Phil
September 7th, 2004, 12:51 AM
Puisqu'on a déjà posté plusieurs article en anglais à ce propos, créons un sujet en français aussi ;)
Je commence avec un article quebecois assez drôle mais qui résume bien la situation :
La Presse à New York
L'émasculation de John Kerry
Richard Hétu
collaboration spéciale, La Presse
New York
Au lendemain de la convention républicaine à New York, les démocrates de John Kerry sont décontenancés, dégonflés ou paniqués, c'est selon.
Leur candidat, qui s'était drapé dans sa bravoure militaire à la convention démocrate, à Boston, a été réduit par les républicains à une caricature brutale, celle du girlie-man, une expression que l'on peut très bien traduire par «moumoune».
Arnold Schwarzenegger a lancé le mot, mardi soir, en l'appliquant à ceux que l'économie américaine ne rend pas heureux ou optimistes. Cela inclut sans doute les chômeurs qui se plaignent de ne pas avoir d'emploi. Des moumounes, les anciens travailleurs de l'acier de l'Ohio ou de la Pennsylvanie, rejetés par une économie en transformation.
Mercredi matin, devant les délégués du Wisconsin, l'ancien gouverneur de cet État du Midwest, Tommy Thompson, est allé encore plus loin que l'ex-Terminator, accolant le mot girlie-men aux opposants de la guerre en Irak. Des moumounes, tous ceux qui constatent que le renversement de Saddam Hussein n'a pas réduit mais décuplé la violence terroriste dans le monde, comme le démontre l'actualité.
À la fin de la semaine, bien sûr, la moumoune en chef était John Kerry, qui défendrait les États-Unis avec des «boulettes de papier mâché», pour citer un extrait du discours dégoûtant du sénateur Zell Miller, de Géorgie.
Les stratèges républicains et les pontifes de l'information ont qualifié la convention du parti du Grand Old Party de franc succès. Malgré une guerre impopulaire en Irak, malgré un déficit fédéral record, malgré plus d'un million d'emplois perdus, le président sortant aurait réussi à imposer l'image d'un leader inébranlable face à la terreur.
Durable ou éphémère, ce franc succès n'était certainement pas beau à voir. Au Madison Square Garden, chaque mention de la France, de l'Europe ou des Nations unies a été accueillie par des huées ou des «USA ! USA !» scandés à pleins poumons.
À la xénophobie des délégués s'est ajoutée l'arrogance d'un Schwarzenegger, qui a jeté son mépris sur l'Autriche «socialiste» de son enfance, oubliant de préciser que son père était dans le camp des nazis au temps de Hitler. Dans les années 1970, Schwarzenegger a lui-même exprimé de l'admiration pour le führer. Il s'en est repenti depuis, mais il préfère toujours les hommes forts aux girlie-men.
Le culte du chef a très vite atteint des proportions gênantes. Dès le premier soir de la convention républicaine, l'ancien maire de New York a donné le ton en comparant George W. Bush à Winston Churchill. «Dieu merci, George W. Bush est président», aurait dit Rudolph Giuliani au chef de police de New York en voyant les tours enflammées du World Trade Center, le matin du 11 septembre 2001.
Comme disait l'autre, plus un mensonge est gros, plus il a de chances d'être cru. Avant même le début de la convention républicaine, un groupe d'anciens combattants du Vietnam, financé en partie par des alliés texans du président, avait accusé Kerry d'avoir exagéré les faits d'armes qui lui ont valu plusieurs médailles. Les médias ont démoli la crédibilité des vétérans anti-Kerry, mais le mal était déjà fait.
À New York, les républicains ont continué l'émasculation de Kerry en dénaturant ses paroles, ses votes et ses intentions.
«Le sénateur Kerry a clairement dit qu'il aurait recours à la force que si cela avait été approuvé par les Nations unies», a dénoncé le sénateur Zell Miller sous les ovations des délégués républicains.
