Cyril
October 20th, 2004, 11:10 AM
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Nathalie Collard
La Presse
Après le Musée des beaux-arts, c'est au tour du Centre canadien d'architecture de se pencher sur les années 60. Retour sur l'âge d'or de l'architecture montréalaise.
Qu'ont en commun la Place Ville-Marie, la tour de la Bourse, et la Place des Arts? Ces édifices ont tous été construits dans les années 60, période bénie de l'architecture montréalaise, qui fait aujourd'hui l'objet d'une exposition au Centre canadien d'architecture et ce, jusqu'en septembre 2005.
Philippe O'Brien, fondateur et ancien président de la firme Devencore, a été un témoin privilégié de cette période d'effervescence.
En 1967, alors qu'il était dans la jeune vingtaine, il travaillait pour la firme Trizec (longtemps propriétaire de la Place Ville-Marie- PVM). Il se souvient donc très bien de la construction du célèbre édifice qu'il décrit comme « le grand symbole architectural » de Montréal sur la scène internationale.
« La PVM était un leader à plusieurs niveaux: le design, les matériaux, le planning environnemental. Des délégations de partout dans le monde venaient la visiter », raconte M. O'Brien, aujourd'hui conseiller spécial chez Télémédia et membre du conseil d'administration du CCA.
« On avait construit de très beaux bâtiments dans les années 20 mais les plus beaux datent vraiment des années 60, insiste-t-il. Les gens avaient de l'audace, on n'avait pas peur d'attirer les meilleurs au monde alors qu'aujourd'hui, on a peur, nous sommes davantage repliés sur nous-mêmes. »
André Lortie, professeur à l'École d'architecture de Rouen et à l'école doctorale « Ville et environnement » de l'Université Paris VIII, est commissaire de l'exposition. Né à Montréal en 1958, c'est donc à travers les archives qu'il a découvert la métropole des années 60.
À ses yeux, le boom qu'a connu Montréal à cette époque est un écho de ce qui se faisait ailleurs au Canada et dans le monde. « Ce dynamisme n'était pas unique à Montréal mais plutôt révélateur des politiques urbaines adoptées un peu partout au pays. Par la suite, chaque ville en a fait ce qu'elle a voulu. Et Montréal s'est vraiment démarquée des autres grandes villes canadiennes. »
André Lortie note qu'à la même époque, la Ville de Rio adoptait son plan d'urbanisme, Paris construisait son périphérique et Boston voyait pousser des grands gratte-ciel dont certaines appartenaient aux mêmes grands promoteurs immobiliers que les gratte-ciel montréalais. « À Montréal, toutefois, cela s'est fait de manière forte », ajoute-t-il.
Expo 67, le moteur
La différence? Expo 67, l'événement qui a cristallisé l'énergie créatrice de cette époque. « L'Exposition universelle a été un projet moteur qui a permis de mettre tous les niveaux de gouvernement d'accord tout en démarrant un système de subventions qui a permis de réaliser de grands chantiers, note le commissaire. Pour une fois, tout le monde avait une échéance commune. Ce fut vraiment un événement puissant et exceptionnel. »
Le Montréal sous-terrain, l'aéroport Dorval, le réseau de transport intégré, tous ces symboles de la métropole québécoise se sont développés dans les années 60, dans un enthousiasme partagé par les citoyens ordinaires.
« Les gens étaient tellement enthousiastes qu'à la Saint-Jean-Baptise, les chars allégoriques étaient à l'effigie de la Place Ville-Marie et de la Place Bonaventure », rappelle André Lortie.
Résultat: la métropole québécoise est devenue en peu de temps le point de mire des spécialistes de l'architecture et de l'urbanisme un peu partout dans le monde. « On retrouve des articles dans des publications anglaises, américaines, françaises, grecques... souligne André Lortie. Le monde entier s'est intéressé aux transformations du centre-ville. »
Quarante ans plus tard, les visiteurs du CCA découvriront des photos, des plans de bâtiments ainsi que des documents qui leur permettront d'apprécier la mesure de ces grands changements qui ont transformé le visage de Montréal.
« On découvrira aussi des projets qui n'ont jamais vu le jour comme les trois tours qui devaient composer l'ensemble de la place de la Bourse, explique André Lortie. Il y avait des projets très audacieux. En fait, on peut dire que Montréal n'a pas toujours eu les moyens de ses ambitions. »
Quand on parle des années 60 au Québec, et pas seulement dans le domaine architectural, on évoque toujours cette formidable et désormais légendaire ouverture sur le monde. « Sur le plan politique, c'était très intense, rappelle André Lortie. Le FLQ, les grandes occupations étudiantes, les luttes syndicales fortes... Parallèlement, c'est la mise en branle des grands chantiers. Les Québécois ont réalisé alors qu'ils pouvaient faire de grandes choses. »
Avec le recul, le commissaire de l'exposition conclut que le mouvement indépendantiste est indissociable de ces grandes réalisations. « C'était l'époque du slogan " Maîtres chez nous " de Jean Lesage, dit-il. C'est une période qui a permis aux Montréalais et aux Québécois de s'identifier de façon puissante et profonde à leur métropole. Aujourd'hui, on assiste à un phénomène semblable à Pékin qui se prépare à accueillir les Jeux olympiques. C'est assez unique dans l'histoire d'une ville. »
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Les années 60: Montréal voit grand
Du 20 octobre 2004 au 11 septembre 2005
Centre canadien d'architecture
..bon..pour nos cousins québécois ou les chanceux qui auront la chance de visiter la ville :)
Nathalie Collard
La Presse
Après le Musée des beaux-arts, c'est au tour du Centre canadien d'architecture de se pencher sur les années 60. Retour sur l'âge d'or de l'architecture montréalaise.
