View Full Version : Paris perd des emplois et mobilise ses chômeurs
Cyril October 18th, 2004, 09:34 AM LE MONDE | 15.10.04 | 14h46 • MIS A JOUR LE 15.10.04 | 16h32
La capitale souffre d'une chute préoccupante de l'activité économique, mais certains secteurs ont des difficultés à recruter. La Mairie a organisé au Champ-de-Mars, jeudi 14 et vendredi 15 octobre avec la région et l'ANPE, un vaste forum pour rapprocher employeurs et candidats.
Avec 22 % des emplois nationaux, 38 % des emplois de cadres et une contribution de près de 29 % à la formation du produit intérieur brut (PIB) national, l'Ile-de-France reste la place forte de l'économie française. Cette position privilégiée ne doit pas toutefois faire oublier deux évolutions de fond, véritables inversions de tendance, alarmantes. Depuis quinze ans, la région capitale perd des emplois quand la province en gagne et, si l'on considère les seules performances parisiennes, cet infléchissement prend des allures d'effondrement.
Entre 1990 et 2000, dernière période de référence pour l'Insee, la région a perdu 34 000 emplois. 2 000 établissements quittent l'Ile-de-France chaque année quand seulement 1 300 s'y installent. Pour Paris, tous les indicateurs sont au rouge. Sous l'effet conjugué de la crise économique et des délocalisations d'activité, 215 000 emplois (- 11,8 %) se sont évanouis dans la capitale depuis 1990.
C'est pour réagir à cette situation que la municipalité parisienne a organisé, jeudi 14 et vendredi 15 octobre, le deuxième Forum Paris pour l'emploi. L'idée est de favoriser le contact entre demandeurs d'emploi et entreprises en mal de recrutement. Car, même si, désormais, un Parisien sur trois travaille de l'autre côté du périphérique, la baisse de l'activité dans la capitale a un coût : l'augmentation du chômage.
Avec 11,4 % de demandeurs d'emploi, Paris se place tout juste derrière la Seine-Saint-Denis (17 %), lanterne rouge de la région. Paradoxe : malgré ce taux de chômage important, supérieur à 20 % chez les ouvriers, certaines entreprises peinent à recruter. Selon une étude réalisée par le Groupement des Assedic de la région parisienne (GARP), en juin 2004, 19 000 entreprises parisiennes souhaitaient recruter la même année mais, sur les 73 000 postes offerts, en particulier dans l'hôtellerie-restauration et l'informatique, environ 28 000 n'ont pas trouvé preneur.
A qui profite l'hémorragie de l'activité parisienne ? D'abord aux autres régions où la croissance de l'emploi est, depuis quinze ans, moins ralentie qu'en Ile-de-France, la région capitale se plaçant désormais à la 13e place (sur 22) ; aux communes de la périphérie parisienne, ensuite, surtout celles de la grande couronne qui, depuis 1990, ont gagné 161 000 emplois.
Le desserrement des emplois tertiaires du centre de Paris vers les communes périphériques de l'Ouest et de la grande couronne explique très largement cette évolution. Entre 1990 et 2000, selon l'Insee, 125 000 emplois tertiaires ont quitté la capitale (soit 8 %), tandis que 184 000 ont été créés dans les départements de la petite couronne (dont 58 % dans les Hauts-de-Seine) et 216 000 en grande couronne. Mais, rappelons-le, le solde régional est négatif. "L'incapacité française, désormais avérée, de parvenir à des créations nettes d'emplois dans le cadre du déclin des activités secondaires et de la montée des services apparaît exacerbée dans la région capitale", analyse Guy Burgel, directeur du laboratoire de géographie urbaine de l'université Paris-X, dans la revue Pouvoirs (Le Seuil, septembre 2004). Et il souligne : "Ce que l'industrie perd -70 000 postes en Ile-de-France entre mars 2001 et mars 2002-, les services ne le regagnent plus et, ce que Paris voit partir, la banlieue n'en récupère plus qu'une partie."
"DÉLOCALISATION"
La capitale, qui rassemble encore un tiers des effectifs salariés d'Ile-de-France, renforce sa spécialisation dans les emplois les plus qualifiés. Elle offre aujourd'hui 86 000 emplois d'ouvriers et 88 000 postes d'employés de moins qu'en 1990. Ce sont les arrondissements du centre et de l'ouest (1er, 2e, 3e, 6e, 8e, 9e) qui ont le plus pâti des pertes d'emplois, avec des diminutions comprises entre 20 % et 30 %, du fait, notamment, de la "délocalisation" vers le quartier d'affaires de la Défense, dans les Hauts-de-Seine, des activités financières (banques et assurances) autrefois concentrées dans les arrondissements centraux. Ce secteur d'activité a perdu le quart de ses salariés parisiens depuis 1990.
