible et évolutif, car l’usage actuel et futur de l’hôpital fait qu’il doit désormais s’adapter. Il s’orientera davantage vers des soins externes aux dépens des longues hospitalisations.
Aida Akalay