View Full Version : Le bonheur est en France : vaste étude de "Challenges"


yvanh
October 22nd, 2004, 02:17 PM
Les statistiques internationales, comme les étrangers, en témoignent : il fait vraiment bon vivre en France. Sceptiques? Dix pages pour vaincre votre sinistrose.

1.Le bonheur est en France
Thierry Drilhon, directeur général de Cisco France, a la pêche. Le 1 er septembre à Jouy-en-Josas, sur le campus de HEC, devant une brochette de dirigeants d’entreprise réunis pour l’université d’été du Medef, il s’emballe. Oui, la France est un pays apprécié des investisseurs étrangers. Oui, la productivité y est satisfaisante. Les infrastructures, au poil. Il s’attire immédiatement l’ironie de Denis Kessler, PDG de Scor et grand organisateur de la manifestation : « Je rappelle que personne ici n’a pris de Prozac avant d’intervenir… » Le Medef, en guerre contre les 35 heures et le poids des charges qui pèsent sur les entreprises, ne peut évidemment se dire satisfait de l’état de la France. Et le patronat n’a pas à se forcer pour endosser le penchant bien français – et perceptible à tous les niveaux – pour la râlerie, la dénonciation d’une société dite bloquée, l’inéluctable condamnation au déclin.

Une belle santé démographique. La réalité est autre. C’est le french paradox. La croissance, d’abord. On n’a pas trouvé mieux jusqu’à maintenant que le PIB pour mesurer l’évolution de la richesse d’un pays. De ce point de vue, l’économie française va bien ( voir graphique ci-contre ). Depuis 1998, sa croissance a systématiquement dépassé la moyenne de la zone euro (sauf en 2003, où elle l’a égalée). Mieux : en 2004, l’écart en faveur de pays traditionnellement plus dynamiques que les autres, comme la Grande-Bretagne ou l’Espagne, se réduit. En dix ans, la richesse des Français s’est accrue d’un quart, soit presque deux fois plus que celle des Allemands. L’une des raisons structurelles de ce dynamisme, rarement soulignée, est la démographie. Ce sont les femmes françaises – à égalité avec les Irlandaises – qui font le plus d’enfants en Europe, et de loin. Ces nombreux bébés sont, à court terme, le gage d’une demande accrue – il faut les nourrir, agrandir les logements à mesure qu’ils poussent – et, à moyen terme, ils rehaussent la croissance potentielle de l’économie française, puisqu’ils représenteront une main-d’œuvre supplémentaire.
Une croissance au-dessus de la moyenne du Vieux Continent, un taux de fécondité supérieur de 35% à celui de l’Allemagne et de 60% à celui de l’Italie, des infrastructures incomparables. Il n’en faut pas plus pour attirer les investisseurs étrangers. Contre vents et marées, la France reste le deuxième pays du monde pour l’accueil des investissements étrangers, juste derrière… la Chine.

Contre les idées reçues. Certes, mais les Français pourraient faire mieux encore, s’ils étaient moins paresseux, plus productifs, entend-on souvent. Autre rengaine : tout irait mieux si les prélèvements obligatoires n’entravaient pas le dynamisme de ceux qui veulent entreprendre. Sur le premier point, les statistiques sont formelles : de tous les pays industrialisés, la France affiche la meilleure productivité par heure de travail. Elle se situe même à 13% au-dessus de celle des Américains, selon l’OCDE. Il est vrai que le fait de travailler moins longtemps rend, presque mécaniquement, chaque heure plus productive. Et, à considérer le PIB par tête, le bilan apparaît un peu moins flatteur. Mais il est beaucoup moins noir que ne l’avait suggéré un calcul entaché d’erreurs qui avait fait beaucoup de bruit début 2002, en pleine campagne électorale. Ainsi, le classement de l’OCDE des PIB par habitant place désormais la France au même niveau que la Grande-Bretagne, loin devant l’Allemagne et l’Italie.
Quant aux prélèvements obligatoires – et à l eur contrepartie, les dépenses publiques –, ils font souvent l’objet d’analyses erronées. Tel grand patron évoque, à l’occasion d’une tribune, « le train de vie de l’Etat qui représente 55% du PIB ». Ce chiffre correspond effectivement à la dépense publique. Mais, pour plus de la moitié, elle est constituée de prestations sociales (santé, retraite), qui n’alimentent donc en rien le train de vie des gouvernants ou des fonctionnaires. Surtout, ces prestations – que nous envient souvent les étrangers – ont un caractère privé dans les pays anglo-saxons. Les cotisations correspondantes ne sont donc pas comprises dans les prélèvements obligatoires. Cela n’enlève rien à la nécessité en France d’une modernisation de l’Etat ou d’un secteur aussi décisif que celui de la recherche. En attendant, il fait vraiment bon être français.

2.Le moral remonte
Cet indicateur, résumant les réponses à des questions sur l’emploi, le niveau de vie…, a commencé de se redresser à la mi-2003, en phase avec le redémarrage de l’économie.