Il y a un an, lors d'une communication sur l'emploi devant le Conseil de Paris, le maire, Bertrand Delanoë, avait dénoncé plusieurs projets de délocalisation d'organismes publics comme le Centre français du commerce extérieur (CFCE) avec 570 emplois transférés à Marseille ou le Centre national de documentation pédagogique (CNDP) avec 250 emplois délocalisés en Poitou-Charentes. Le mouvement ne se tarit pas. Mardi 12 octobre, le groupe communiste du Conseil de Paris a déploré de nouvelles "hémorragies" à venir. Le groupe d'assurances Aviva, implanté dans le 9e arrondissement, devrait, d'ici au printemps 2005, délocaliser 1 600 emplois à Bois-Colombes (Hauts-de-Seine) et les 300 salariés du siège de Nouvelles Frontières s'installer à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Autre exemple : le départ en banlieue, prévu en 2005, de 1 500 emplois du fret SNCF et de 1 000 salariés du tri postal.
L'adjoint aux finances du maire de Paris, Christian Sautter, s'accroche à la reprise, réelle depuis 2003, de la création d'entreprises en Ile-de-France. Avec 66 000 créations, l'année 2003 a, effectivement, connu une progression de près de 9 % par rapport à 2002. Quatre sur dix se sont faites à Paris, soit 27 000 nouvelles entreprises implantées dans la capitale. Elles auraient généré environ 48 000 emplois dont 27 000 de salariés. Ce mouvement positif appelle toutefois un optimisme raisonnable. Ce bon score de la création d'entreprises, qui semble se confirmer pour 2004, replace, en effet, la capitale au niveau atteint en 1994, l'année de la reprise économique.
Christine Garin
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Une pénurie d'infirmières, de maçons, de cuisiniers et de serveurs
Commerce et hôtellerie. Dans un certain nombre de métiers, les employeurs franciliens signalent des difficultés de recrutement. En 2000, l'hôtellerie-restauration employait 98 000 personnes, soit la moitié des effectifs de la région. En 2004, 9 000 emplois dans ce secteur n'auraient pas trouvé preneur. Ce serait aussi le cas de 3 800 emplois d'hôtesses d'accueil-standardistes, 3 000 de cuisiniers, 3 000 de représentants, 3 000 d'ingénieurs et cadres dans l'informatique (hors technico-commercial). Quant au commerce de détail, c'est le secteur emblématique, qui concentre dans la capitale un tiers de ses emplois salariés régionaux.
Maçons et infirmières. Les difficultés de recrutement touchent massivement la profession d'infirmière (89 % des postes), de maçon qualifié (87 %), de cuisinier ou de serveur dans l'hôtellerie (60 %).
Déplacements. 70 % des Parisiens exercent leur activité dans la capitale. Ce sont plutôt les cadres qui travaillent en banlieue (38 %, contre seulement 17,6 % des employés). Ils se rendent surtout dans les départements de la petite couronne (22 %, dont 13 % dans les Hauts-de-Seine), 6 % travaillant en grande couronne.
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 16.10.04
Cyril October 18th, 2004, 09:37 AM A qui profite l'hémorragie de l'activité parisienne ? D'abord aux autres régions où la croissance de l'emploi est, depuis quinze ans, moins ralentie qu'en Ile-de-France, la région capitale se plaçant désormais à la 13e place (sur 22) ; aux communes de la périphérie parisienne, ensuite, surtout celles de la grande couronne qui, depuis 1990, ont gagné 161 000 emplois.
Il me semble d'ailleurs presque plus facile aussi de trouver un emploi en province, j'en ai fait l'expérience et je connais d'autres personnes dans le même cas que moi.
MyNight October 18th, 2004, 09:48 AM Tout dépend sans doute du créneau pour lequel on est formé... Moi, ça a été le contraire, mais je ne suis pas un exemple ! :D
Manuel October 18th, 2004, 10:24 AM très différent de ce qu'il se passe à NYC et Londres (+24% dans la ville et + 25% dans les périphéries extérieures entre 1993 et 2003) pour le coup. Faut il chercher un malaise national ou régional ?
Cyril October 18th, 2004, 11:04 AM Malaise régional ET national pour le coup ici...
Je vais avoir des nouveaux collègues bientôt, la plupart viennent de Paris, donc accepter de faire 740 Km pour trouver du boulot, ça prouve bien que ds certains domaines (high tech / informatique) Paris est un désert. J'ai personnellement ex-collègues ingénieurs qui sont au chomage depuis 2 ans là bas...