John Kerry a certes dit cela, mais en 1971, dans une entrevue au Crimson Tide, le journal de l'université Harvard. Il a renié cette déclaration il y a très longtemps. Mais les supporteurs de George W. Bush ont toujours fait peu de cas des faits.
«Kerry laisserait le soin à Paris de décider quand l'Amérique a besoin d'être défendue», a ajouté Miller.
Kerry n'a jamais dit ça.
Zell Miller deviendra peut-être une figure emblématique de la convention républicaine à New York. Il a exprimé de la façon la plus crue possible le message de la grande messe du GOP. Hors de l'administration Bush, point de salut. En temps de guerre, tout vote pour Kerry peut être associé à une forme de trahison. Miller n'a-t-il pas accusé les démocrates de déchirer et d'affaiblir les États-Unis avec leur «obsession maniaque de faire tomber le commandant en chef»?
C'est gros - peut-être trop, comme l'insistance du président Bush à lier les attentats du 11 septembre 2001 à la guerre en Irak. Jeudi soir, en parlant de Saddam Hussein, il a déclaré: «Devais-je oublier les leçons du 11 septembre et croire les paroles d'un fou, ou devais-je agir pour défendre le pays? Devant ce choix, je défendrai l'Amérique chaque fois.»
Et la foule du Madison Square Garden d'applaudir et d'agiter des milliers de petits drapeaux américains.
Un franc succès immédiat, malgré les laideurs du spectacle. Depuis la fin de la convention républicaine, et le magazine Time et son principal concurrent, Newsweek ont publié des sondages donnant une avance de plus de 10 points à George W. Bush sur John Kerry.
Mais les préliminaires de la campagne présidentielle ne comptent pas vraiment. Nous voici maintenant dans le sprint final de la course à la Maison-Blanche, dont le coup d'envoi coïncide traditionnellement avec le congé de la fête du Travail.
Kerry, qui est toujours à son mieux dans les situations critiques, a encore le temps de prouver qu'il n'est pas le girlie-man de la caricature.
http://www.cyberpresse.ca/monde/article/1,151,1066,092004,784402.shtml
Je commence avec un article quebecois assez drôle mais qui résume bien la situation :
La Presse à New York
L'émasculation de John Kerry
Richard Hétu
collaboration spéciale, La Presse
New York
Au lendemain de la convention républicaine à New York, les démocrates de John Kerry sont décontenancés, dégonflés ou paniqués, c'est selon.
Leur candidat, qui s'était drapé dans sa bravoure militaire à la convention démocrate, à Boston, a été réduit par les républicains à une caricature brutale, celle du girlie-man, une expression que l'on peut très bien traduire par «moumoune».
Arnold Schwarzenegger a lancé le mot, mardi soir, en l'appliquant à ceux que l'économie américaine ne rend pas heureux ou optimistes. Cela inclut sans doute les chômeurs qui se plaignent de ne pas avoir d'emploi. Des moumounes, les anciens travailleurs de l'acier de l'Ohio ou de la Pennsylvanie, rejetés par une économie en transformation.
Mercredi matin, devant les délégués du Wisconsin, l'ancien gouverneur de cet État du Midwest, Tommy Thompson, est allé encore plus loin que l'ex-Terminator, accolant le mot girlie-men aux opposants de la guerre en Irak. Des moumounes, tous ceux qui constatent que le renversement de Saddam Hussein n'a pas réduit mais décuplé la violence terroriste dans le monde, comme le démontre l'actualité.
À la fin de la semaine, bien sûr, la moumoune en chef était John Kerry, qui défendrait les États-Unis avec des «boulettes de papier mâché», pour citer un extrait du discours dégoûtant du sénateur Zell Miller, de Géorgie.
Les stratèges républicains et les pontifes de l'information ont qualifié la convention du parti du Grand Old Party de franc succès. Malgré une guerre impopulaire en Irak, malgré un déficit fédéral record, malgré plus d'un million d'emplois perdus, le président sortant aurait réussi à imposer l'image d'un leader inébranlable face à la terreur.
