Phil
September 12th, 2004, 02:58 PM
samedi 11 septembre 2004
Après l'Europe du nord, la fronde anti-centimes gagne la France
Production de centimes d'euros à Pessac, en Gironde
© AFP/Archives François Guillot
PARIS (AFP - 14:35) - Même si les prix étaient arrondis à la hausse, six Français sur dix préféreraient voir disparaître les petites pièces de 1 et 2 centimes d'euros, jugées encombrantes et inutiles, comme l'ont déjà décidé plusieurs pays d'Europe du Nord.
Un sondage Ifop paru samedi, réalisé auprès de 1.009 personnes, indique que 59% des Français souhaite la suppression des mini-pièces cuivrées, surtout les moins de 35 ans et les urbains, même si 71% s'attendent à ce que les commerçants arrondissent les prix aux 5 centimes supérieurs. Les deux tiers des Français disent en effet ne se servir que rarement de ces pièces.
Mais le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, s'est déclaré samedi opposé à leur suppression, de crainte que les Français n'y voient une nouvelle hausse des prix déguisée provoquée par l'euro.
"Je suis opposé à la suppression des centimes d'euros. Aux Pays-Bas ou en Finlande existait, avant l'euro, une tradition de non-utilisation des petites pièces. Ce n'est pas le cas en France, où personne n'aurait imaginé de supprimer les pièces de 5, 10 ou 20 centimes de franc", a-t-il expliqué au quotidien Le Monde.
"Leur disparition aurait un très mauvais impact psychologique, alors que les consommateurs ont déjà l'impression que les prix des produits de première nécessité ont dérapé à cause du passage à l'euro", a-t-il ajouté.
Les organisations françaises de consommateurs s'inquiètent également des effets inflationnistes de leur disparition.
Cette ferraille minuscule qui envahit poches et porte-monnaies a pourtant été bannie dans plusieurs pays d'Europe - les pièces sont du ressort de chaque Etat-membre - avec une accélération du mouvement cet été.
Dès l'introduction de l'euro en janvier 2002, la Finlande y avait renoncé. Cet été, les Pays-Bas, pour limiter leur circulation sans les interdire, ont à leur tour adopté l'arrondi, sans protestations des consommateurs.
Après un accord entre détaillants, consommateurs et banquiers, la quasi totalité des commerçants et supermarchés néerlandais arrondissent depuis le 1er septembre aux cinq centimes les plus proches les montants payables en liquide.
La Belgique vient également de déclarer la guerre aux piécettes, qui coûtent plus cher à fabriquer que leur valeur nominale à cause de l'envolée du prix de l'acier.
Bruxelles a décidé d'arrêter de les fabriquer dès l'an prochain, mais sans interdire leur utilisation, et le gouvernement a proposé "certaines règles d'arrondis sur la facture finale".
Fin août, la banque centrale allemande a à son tour suggéré l'introduction d'un système de prix arrondis à zéro ou cinq centimes. "Nous pourrions imaginer une telle solution pour l'Allemagne", a déclaré son directeur des pièces et billets, Wolfgang Soeffner. L'idée rallie aussi, dans son principe, les grandes banques privées allemandes.
Mais l'opinion allemande est divisée: selon un sondage paru en août, une majorité d'Allemands (54%) veulent conserver les un et deux centimes d'euros. La fédération des commerçants allemands a aussi plaidé pour leur maintien, au nom du risque de "perte de confiance dans l'euro" qu'un abandon provoquerait chez les consommateurs.
Pourtant, boudées par les consommateurs qui les gardent au fond de leurs poches, paradoxalement les piécettes manquent en Europe.
Elles terminent parfois dans les quêtes, ce qui agace même les fonds de charité. Il y a eu "trop de pièces cuivrées" dans les boîtes de l'opération "pièces jaunes", a déploré en juin Bernadette Chirac, présidente de la Fondation des hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France. "Les pièces cuivrées, c'est mieux que rien mais ça vaut pas grand-chose", a-t-elle lancé.