On assiste à une spécialisation des professions sur Paris, c'est indéniable mais il y a un gros pb économique en IDF.
yvanh October 18th, 2004, 12:00 PM paris perd des emplois et la province en gagne....et alors ça permet à la province de se renforcer et à paris de baisser un peu de régime.vous êtes pour la toute puissance de paris ? quand quelque chose ne va pas en province, c'est normal parce que c'est la province. Lorsque cette situation touche paris, ça devient une catastrophe.si on veut que la province rattrape un peu son retard sur la capitale, il faut que paris freine un peu son interminable extension.c'est un retour logique des choses.il faut mettre fin à cette hypertrophie francilienne, c'est ça le problème numéro 1 dans notre pays.si on veut que les provinces soient plus riches et dynamiques, il faut que paris le soit moins et ce HUCHON m'énerve avec ses projets du paris toujours plus. et les régions ?
Cyril October 18th, 2004, 12:08 PM La puissance économique parisienne se dilue dans tout le pays, mais la compétitivité de Paris par rapports aux grosses villes mondiales tend à s'émousser. Reste à savoir dans quelles proportions et si cette tendance va perdurer ou pas.
yvanh October 18th, 2004, 12:34 PM oui ! mais la faute repose aussi sur les parisiens qui sont envers et contre tout. parkings, espaces verts, moins de bruit, pas de tours : voici leurs voeux de Nouvel An. on ne tonifie pas le rythme de croisière avec de tels désirs.
Manuel October 18th, 2004, 12:46 PM Si le moteur de l'économie fr s'essoufle, la france trinquera. Si Paris n'attirent pas assez d'activités sophistiquées, c pas Lyon ou Marseille ni encore moins Lille qui les attireront.
icon October 18th, 2004, 02:51 PM Si le moteur de l'économie fr s'essoufle, la france trinquera. Si Paris n'attirent pas assez d'activités sophistiquées, c pas Lyon ou Marseille ni encore moins Lille qui les attireront.
ca depend de certains secteurs de pointe (recherche, R&D), sur certaines portions hyper specialisees mais dans l'ensemble je suis d'accord
djakk October 18th, 2004, 11:22 PM Malaise régional ET national pour le coup ici...
Je vais avoir des nouveaux collègues bientôt, la plupart viennent de Paris, donc accepter de faire 740 Km pour trouver du boulot, ça prouve bien que ds certains domaines (high tech / informatique) Paris est un désert. J'ai personnellement ex-collègues ingénieurs qui sont au chomage depuis 2 ans là bas...
On assiste à une spécialisation des professions sur Paris, c'est indéniable mais il y a un gros pb économique en IDF.
Ah, je me sens concerné (enfin dans 3 ans, le temps de finir mon école d'ingénieur …). À la rigueur, ça ne me gène pas, je préfèrerai travailler ailleurs qu'en région parisienne pour la qualité de vie, meme si le salaire est moins élevé
Bon, dans 3 ans ça aura peut-être changé
Bren October 18th, 2004, 11:29 PM si on veut que les provinces soient plus riches et dynamiques, il faut que paris le soit moins et ce HUCHON m'énerve avec ses projets du paris toujours plus. et les régions ?
Huchon fait des choses en Ile de France ? si c'était vrai ça se saurait :)
Metropolitan October 19th, 2004, 01:20 AM Adaptons Paris à ses nouvelles dimensions. Intégrons l'espace des 4 départements du centre en un tout unique. Paris est comme un crabe qui doit muer pour se faire une plus grosse coque.
La situation actuelle concentre beaucoup trop l'activité économique dans le 75, Paris est saturée, les distances domicile-emploi sont trop longues, l'immobilier est trop cher. il faut élargir cette espace et prendre exemple sur le 92 pour développer l'ensemble de la région.
Et surtout, ne faites pas l'erreur des arrogants qui consistent à enterrer Paris trop vite. N'oubliez pas qu'il s'agit d'une métropole à stature internationale. Je ne reviendrais pas là-dessus, mais le choix du gestionnaire Huchon a été catastrophique pour le développement de l'Ile-de-France. Santini, maire d'Issy-les-Moulineaux, ancienne ville industrielle reconvertie en pôle tertiaire, aurait été un bien meilleur choix.
Manuel October 19th, 2004, 01:35 AM "ne faites pas l'erreur", tu emplois l'impératif pour qui?
t'aurait-on confié une mission sur terre de simples stupides mortels comme nous ?