Durable ou éphémère, ce franc succès n'était certainement pas beau à voir. Au Madison Square Garden, chaque mention de la France, de l'Europe ou des Nations unies a été accueillie par des huées ou des «USA ! USA !» scandés à pleins poumons.
À la xénophobie des délégués s'est ajoutée l'arrogance d'un Schwarzenegger, qui a jeté son mépris sur l'Autriche «socialiste» de son enfance, oubliant de préciser que son père était dans le camp des nazis au temps de Hitler. Dans les années 1970, Schwarzenegger a lui-même exprimé de l'admiration pour le führer. Il s'en est repenti depuis, mais il préfère toujours les hommes forts aux girlie-men.
Le culte du chef a très vite atteint des proportions gênantes. Dès le premier soir de la convention républicaine, l'ancien maire de New York a donné le ton en comparant George W. Bush à Winston Churchill. «Dieu merci, George W. Bush est président», aurait dit Rudolph Giuliani au chef de police de New York en voyant les tours enflammées du World Trade Center, le matin du 11 septembre 2001.
Comme disait l'autre, plus un mensonge est gros, plus il a de chances d'être cru. Avant même le début de la convention républicaine, un groupe d'anciens combattants du Vietnam, financé en partie par des alliés texans du président, avait accusé Kerry d'avoir exagéré les faits d'armes qui lui ont valu plusieurs médailles. Les médias ont démoli la crédibilité des vétérans anti-Kerry, mais le mal était déjà fait.
À New York, les républicains ont continué l'émasculation de Kerry en dénaturant ses paroles, ses votes et ses intentions.
«Le sénateur Kerry a clairement dit qu'il aurait recours à la force que si cela avait été approuvé par les Nations unies», a dénoncé le sénateur Zell Miller sous les ovations des délégués républicains.
John Kerry a certes dit cela, mais en 1971, dans une entrevue au Crimson Tide, le journal de l'université Harvard. Il a renié cette déclaration il y a très longtemps. Mais les supporteurs de George W. Bush ont toujours fait peu de cas des faits.
«Kerry laisserait le soin à Paris de décider quand l'Amérique a besoin d'être défendue», a ajouté Miller.
Kerry n'a jamais dit ça.
Zell Miller deviendra peut-être une figure emblématique de la convention républicaine à New York. Il a exprimé de la façon la plus crue possible le message de la grande messe du GOP. Hors de l'administration Bush, point de salut. En temps de guerre, tout vote pour Kerry peut être associé à une forme de trahison. Miller n'a-t-il pas accusé les démocrates de déchirer et d'affaiblir les États-Unis avec leur «obsession maniaque de faire tomber le commandant en chef»?
C'est gros - peut-être trop, comme l'insistance du président Bush à lier les attentats du 11 septembre 2001 à la guerre en Irak. Jeudi soir, en parlant de Saddam Hussein, il a déclaré: «Devais-je oublier les leçons du 11 septembre et croire les paroles d'un fou, ou devais-je agir pour défendre le pays? Devant ce choix, je défendrai l'Amérique chaque fois.»
Et la foule du Madison Square Garden d'applaudir et d'agiter des milliers de petits drapeaux américains.
Un franc succès immédiat, malgré les laideurs du spectacle. Depuis la fin de la convention républicaine, et le magazine Time et son principal concurrent, Newsweek ont publié des sondages donnant une avance de plus de 10 points à George W. Bush sur John Kerry.
Mais les préliminaires de la campagne présidentielle ne comptent pas vraiment. Nous voici maintenant dans le sprint final de la course à la Maison-Blanche, dont le coup d'envoi coïncide traditionnellement avec le congé de la fête du Travail.
Kerry, qui est toujours à son mieux dans les situations critiques, a encore le temps de prouver qu'il n'est pas le girlie-man de la caricature.
http://www.cyberpresse.ca/monde/article/1,151,1066,092004,784402.shtml