MyNight
September 21st, 2004, 03:52 PM
Journée sans voiture : les raisons d'un échec programmé
LE MONDE | 21.09.04 | 14h40
Faute d'implication de l'Etat et des grandes municipalités, l'édition 2004, qui a lieu le 22 septembre, devrait peu changer la vie des automobilistes. Certains élus se préparent à renouveler la formule, et, dans de nombreuses villes, on cherche des solutions alternatives à l'auto.
Les cyclistes de l'association Vélorution ironisent à peine : " Vélorution se félicite du décès de cette opération[la Journée sans voiture], qui laisse apparaître au grand jour la dramatique nullité des politiques publiques pour réduire la pollution liée aux transports", écrivent-ils dans un communiqué.
C'est que la Journée sans voiture, lancée en 1998 dans l'enthousiasme, s'est racornie au fil des années, au point que l'édition 2004, mercredi 22 septembre, devrait être particulièrement terne. Seuls quelques quartiers de Paris seront fermés à la circulation, 56 villes mèneront des actions contre 72 l'année précédente - déjà décevante -, et le ministère de l'écologie s'abstiendra de toute communication d'envergure, en s'en remettant aux municipalités et aux médias.
"Quand le ministre Serge Lepeltier est arrivé, il a découvert que l'édition 2004 n'était même pas lancée et que l'enthousiasme était au plus bas", explique-t-on au cabinet du ministre de l'écologie, qui a pris son poste en avril. "Il voulait à tout prix maintenir cet événement, même s'il est vrai qu'il n'aura pas l'ampleur qu'il mérite, parce qu'il considère que cela permet de parler du sujet."
Mais le faible lustre annoncé de cette Journée sans voiture, et la faible implication gouvernementale est aussi, selon Michel Destot, député et maire (PS) de Grenoble et président du Groupement des autorités responsables de transport (GART), le reflet de la politique du gouvernement de M. Raffarin : "Il est difficile pour le gouvernement de faire la leçon : en 2004 comme en 2005, il a complètement annulé les financements de soutien aux tramways dans les villes - à l'exception d'une mesure de 65 millions d'euros dans le collectif budgétaire - et il a coupé la bourse, zéro euro, zéro centime, aux plans de déplacement urbain, qu'étudient les villes petites et moyennes."
M. Destot vante au contraire la Semaine du transport public, qui implique du 16 au 22 septembre près de 150 villes, sous le slogan : "Citoyens, engageons-nous pour le développement durable et utilisons les transports publics !" C'est que la Journée sans voiture n'est pas sans défaut : "Elle est perçue comme une agression contre la voiture, poursuit l'élu de Grenoble, et pour plusieurs maires qui sont déjà engagés dans de lourds travaux dans le centre-ville pour réaliser une nouvelle ligne de tramway, comme à Grenoble ou à Bordeaux, ajouter la fermeture totale du centre-ville serait contre performant."
C'est sans doute dans les têtes des automobilistes que se joue le succès de l'opération, qui vise à désintoxiquer les Français de leur automobile. "Cette année, il n'y a pas d'enthousiasme, pas d'envie, pas de plaisir", dit Denis Baupin, adjoint (Verts) au maire de Paris et qui fut, en tant que conseiller de la ministre Dominique Voynet en 1998, un des initiateurs de la première Journée sans voiture. "Cette opération doit être une sorte de fête, pour que l'on ait envie de la refaire tous les dimanches, voire d'autres jours dans l'année." En juin prochain, la Ville de Paris organisera ainsi sa propre journée libérée des automobiles, sur un vaste périmètre, de façon à "revenir à l'esprit initial de la fête dans la ville, que les gens aient du plaisir, profitent des animations, redécouvrent les rues et les avenues sans voiture".
IDÉES FAUSSES
Il reste que le faible intérêt des gens découle peut-être des idées fausses qu'ils se font : selon un sondage réalisé par l'IFOP pour Direct Assurance, une filiale d'Axa, 70 % des personnes interrogées jugent que la pollution produite par leur automobile n'est pas importante. "En 2003, renchérit M. Destot, nous avons fait pour le GART une conférence des citoyens, avec un groupe d'accros à la bagnole. Au bout de la session, ils nous ont dit qu'il fallait plus leur parler de responsabilité collective si l'on voulait promouvoir les transports en commun."
"Les gens n'ont plus l'excuse de ne pas savoir que la pollution est importante et qu'il y a un risque de changement climatique, pense quant à lui Anthony Fonteyne, de Vélorution. Simplement, la mayonnaise ne prend pas." Alors que le Mondial de l'automobile s'apprête à drainer près d'un million et demi de visiteurs, il est clair que les opposants à l'impérialisme automobile ont encore du pain sur la planche.
M. Lepeltier devait annoncer, mardi 21 septembre, le déblocage de 40 millions d'euros pour encourager les recherches sur les "voitures propres". De son côté, l'association Agir pour l'environnement lance une campagne contre les 4 - 4 : "Nous voulons l'établissement du bonus-malus écologique sur les voitures, dit Stephen Kerckhove, son porte-parole, un étiquetage des consommations des voitures, et la possibilité pour les municipalités d'interdire la circulation des véhicules les plus polluants lors des épisodes de pollution."