Metropolitan October 19th, 2004, 01:50 AM "ne faites pas l'erreur", tu emplois l'impératif pour qui ????C'est un impératif suggèrant un conseil. Et ce conseil est général, il vise tout le monde. :)
Quand je suis arrivé sur ce forum il y a quelques semaines, j'ai eu deux chocs :
- Le premier consistait à réaliser que des gens se réunissaient pour parler du développement urbain en France et en particulier à Paris.
- Le second était que beaucoup d'entre eux méprisaient Paris, voire même enterraient la capitale.
Le premier choc était plutôt positif, le second m'a considérablement ébranlé. Je trouve ces deux directions totalement incompatibles. Paris a des forces, de très grandes forces. C'est de loin la ville d'Europe qui a le plus de prestige international, il n'y a en fait même pas de concurrence !
La grande faiblesse de Paris est en fait un mal général à l'Europe : le pessimisme. S'il y avait un peu moins d'oiseaux de mauvais augures et un peu plus de personnes qui chercheraient à nous faire rêver, à nous donner confiance en nous, les choses iraient beaucoup mieux. Alors mes amis, laissons notre pessimisme aux vestiaires et soyons résolus. Cela ne peut pas faire de mal !
Manuel October 19th, 2004, 07:42 AM Comme c'est mignon. Mais tu sais, ce n'est pas l'humeur des gens qui décide du sort de grandes villes. Et si tu savais lire entre les lignes, tu reconnaitrais un optimisme raisonné et non pas ébailli.
Tu n'as ni a persuader ni a militer sur ce forum, alors drop the attitude.
la prochaine évite l'adjectif "arrogant" dans ton thread daté de 1h20. Ca t'évitera de perdre ton temps pour ce genre de discussion.
Phil October 19th, 2004, 08:19 AM Et toi Manuel, t'as t'on aussi confié une mission sur terre pour les stupides mortels comme nous ?
icon October 19th, 2004, 08:38 AM C'est un impératif suggèrant un conseil. Et ce conseil est général, il vise tout le monde. :)
Quand je suis arrivé sur ce forum il y a quelques semaines, j'ai eu deux chocs :
- Le premier consistait à réaliser que des gens se réunissaient pour parler du développement urbain en France et en particulier à Paris.
- Le second était que beaucoup d'entre eux méprisaient Paris, voire même enterraient la capitale.
Le premier choc était plutôt positif, le second m'a considérablement ébranlé. Je trouve ces deux directions totalement incompatibles. Paris a des forces, de très grandes forces. C'est de loin la ville d'Europe qui a le plus de prestige international, il n'y a en fait même pas de concurrence !
La grande faiblesse de Paris est en fait un mal général à l'Europe : le pessimisme. S'il y avait un peu moins d'oiseaux de mauvais augures et un peu plus de personnes qui chercheraient à nous faire rêver, à nous donner confiance en nous, les choses iraient beaucoup mieux. Alors mes amis, laissons notre pessimisme aux vestiaires et soyons résolus. Cela ne peut pas faire de mal !
autant je reconnais la stature de paris sur le plan culturel, politique (meme si il y a un repli de l'influence francaise a l'international), autant en terme innovation/ville d'avenir je suis plus circonspect: ce n'est pas la ou s'invente le futur... cela dit, ce n'est qu'une aspect parmi tant d'autres...
Manuel October 19th, 2004, 09:22 AM Et toi Manuel, t'as t'on aussi confié une mission sur terre pour les stupides mortels comme nous ?
pas du tout. Pas besoin de jouer les candides non plus, on a pas des cerveaux de télétubbies.
Cyril October 19th, 2004, 09:39 AM @Metropolitan :
- Cet article dénote un déclin relatif et non pas absolu.
- Paris et sa région semblent, plus que toute autre région, pâtir des pb économiques de la France actuellement, ce qui est relativement nouveau, la région capitale étant historiquement épargnée d'habitude.
=> raisons structurelles et aussi conjoncturelles dont on ne peut venir à bout juste en se donnant bonne conscience style "méthode Coué" ou bien même en regroupant en un seul les 4 dpt centraux d'IDF à mon avis.
Sinon, merci de rester courtois entre vous SVP :)
MyNight October 19th, 2004, 02:06 PM Problème micro ou macro-économique ?
Le Monde, 20 oct. 2004
Dans un rapport remis à Nicolas Sarkozy, mardi 19 octobre, l'ex-directeur général du Fonds monétaire international juge que le "déficit de travail" freine la croissance. Appelant à un "sursaut" urgent, il prône un assouplissement des règles sociales et un effort massif en faveur de la recherche.