Qu'ont en commun la Place Ville-Marie, la tour de la Bourse, et la Place des Arts? Ces édifices ont tous été construits dans les années 60, période bénie de l'architecture montréalaise, qui fait aujourd'hui l'objet d'une exposition au Centre canadien d'architecture et ce, jusqu'en septembre 2005.
Philippe O'Brien, fondateur et ancien président de la firme Devencore, a été un témoin privilégié de cette période d'effervescence.
En 1967, alors qu'il était dans la jeune vingtaine, il travaillait pour la firme Trizec (longtemps propriétaire de la Place Ville-Marie- PVM). Il se souvient donc très bien de la construction du célèbre édifice qu'il décrit comme « le grand symbole architectural » de Montréal sur la scène internationale.
« La PVM était un leader à plusieurs niveaux: le design, les matériaux, le planning environnemental. Des délégations de partout dans le monde venaient la visiter », raconte M. O'Brien, aujourd'hui conseiller spécial chez Télémédia et membre du conseil d'administration du CCA.
« On avait construit de très beaux bâtiments dans les années 20 mais les plus beaux datent vraiment des années 60, insiste-t-il. Les gens avaient de l'audace, on n'avait pas peur d'attirer les meilleurs au monde alors qu'aujourd'hui, on a peur, nous sommes davantage repliés sur nous-mêmes. »
André Lortie, professeur à l'École d'architecture de Rouen et à l'école doctorale « Ville et environnement » de l'Université Paris VIII, est commissaire de l'exposition. Né à Montréal en 1958, c'est donc à travers les archives qu'il a découvert la métropole des années 60.
À ses yeux, le boom qu'a connu Montréal à cette époque est un écho de ce qui se faisait ailleurs au Canada et dans le monde. « Ce dynamisme n'était pas unique à Montréal mais plutôt révélateur des politiques urbaines adoptées un peu partout au pays. Par la suite, chaque ville en a fait ce qu'elle a voulu. Et Montréal s'est vraiment démarquée des autres grandes villes canadiennes. »
André Lortie note qu'à la même époque, la Ville de Rio adoptait son plan d'urbanisme, Paris construisait son périphérique et Boston voyait pousser des grands gratte-ciel dont certaines appartenaient aux mêmes grands promoteurs immobiliers que les gratte-ciel montréalais. « À Montréal, toutefois, cela s'est fait de manière forte », ajoute-t-il.
Expo 67, le moteur
La différence? Expo 67, l'événement qui a cristallisé l'énergie créatrice de cette époque. « L'Exposition universelle a été un projet moteur qui a permis de mettre tous les niveaux de gouvernement d'accord tout en démarrant un système de subventions qui a permis de réaliser de grands chantiers, note le commissaire. Pour une fois, tout le monde avait une échéance commune. Ce fut vraiment un événement puissant et exceptionnel. »
Le Montréal sous-terrain, l'aéroport Dorval, le réseau de transport intégré, tous ces symboles de la métropole québécoise se sont développés dans les années 60, dans un enthousiasme partagé par les citoyens ordinaires.
« Les gens étaient tellement enthousiastes qu'à la Saint-Jean-Baptise, les chars allégoriques étaient à l'effigie de la Place Ville-Marie et de la Place Bonaventure », rappelle André Lortie.
Résultat: la métropole québécoise est devenue en peu de temps le point de mire des spécialistes de l'architecture et de l'urbanisme un peu partout dans le monde. « On retrouve des articles dans des publications anglaises, américaines, françaises, grecques... souligne André Lortie. Le monde entier s'est intéressé aux transformations du centre-ville. »
Quarante ans plus tard, les visiteurs du CCA découvriront des photos, des plans de bâtiments ainsi que des documents qui leur permettront d'apprécier la mesure de ces grands changements qui ont transformé le visage de Montréal.
« On découvrira aussi des projets qui n'ont jamais vu le jour comme les trois tours qui devaient composer l'ensemble de la place de la Bourse, explique André Lortie. Il y avait des projets très audacieux. En fait, on peut dire que Montréal n'a pas toujours eu les moyens de ses ambitions. »
Quand on parle des années 60 au Québec, et pas seulement dans le domaine architectural, on évoque toujours cette formidable et désormais légendaire ouverture sur le monde. « Sur le plan politique, c'était très intense, rappelle André Lortie. Le FLQ, les grandes occupations étudiantes, les luttes syndicales fortes... Parallèlement, c'est la mise en branle des grands chantiers. Les Québécois ont réalisé alors qu'ils pouvaient faire de grandes choses. »
Avec le recul, le commissaire de l'exposition conclut que le mouvement indépendantiste est indissociable de ces grandes réalisations. « C'était l'époque du slogan " Maîtres chez nous " de Jean Lesage, dit-il. C'est une période qui a permis aux Montréalais et aux Québécois de s'identifier de façon puissante et profonde à leur métropole. Aujourd'hui, on assiste à un phénomène semblable à Pékin qui se prépare à accueillir les Jeux olympiques. C'est assez unique dans l'histoire d'une ville. »
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Les années 60: Montréal voit grand
Du 20 octobre 2004 au 11 septembre 2005
Centre canadien d'architecture
..bon..pour nos cousins québécois ou les chanceux qui auront la chance de visiter la ville :)