3.Maggie Cheung, 40 ans, actrice chinoise, a été mariée à un Français.
«En France, on peut respirer»
"Les Français ne savent pas à quel point ils ont de la chance. C’est toujours un choc pour moi de les entendre se plaindre. Je leur dis souvent : “D’accord, vous n’avez pas d’argent pour partir en vacances, mais vous oubliez que vous ne travaillez pas beaucoup!” Les gens sont très relax ici. Peut-être plus idéalistes que nous autres Chinois. Les Français n’hésitent pas à mettre leur énergie dans leurs passions mais ne font aucun effort dans la vie quotidienne. En Asie, les gens travaillent dur et, la plupart du temps, il ne s’agit pour eux que de survivre. Ils se replient sur eux-mêmes, ils craignent d’être critiqués, ils s’auto-protègent et portent un masque. A Hong-kong, il faut être poli et toujours donner le change. Etre belle à tout prix, surtout lorsqu’on est comédienne. Si vous n’êtes pas en forme, c’est que quelque chose cloche. “Tiens, tu vieillis!” Et personne n’accepte l’idée que l’on puisse vieillir en étant belle. En France, il y a des espaces où l’on peut se permettre un certain laisser-aller. C’est un pays où l’on respire. Un pays où l’on peut avoir mauvaise mine un jour."

4.Le génie français existe, nous l’avons raconté
Dans de nombreux secteurs, nos groupes excellent. Cinq exemples d’entreprises typiquement françaises et mondialement reconnues.

Bien sûr, il y a les difficultés du textile, les fermetures de sites dans l’électronique ou les blocages sociaux en tout genre. Mais il existe un autre prisme, plus positif, pour voir la réalité de nos grandes entreprises et qui ne doit rien à la méthode Coué : c’est celui du « génie français ». Notion un tantinet désuète, mais qui continue de s’illustrer dans certaines réussites économiques françaises. Qu’il s’agisse d’améliorer l’environnement en traitant l’eau et les déchets, de fournir de l’énergie aux entreprises et aux particuliers, ou de produire des sacs pour les élégantes de New York ou de Shanghai, la réalité de son existence est incontestable. Voici cinq exemples d’entreprises dont la réussite illustre différentes facettes de ce « génie » injustement relégué aux oubliettes.

Un pays de bâtisseurs
SAINT-GOBAIN
Bâtir? C’est depuis longtemps une spécialité française, dans laquelle brillent plusieurs groupes tels que Bouygues ou Vinci. Mais, avec le verre, les matériaux pour l’habitat ou les tuyaux, Saint-Gobain est certainement le plus représentatif de cette grande tradition nationale. Ne serait-ce qu’en raison de ses origines, qui remontent à 1665, sous le règne de Louis XIV : pur produit du colbertisme, Saint-Gobain a connu une deuxième jeunesse avec la révolution industrielle. Et il a marqué l’histoire économique contemporaine en devenant, en 1969, l’enjeu de la première bataille boursière sur la place de Paris. Autre particularité : de toutes les entreprises nationalisées après l’arrivée de François Mitterrand à l’Elysée, en 1982, et privatisées par Edouard Balladur lors de la première cohabitation, quatre ans plus tard, c’est l’une des seules à être restée indépendante malgré des secousses boursières parfois violentes; le CCF, Elf, Rhône-Poulenc ou Paribas ont entre-temps été absorbés.
L’explication, c’est dans la stratégie conduite par Jean-Louis Beffa, aux commandes depuis 1986, qu’il faut la chercher. Tout en s’appuyant sur une tradition ancestrale, Saint-Gobain s’est complètement « réinventé » au cours des dix dernières années. Le groupe s’est non seulement mondialisé, allant en Inde ou en Chine à la découverte de nouveaux eldorados de la construction immobilière, mais il a aussi diversifié ses activités dans les services, avec l’acquisition, en 1998, de Poliet (Point P, Lapeyre). Une stratégie de bâtisseur, telle qu’on en rêve dans ces grandes écoles si critiquées par les Français eux-mêmes, mais que nos voisins nous envient souvent, et dont sont issus bon nombre de nos généraux en chef de la grande industrie. C’est, bien sûr, le cas de Jean-Louis Beffa, X-Mines. Faut-il préciser qu’il a pris soin de choisir son successeur, Christian Streiff, dans le même vivier? Et que c’est à lui que Jacques Chirac a confié une mission sur les « grands projets industriels » de la France?

L’esprit de famille
PEUGEOT
La famille, en France, il arrive souvent qu’on la haïsse. Mais on finit toujours par y revenir. L’histoire des Peugeot en fournit un exemple édifiant. Comme Michelin, Dassault ou Mulliez, leur groupe familial, PSA Peugeot Citroën, est l’une des plus belles réussites françaises.
Comme souvent dans ces entreprises à capitaux familiaux, une grande prudence caractérise la stratégie menée en accord avec les Peugeot par Jean-Martin Folz, arrivé à la tête du groupe en 1997. Non pas celle qui empêche d’agir, mais celle qui évite de s’engouffrer dans les modes, telle l’obsession de la « taille critique », qui pousse à une politique d’acquisitions effrénée et souvent désastreuse. Parfois critiquée, c’est une stratégie de croissance interne que Jean-Martin Folz s’obstine à mener depuis son arrivée, loin des paillettes et des coups de théâtre médiatiques. Pas d’OPA, pas de fusion, pas de grandes acquisitions, mais énormément d’innovation, y compris en termes industriels : le groupe a inventé le concept de « plate-forme », qui permet de multiplier les modèles autour d’organes communs pour répondre à la diversité croissante de la demande. Grâce à cette combinaison de sagesse et d’audace, les Peugeot sont l’un des constructeurs mondiaux les plus en forme. Et cette réussite profite à l’emploi : en 2004, PSA aura recruté au total plus de 7000 personnes en France.