Est-ce un énième rapport sur le déclin français, le point d'appui d'un sursaut rapide, le livre de chevet du futur président de l'UMP, Nicolas Sarkozy ? On ignore l'avenir promis au rapport que Michel Camdessus a remis, mardi 19 octobre, au ministre des finances, mais Le Sursaut, vers une nouvelle croissance pour la France (La Documentation française) adopte un ton alarmiste. L'ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI) prévient, chiffres à l'appui, que "l'économie française est en train de décrocher" et appelle à un "sursaut" urgent - sans attendre l'élection présidentielle de 2007.
Au cours des dix dernières années, le produit intérieur brut global de la France a progressé moins vite que celui des Etats-Unis (de 1,5 point), un retard qui s'accumule aussi vis-à-vis de la Finlande, du Royaume-Uni, de la Suède, du Canada ou du Danemark. Le chômage n'a pas reculé, le système de protection sociale accuse des déficits à répétition et le taux de pauvreté, après transferts sociaux, "se rapproche davantage de celui du Royaume-Uni que de celui des pays nordiques", pointe le rapport.
Les perspectives ne sont pas meilleures. La croissance potentielle de l'économie française, qui est de 2,25 %, risque de tomber à 1,5 %-1,75 % lorsqu'elle devra porter le poids du vieillissement de la population. A ce rythme, souligne M. Camdessus, "le pays entre dans une spirale infernale : l'endettement augmente, le poids des intérêts de la dette diminue la marge d'action de l'Etat, qui sera en outre alourdie par le poids des retraites et des dépenses de santé". Il n'y a donc point de salut : "le système craquera", conclut-il.
Ce "sursaut", assure-t-il, la France doit le faire pour les jeunes. "Le traitement que nous - leur - réservons est un véritable symbole de nos dysfonctionnements, lit-on dans le rapport. A travers l'augmentation de la dette, ce sont eux qui paieront, en fait, les déficits des services publics que nous utilisons aujourd'hui."
Ce sont également eux qui, demain, "en violation flagrante d'un des principes du développement durable, supporteront directement la charge de la réduction de la vie active que nous nous sommes octroyée". Enfin, c'est sur eux que se concentrent "l'insécurité et la précarité (taux de chômage, CDD)". Les jeunes sont "les grandes victimes de l'absence d'adaptation de notre modèle social". Pour en sortir, l'ancien gouverneur de la Banque de France voit deux passages obligés : "Agiliser l'Etat" et "en finir avec l'idée que le travail se partage".
Le rapport dénonce l'inefficacité de la sphère publique : "par rapport à 1984, en vingt ans, les marges de manœuvre de l'Etat - c'est-à-dire les dépenses autres que la charge de la dette et les dépenses de personne - se restreignent comme peau de chagrin ; elles ont diminué de 25 %".
"MULTIPLIER LE TRAVAIL"
Pourtant le niveau de dépenses publiques n'a cessé de croître "qu'épisodiquement" pour atteindre 54,7 % de la richesse nationale. "Il y a deux chiffres à retenir, estime donc M. Camdessus : On peut réduire le chômage sous les 5 % d'ici à 2010. Il faut pour cela baisser d'un point de PIB par an la dépense publique pour arriver à 49 % dans cinq ans, c'est-à-dire juste à la moyenne de la zone euro."
Pour cela, M. Camdessus plaide pour un gouvernement resserré, "un Quinze de France" dans lequel le ministre chargé de la réforme de l'Etat aurait un rôle central. Il défend ensuite une décrue progressive des effectifs. L'Etat ne doit pas recruter plus de 40 000 personnes par an pendant les dix ans qui viennent même si les départs en retraite oscillent entre 71 000 et 81 000 par an. Cela correspond à l'objectif de non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite que s'est fixé Jean-Pierre Raffarin, mais que pour l'instant l'Etat n'arrive pas à tenir.
Côté emploi, le rapport stigmatise le faible taux d'emploi des jeunes et des seniors, le niveau de chômage et la durée hebdomadaire du travail, qui aboutissent au fait que "si un salarié français produit 5 % de plus par heure travaillée qu'un américain, il produira 13 % de moins par an et 36 % de moins sur l'ensemble de sa vie active". "La quasi totalité de l'écart de croissance qui nous sépare, depuis dix ans, de nos principaux partenaires, s'explique par la moindre quantité de travail que nous sommes capables de mobiliser collectivement chaque année", poursuit le rapport.