Après l'Europe du nord, la fronde anti-centimes gagne la France
Production de centimes d'euros à Pessac, en Gironde
© AFP/Archives François Guillot
PARIS (AFP - 14:35) - Même si les prix étaient arrondis à la hausse, six Français sur dix préféreraient voir disparaître les petites pièces de 1 et 2 centimes d'euros, jugées encombrantes et inutiles, comme l'ont déjà décidé plusieurs pays d'Europe du Nord.
Un sondage Ifop paru samedi, réalisé auprès de 1.009 personnes, indique que 59% des Français souhaite la suppression des mini-pièces cuivrées, surtout les moins de 35 ans et les urbains, même si 71% s'attendent à ce que les commerçants arrondissent les prix aux 5 centimes supérieurs. Les deux tiers des Français disent en effet ne se servir que rarement de ces pièces.
Mais le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, s'est déclaré samedi opposé à leur suppression, de crainte que les Français n'y voient une nouvelle hausse des prix déguisée provoquée par l'euro.
"Je suis opposé à la suppression des centimes d'euros. Aux Pays-Bas ou en Finlande existait, avant l'euro, une tradition de non-utilisation des petites pièces. Ce n'est pas le cas en France, où personne n'aurait imaginé de supprimer les pièces de 5, 10 ou 20 centimes de franc", a-t-il expliqué au quotidien Le Monde.
"Leur disparition aurait un très mauvais impact psychologique, alors que les consommateurs ont déjà l'impression que les prix des produits de première nécessité ont dérapé à cause du passage à l'euro", a-t-il ajouté.
Les organisations françaises de consommateurs s'inquiètent également des effets inflationnistes de leur disparition.
Cette ferraille minuscule qui envahit poches et porte-monnaies a pourtant été bannie dans plusieurs pays d'Europe - les pièces sont du ressort de chaque Etat-membre - avec une accélération du mouvement cet été.
Dès l'introduction de l'euro en janvier 2002, la Finlande y avait renoncé. Cet été, les Pays-Bas, pour limiter leur circulation sans les interdire, ont à leur tour adopté l'arrondi, sans protestations des consommateurs.
Après un accord entre détaillants, consommateurs et banquiers, la quasi totalité des commerçants et supermarchés néerlandais arrondissent depuis le 1er septembre aux cinq centimes les plus proches les montants payables en liquide.
La Belgique vient également de déclarer la guerre aux piécettes, qui coûtent plus cher à fabriquer que leur valeur nominale à cause de l'envolée du prix de l'acier.
Bruxelles a décidé d'arrêter de les fabriquer dès l'an prochain, mais sans interdire leur utilisation, et le gouvernement a proposé "certaines règles d'arrondis sur la facture finale".
Fin août, la banque centrale allemande a à son tour suggéré l'introduction d'un système de prix arrondis à zéro ou cinq centimes. "Nous pourrions imaginer une telle solution pour l'Allemagne", a déclaré son directeur des pièces et billets, Wolfgang Soeffner. L'idée rallie aussi, dans son principe, les grandes banques privées allemandes.
Mais l'opinion allemande est divisée: selon un sondage paru en août, une majorité d'Allemands (54%) veulent conserver les un et deux centimes d'euros. La fédération des commerçants allemands a aussi plaidé pour leur maintien, au nom du risque de "perte de confiance dans l'euro" qu'un abandon provoquerait chez les consommateurs.
Pourtant, boudées par les consommateurs qui les gardent au fond de leurs poches, paradoxalement les piécettes manquent en Europe.
Elles terminent parfois dans les quêtes, ce qui agace même les fonds de charité. Il y a eu "trop de pièces cuivrées" dans les boîtes de l'opération "pièces jaunes", a déploré en juin Bernadette Chirac, présidente de la Fondation des hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France. "Les pièces cuivrées, c'est mieux que rien mais ça vaut pas grand-chose", a-t-elle lancé.