Hervé Kempf
LE MONDE | 21.09.04 | 14h40
Faute d'implication de l'Etat et des grandes municipalités, l'édition 2004, qui a lieu le 22 septembre, devrait peu changer la vie des automobilistes. Certains élus se préparent à renouveler la formule, et, dans de nombreuses villes, on cherche des solutions alternatives à l'auto.
Les cyclistes de l'association Vélorution ironisent à peine : " Vélorution se félicite du décès de cette opération[la Journée sans voiture], qui laisse apparaître au grand jour la dramatique nullité des politiques publiques pour réduire la pollution liée aux transports", écrivent-ils dans un communiqué.
C'est que la Journée sans voiture, lancée en 1998 dans l'enthousiasme, s'est racornie au fil des années, au point que l'édition 2004, mercredi 22 septembre, devrait être particulièrement terne. Seuls quelques quartiers de Paris seront fermés à la circulation, 56 villes mèneront des actions contre 72 l'année précédente - déjà décevante -, et le ministère de l'écologie s'abstiendra de toute communication d'envergure, en s'en remettant aux municipalités et aux médias.
"Quand le ministre Serge Lepeltier est arrivé, il a découvert que l'édition 2004 n'était même pas lancée et que l'enthousiasme était au plus bas", explique-t-on au cabinet du ministre de l'écologie, qui a pris son poste en avril. "Il voulait à tout prix maintenir cet événement, même s'il est vrai qu'il n'aura pas l'ampleur qu'il mérite, parce qu'il considère que cela permet de parler du sujet."
Mais le faible lustre annoncé de cette Journée sans voiture, et la faible implication gouvernementale est aussi, selon Michel Destot, député et maire (PS) de Grenoble et président du Groupement des autorités responsables de transport (GART), le reflet de la politique du gouvernement de M. Raffarin : "Il est difficile pour le gouvernement de faire la leçon : en 2004 comme en 2005, il a complètement annulé les financements de soutien aux tramways dans les villes - à l'exception d'une mesure de 65 millions d'euros dans le collectif budgétaire - et il a coupé la bourse, zéro euro, zéro centime, aux plans de déplacement urbain, qu'étudient les villes petites et moyennes."
M. Destot vante au contraire la Semaine du transport public, qui implique du 16 au 22 septembre près de 150 villes, sous le slogan : "Citoyens, engageons-nous pour le développement durable et utilisons les transports publics !" C'est que la Journée sans voiture n'est pas sans défaut : "Elle est perçue comme une agression contre la voiture, poursuit l'élu de Grenoble, et pour plusieurs maires qui sont déjà engagés dans de lourds travaux dans le centre-ville pour réaliser une nouvelle ligne de tramway, comme à Grenoble ou à Bordeaux, ajouter la fermeture totale du centre-ville serait contre performant."
C'est sans doute dans les têtes des automobilistes que se joue le succès de l'opération, qui vise à désintoxiquer les Français de leur automobile. "Cette année, il n'y a pas d'enthousiasme, pas d'envie, pas de plaisir", dit Denis Baupin, adjoint (Verts) au maire de Paris et qui fut, en tant que conseiller de la ministre Dominique Voynet en 1998, un des initiateurs de la première Journée sans voiture. "Cette opération doit être une sorte de fête, pour que l'on ait envie de la refaire tous les dimanches, voire d'autres jours dans l'année." En juin prochain, la Ville de Paris organisera ainsi sa propre journée libérée des automobiles, sur un vaste périmètre, de façon à "revenir à l'esprit initial de la fête dans la ville, que les gens aient du plaisir, profitent des animations, redécouvrent les rues et les avenues sans voiture".
IDÉES FAUSSES
Il reste que le faible intérêt des gens découle peut-être des idées fausses qu'ils se font : selon un sondage réalisé par l'IFOP pour Direct Assurance, une filiale d'Axa, 70 % des personnes interrogées jugent que la pollution produite par leur automobile n'est pas importante. "En 2003, renchérit M. Destot, nous avons fait pour le GART une conférence des citoyens, avec un groupe d'accros à la bagnole. Au bout de la session, ils nous ont dit qu'il fallait plus leur parler de responsabilité collective si l'on voulait promouvoir les transports en commun."
"Les gens n'ont plus l'excuse de ne pas savoir que la pollution est importante et qu'il y a un risque de changement climatique, pense quant à lui Anthony Fonteyne, de Vélorution. Simplement, la mayonnaise ne prend pas." Alors que le Mondial de l'automobile s'apprête à drainer près d'un million et demi de visiteurs, il est clair que les opposants à l'impérialisme automobile ont encore du pain sur la planche.
M. Lepeltier devait annoncer, mardi 21 septembre, le déblocage de 40 millions d'euros pour encourager les recherches sur les "voitures propres". De son côté, l'association Agir pour l'environnement lance une campagne contre les 4 - 4 : "Nous voulons l'établissement du bonus-malus écologique sur les voitures, dit Stephen Kerckhove, son porte-parole, un étiquetage des consommations des voitures, et la possibilité pour les municipalités d'interdire la circulation des véhicules les plus polluants lors des épisodes de pollution."
Hervé Kempf