"Pouvons-nous changer et multiplier le travail au lieu de le diviser ?", interrogent ses auteurs. Pour eux, c'est possible, à condition de réformer en profondeur le fonctionnement du marché du travail et des licenciements. Ils esquissent une proposition : fusionner le contrat de travail à durée indéterminée et celui à durée déterminée en un contrat unique "dans lequel les droits relatifs à la protection de l'emploi et à l'indemnisation se renforceraient progressivement".
Ils proposent aussi de rendre les coûts de licenciements plus prévisibles pour les entreprises, quitte à "taxer" plus celles qui licencient par un système de bonus malus sur les cotisations sociales. En résumé, on protège moins les emplois, mais on protège mieux les personnes en renforçant l'assurance-chômage, le service public de l'emploi, le droit à la formation.
Ce diagnostic n'apporte rien de très nouveau par rapport à la cohorte de livres (Etat d'urgence de Roger Fauroux et Bernard Spitz), de rapports du Conseil d'analyse économique ou de documents commandés par le gouvernement (rapport de Virville sur la modernisation du droit du travail ou Marimbert sur le service public de l'emploi). Le rapport Camdessus ne donne pas non plus de "méthode miracle" pour réussir la transformation qu'il préconise et que le gouvernement essaie déjà, avec difficultés, de faire accepter aux organisations syndicales. L'auteur reconnaît que "le gouvernement a déjà lancé beaucoup de réformes", mais qu'"il ne donne pas la perspective d'ensemble". C'est elle qui, selon lui, permettrait de débloquer les choses.
A Matignon, on constate que les propositions du rapport sont progressivement mises en œuvre depuis deux ans et demi. En revanche, le PS le juge sévèrement. "Ce rapport sur commande reprend les orientations de M. Sarkozy et tient un discours caricatural sur le fait que les Français ne travaillent pas assez, alors que l'on a besoin d'un diagnostic sur la compétitivité et sur la stratégie industrielle", commente Eric Besson, secrétaire national chargé des questions économiques.
Sophie Fay
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Vingt personnalités de divers horizons
Michel Camdessus, 71 ans, ancien directeur général du Fonds monétaire international et gouverneur honoraire de la Banque de France, a animé un groupe de travail de vingt personnalités d'horizons divers, qu'il a lui-même choisies : patrons de grands groupes (AXA, Lafarge, SNCF), de banques d'affaires (JPMorgan et Cie, Lazard) ou de PME ; syndicalistes (un ancien président de la CFTC et l'ex-secrétaire général de la fédération CGT du textile) ; universitaires (le directeur de Sciences-Po Paris et la présidente de l'université de Caen) et économistes (CDC Ixix, MIT). Le président d'Emmaüs France, le patron du Génopole et celui de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris y figurent aussi.
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 20.10.04
Cyril October 19th, 2004, 03:19 PM Et la crise pétrolière n'arrangera rien, notre croissance future va se trouver amoindrie, comme si nous avions besoin de cela.
Dossier dans Le Figaro aussi :
http://www.lefigaro.fr/eco-entreprises/20041019.FIG0251.html
Metropolitan October 19th, 2004, 03:45 PM Sinon, merci de rester courtois entre vous SVP :)La courtoisie n'a jamais été mon problème Cyril. Les attaques personnelles ne sont pas dans mes habitudes. :)
Sinon par rapport à ta remarque sur la méthode Coué, ne néglige pas trop rapidement l'importance de l'optimisme dans la conjoncture économique. En fait, les prévisions économiques sont largement auto-réalisatrices et ce à plusieurs niveaux.
Prenons un exemple, lorsque la croissance remonte telle que ce fut le cas entre 1997 et 2001, les gens ont plus confiance dans l'avenir. Résultat, ils consomment, et font même des enfants, ce qui les amène à consommer encore plus. Cette hausse de la consommation entraîne de la croissance et confirme ainsi qu'ils avaient raison d'avoir confiance dans l'avenir.
Les pays d'Europe en général et la France et l'Allemagne en particulier ont des taux d'épargne record dans l'économie. Cela signifie que nos pays font partie de ceux dans lesquels la plus grande part du revenu est épargné, et ainsi non consommé. Avec des taux d'épargne supérieur à 10%, on ne peut pas dire que la consommation stagne en Europe parceque les européens n'ont pas d'argent. Si la consommation stagne, c'est simplement parce que les européens n'ont pas confiance en l'avenir. En fait, c'est simplement parce que les européens sont pessimistes.
