Cyril
September 9th, 2004, 05:04 PM
LE MONDE | 09.09.04 | 15h26
Comment limiter la prolifération de résidences secondaires consommatrices d'espace naturel et contribuant peu à une économie pérenne ? C'est, pour la Déléga-tion à l'aménagement du territoire (Datar), le principal défi qui se pose au littoral français. Cette bande de territoire attire, comme c'est le cas dans le monde entier, des populations en nombre toujours croissant. Mais, dans une étude publiée jeudi 9 septembre et consacrée au "développement du littoral", la Datar montre que la poésie de la mer et des embruns ou l'attrait du chaud soleil se traduisent par une transformation incontrôlée de l'environnement littoral : le "linéaire côtier artificialisé" est ainsi passé de 39 % des côtes en 1960 à 61 % dans les années 1990.
DENSITÉ
Le dynamisme démographique de ces zones se manifeste par une densité de population double de la moyenne nationale (272 habitants au km2 contre 129). Mais on observe "une occupation de plus en plus déstructurée de l'espace et bien peu économe en ressources", notamment due à un million de résidences secondaires et à la non-réutilisation d'importantes friches industrielles. "La situation générale est celle d'une occupation de l'espace peu optimale, et souvent du gaspillage d'une ressource rare", résume la délégation interministérielle.
Les constructions se sont étalées au long du littoral, entre "urbanisation sauvage [et] contournement de la loi". "L'étalement urbain et la perte de sens collectif sont préoccupants, poursuivent les experts. Une "économie de cueillette", consommatrice d'espace, peu productive et basée sur la recherche de rente foncière, risque de produire une ville éclatée, caractérisée par un fort impact sur l'environnement et des tensions sociales croissantes."
Cette urbanisation se poursuit dans des espaces où l'économie est bouleversée par un contraste entre une société "ancienne", marquée par des activités maritimes sources de rêve (pêche, ports, navigation, agriculture) mais devenues secondaires, et des activités tertiaires dynamiques, tourisme ou technologie : de ce contraste naît "une perte du sens collectif", et la difficulté à faire émerger "une identité renouvelée".
Ce conflit d'espace et cette mutation économique s'opèrent au détriment de l'environnement, dont la préservation devrait être, selon la Datar, le premier objectif d'une "politique de développement durable du littoral".
Les difficultés décrites proviennent sans doute de la mauvaise application de la "loi littoral", adoptée en 1986, mais "qui n'a pu empêcher les constructions illégales ni le grignotage de l'espace naturel". L'empilement d'outils de gestion et de planification a de surcroît obscurci la vision des élus et des décideurs.
L'étude de la Datar intervient après deux rapports du Sénat et de l'Assemblée nationale, publiés en juillet, qui plaidaient pour l'assouplissement de la loi littoral. Le Comité interministériel à l'aménagement et au développement du territoire (CIADT) prévu le 14 septembre devrait prendre plusieurs décisions relatives à la réglementation existante.
Hervé Kempf
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 10.09.04
Comment limiter la prolifération de résidences secondaires consommatrices d'espace naturel et contribuant peu à une économie pérenne ? C'est, pour la Déléga-tion à l'aménagement du territoire (Datar), le principal défi qui se pose au littoral français. Cette bande de territoire attire, comme c'est le cas dans le monde entier, des populations en nombre toujours croissant. Mais, dans une étude publiée jeudi 9 septembre et consacrée au "développement du littoral", la Datar montre que la poésie de la mer et des embruns ou l'attrait du chaud soleil se traduisent par une transformation incontrôlée de l'environnement littoral : le "linéaire côtier artificialisé" est ainsi passé de 39 % des côtes en 1960 à 61 % dans les années 1990.
DENSITÉ
Le dynamisme démographique de ces zones se manifeste par une densité de population double de la moyenne nationale (272 habitants au km2 contre 129). Mais on observe "une occupation de plus en plus déstructurée de l'espace et bien peu économe en ressources", notamment due à un million de résidences secondaires et à la non-réutilisation d'importantes friches industrielles. "La situation générale est celle d'une occupation de l'espace peu optimale, et souvent du gaspillage d'une ressource rare", résume la délégation interministérielle.
Les constructions se sont étalées au long du littoral, entre "urbanisation sauvage [et] contournement de la loi". "L'étalement urbain et la perte de sens collectif sont préoccupants, poursuivent les experts. Une "économie de cueillette", consommatrice d'espace, peu productive et basée sur la recherche de rente foncière, risque de produire une ville éclatée, caractérisée par un fort impact sur l'environnement et des tensions sociales croissantes."
Cette urbanisation se poursuit dans des espaces où l'économie est bouleversée par un contraste entre une société "ancienne", marquée par des activités maritimes sources de rêve (pêche, ports, navigation, agriculture) mais devenues secondaires, et des activités tertiaires dynamiques, tourisme ou technologie : de ce contraste naît "une perte du sens collectif", et la difficulté à faire émerger "une identité renouvelée".
Ce conflit d'espace et cette mutation économique s'opèrent au détriment de l'environnement, dont la préservation devrait être, selon la Datar, le premier objectif d'une "politique de développement durable du littoral".
Les difficultés décrites proviennent sans doute de la mauvaise application de la "loi littoral", adoptée en 1986, mais "qui n'a pu empêcher les constructions illégales ni le grignotage de l'espace naturel". L'empilement d'outils de gestion et de planification a de surcroît obscurci la vision des élus et des décideurs.
L'étude de la Datar intervient après deux rapports du Sénat et de l'Assemblée nationale, publiés en juillet, qui plaidaient pour l'assouplissement de la loi littoral. Le Comité interministériel à l'aménagement et au développement du territoire (CIADT) prévu le 14 septembre devrait prendre plusieurs décisions relatives à la réglementation existante.
Hervé Kempf
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 10.09.04