On peut reprocher plusieurs choses aux Etats-Unis, mais s'il y a quelque chose de positif dans ce pays, c'est l'optimisme. Alors bien sûr, il y a des raisons rationnels pour expliquer que le taux d'épargne aux US n'est que de 2,4% du revenu alors qu'il est à 10% dans la zone euro : Le chômage est faible, la croissance plus performante qu'ici, mais il y a aussi un facteur culturel fondamental.
D'ailleurs, toi-même tu en es la preuve. Je dis simplement qu'un peu plus d'optimisme ferait du bien à l'économie et tu me réponds que faire de la méthode Coué ne sert à rien. Cela prouve bien que j'ai raison ! ;) Maintenant, ça n'est la faute de personne, on vit dans un pays, voire un continent, qui traverse une lourde crise identitaire. Les modèles économiques européens ont été sévèrement remis en cause depuis la fin des années 80 au profit d'un modèle anglo-saxons dans lequel beaucoup d'européens (surtout français et allemands) ne se reconnaissent pas. Toutefois, je ne crois pas que la situation soit immuable, on peut changer les choses. Alors il est vrai que cela se fera plus facilement s'il y a des évenements tangibles sur lesquels une hausse de la confiance des ménages pourraient se reposer, mais cela ne signifie pas que je ne fais que de la méthode Coué, et qu'il faut écarter d'un revers de main cette idée. :)
Manuel October 19th, 2004, 03:54 PM lodère ton language met' c toi qui a attaqué le premier en employant le terme "arrogant". Si tu ne l'avais pas fait, tu n'aurais pas eu de réplique.
non mais je crois Cyril, qu'il te prend pour un idiot en explicant les choses comme à un demeuré ?
Metropolitan October 19th, 2004, 04:07 PM Et la crise pétrolière n'arrangera rien, notre croissance future va se trouver amoindrie, comme si nous avions besoin de cela.La crise pétrolière n'arrange rien, c'est vrai mais la situation pourrait être pire.
Tout d'abord, les économies européennes sont moins dépendantes en pétrole que l'économie américaine. En effet, nos économies se sont restructurés dès les crises pétrolières des années 70 qui les ont heurtés de plein fouet. A l'opposé, les Etats-Unis n'ont quasiment pas été touchés par ces crises pétrolières. En effet, les US ont pu compenser la hausse du prix du brut à cette époque grâce à la production de pétrole intérieur. Aujourd'hui, la situation est inverse, l'Europe s'est restructurée pour être moins dépendante en pétrole, alors que les Etats-Unis n'ont plus de résèrves pétrolières dont l'exploitation est suffisament bon marché pour approvisionner le marché US.
De plus, l'euro fort que l'on connait actuellement nuie certainement à l'activité économique européenne, mais ceci est compenser par du pétrole qui nous revient moins cher, puisqu'acheter en dollar bon marché.
Du fait de ces deux phénomènes, il me paraît évident que les Etats-Unis seront plus touchés que l'Europe par la hausse du prix du pétrole actuelle. Alors qu'est-ce que cela signifie concrètement ? Est-ce que c'est positif ou est-ce que c'est négatif pour nous ?
Cela est négatif pour l'Europe dans le sens que nos exportations dirigés vers les Etats-Unis risquent d'être séverement atteintes. Cela pose un problème sachant que la croissance allemande repose essentiellement sur une croissance des exportations.
Toutefois, cela est aussi positif pour l'Europe puisqu'un ralentissement de l'activité économique aux Etats-Unis alors que l'Europe sera moins touché va attirer les capitaux internationaux vers nos économies. Cela va permettre une hausse de l'investissement chez nous qui pourrait, si le consommateur retrouve confiance, nous diriger vers une hausse de la consommation.
Pour résumer, il ne faut pas trop vite tomber dans le défaitisme simplement parce qu'on nous annonce un baril à 50$. 50$, ça ne fait que 40€ pour les européens, ce qui est cher, mais moins insoutenable qu'ailleurs.
Metropolitan October 19th, 2004, 04:12 PM lodère ton language met' c toi qui a attaqué le premier en employant le terme "arrogant". Si tu ne l'avais pas fait, tu n'aurais pas eu de réplique.
non mais je crois Cyril, qu'il te prend pour un idiot en explicant les choses comme à un demeuré ?Quand je parlais des arrogants, je ne visais absolument personne en particulier. Je cherchais simplement à parler de ceux qui considèrent que du haut de leur savoir ils en ont conclu que Paris devait être enterré. Je trouve ça dommage que tu te sois reconnu là dedans. :(
Manuel October 19th, 2004, 04:16 PM qui sont ces personnes ou groupes de personnes alors ?
Sinon,"les prévisions économiques sont largement auto-réalisatrices"
>> je pense que Cyril et bien d'autres avaient compris.
Metropolitan October 19th, 2004, 04:31 PM qui sont ces personnes ou groupes de personnes alors ?Beaucoup d'économistes et d'universitaires, relayés ensuite par les médias. En somme, les apôtres du déclin français, comme s'il s'agissait d'un mouvement inéluctable contre lequel on ne peut rien faire.
Il faut bien faire attention, je suis parfaitement conscient des difficultés structurelles que connait l'économie française et je n'ai absolument rien contre les signaux d'alarme. Bien au contraire, ces signaux sont positifs parce que seuls ces derniers peuvent réveiller un France qui a trop tendance à se plonger dans la léthargie.
Ce que je reproche, c'est simplement l'idée que rien ne peut être fait, que les autres aux Etats-Unis ont tout compris et que c'est la raison pour laquelle les français ne comprendront jamais rien. Non, il n'y a rien d'inexorable dans les phénomènes actuelles et il y a des solutions... la seule chose qui nous manque, c'est un peu plus d'esprit d'initiative. :)
Manuel October 19th, 2004, 04:34 PM Ok, quelles solutions tu proposerais ?
Cyril October 19th, 2004, 04:37 PM Je ne me sens pas plus visé qu'un autre et je ne vise personne en particulier dans ma quête de courtoisie formelle au sein de ce forum.
Pour en revenir au sujet de ce thread, comment expliques-tu que Paris et sa région soient plus touchés par le chomage que bien d'autres régions françaises ? Pourquoi Paris semble-t-elle cristalliser tous les maux économiques du pays quand jusqu'ici c'était l'unique ville/région à être épargnée ? Tu as forcément une réponse dear ?
Cyril October 19th, 2004, 04:45 PM On parle bcp des USA actuellement pour en déduire que c'est une démocratie républicaine alors que la France est une république démocratique. On oppose le sens de la responsabilité individuelle des américains au maternement étatique des français. La prise d'initiative est en effet un point à prendre en compte mais je pense que le "modèle français" est arrivé au bout du rouleau à mon avis...c'est là qu'il faut le plus de réformes. Historiquement la prise d'initiatives des français a souvent été battue en brèche par l'état tout puissant.
Metropolitan October 19th, 2004, 04:51 PM Je ne me sens pas plus visé qu'un autre et je ne vise personne en particulier dans ma quête de courtoisie formelle au sein de ce forum.
Pour en revenir au sujet de ce thread, comment expliques-tu que Paris et sa région soient plus touchés par le chomage que bien d'autres régions françaises ? Pourquoi Paris semble-t-elle cristalliser tous les maux économiques du pays quand jusqu'ici c'était l'unique ville/région à être épargnée ? Tu as forcément une réponse dear ?A mon sens le grand problème de l'agglomération parisienne, c'est qu'elle est sclérosée. Il y a des poles de croissances extrêmement dynamique comme c'est le cas dans le 92, et juste à côté, deux trois rues plus loin, il y a des zones industrielles sinistrées entourées de zones d'habitation où fleurissent les chômeurs, comme on peut le voir d'ailleurs au sein même du 92 par endroit. Ce qui est incroyable, c'est l'absence de communication entre ces poles d'activités et les zones sinistrées.
Bien entendu, il y a d'autres problèmes, ce que je décrit à une influence marginale. Par contre, je suis convaincu que c'est dans ce problème de ségrégation spatiale que réside les raisons pour laquelle il y a plus de difficultés en Ile-de-France qu'ailleurs.
Manuel October 19th, 2004, 08:21 PM les ségrégations et dualisation ont pourtant malheureusement l'air de bien fonctionner aux USA...à en juger par leur croissance éco et leur degré de polarisation/fragmentation socio-spatiale.
lepied October 19th, 2004, 08:25 PM et leur degré de polarisation/fragmentation socio-spatiale.
Et là, c'est l'accident ! Je me rend compte que j'ai encore le cerveau bien attaqué par l'anesthésie et les drogues :) !
Bon , v au lit moi !
Manuel October 19th, 2004, 08:35 PM lol! en d'autres termes, aux USA, les écarts de richesse et de qualifications sont plus importants. Qui se ressemble, s'assemble, les riches se retrouvent dans des "poles" de riches et les pauvres dans des poles de pauvres. Ces poles sont souvent juxtaposées. :)
big T October 20th, 2004, 06:20 AM Et là, c'est l'accident !
:lol:
Sinon merci quand meme pour la petite explication sur les previsions autorealisatrices Metropolitan, je ne sais pas si je dois en avoir honte mais pour moi ca n'etait pas si evident...
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