L’art de consommer
CARREFOUR
C’était en 1963, à Sainte-Geneviève-des-Bois, dans l’Essonne. Le premier magasin Carrefour était inauguré, et sa marraine avait pour nom… Françoise Sagan. L’ex-rebelle de Bonjour tristesse se trouvait, en effet, être la belle-sœur de Jacques Defforey, co-inventeur du concept de l’hypermarché avec son partenaire Marcel Fournier! Une femme de lettres moderne et libre patronnait l’innovation commerciale qui s’apprêtait à révolutionner le mode de vie des Français. Avec le recul du temps, l’image n’est pas si incongrue. Comme les romans de l’audacieuse jeune femme, « l’hyper » à la française allait faire le tour du monde.
Un immense parking, des caisses alignées, et surtout le sacro-saint principe du « tout sous un même toit » : alimentation, habillement, parfumerie, biens culturels, parfois même voyages… Quarante ans après son invention par deux commerçants visionnaires de la région Rhône-Alpes, le concept n’a pas changé. Certes, sur le marché français (qui représente encore la moitié des ventes du groupe), Carrefour a dû faire amende honorable sur les prix et se plier aux consignes de baisse réclamées par le ministre de l’Economie, Nicolas Sarkozy. Le groupe dirigé par Daniel Bernard doit surtout faire revenir dans ses grandes surfaces une clientèle française alléchée par l’offre agressive des magasins de hard discount . Cependant, dans le monde entier, Carrefour continue d’exporter ses hypermarchés, sans modifier son concept initial, mais en remplissant ses rayons de produits locaux, adaptés aux habitudes de consommation de chaque pays. Résultat : Carrefour compte aujourd’hui plus de 10000 magasins – dont 830 hypermarchés – répartis dans 28 pays. Ses plus fortes croissances viennent d’Espagne, d’Italie et de Chine. Et ses magasins les plus fréquentés se trouvent à Pékin, à Shanghai et à Istanbul!

L’esprit de conquête
AXA
Exclusivement anglo-saxon, le monde de la finance? Bien sûr, c’est Wall Street qui guide la tendance au Cac 40, ce sont les règles du corporate governance (gouvernement d’entreprise) qui inspirent nos législateurs, sans parler de cet impitoyable rating financier contre lequel la plupart des grands patrons français ont, un jour ou l’autre, eu l’occasion de protester en criant à l’injustice et à l’incompréhension culturelle. Il existe toutefois une finance internationale Made in France : plusieurs groupes français, comme la Société générale ou BNP Paribas, occupent des places enviables dans les classements mondiaux de la banque, et la Bourse de Paris, devenue Euronext, n’a pas à rougir face au London Stock Exchange. Mais il est un vrai malin qui a encore mieux tiré son épingle du jeu, pour devenir leader : l’assureur Axa. On ne présente plus son créateur, Claude Bébéar, parrain supposé du capitalisme français. Cet amateur de chasse au lion semble avoir hérité de l’audace de nos anciens coloniaux, qui portaient jusqu’au tréfonds de l’Afrique les ambitions conquérantes de l’Hexagone. Avec un mélange de culot, de panache et d’absence de scrupules.
La saga de cet empire financier, qui gère aujourd’hui des sommes deux fois supérieures au budget de la France, s’enseigne désormais dans les écoles : c’est l’histoire d’une mutuelle normande qui, sous la férule d’un jeune et ambitieux polytechnicien, se pique de racheter tout ce qui est à vendre. D’abord en France, avec le groupe Drouot, puis La Providence, la Compagnie du Midi, et plus tard l’UAP. Dans le monde entier ensuite, en Australie, aux Etats-Unis, au Japon ou au Royaume-Uni. Cet univers très anglo-saxon de la finance, le patron des Mutuelles unies – qui deviendront Axa en 1985 – le découvre progressivement, lui qui a été formé au cartésianisme des grandes écoles françaises. Il en prendra bien sûr de la graine, de même que son successeur, Henri de Castries, aux commandes depuis quatre ans, dont l’expression en langue anglaise est aussi châtiée que celle de n’importe quel opérateur de la City. Mais le plus drôle dans l’histoire, c’est que Bébéar a bâti son empire en se moquant des règles anglo-saxonnes, puisque l’édifice était contrôlé par un holding, Finaxa, propriété de plusieurs mutuelles, non cotées et par conséquent non opéables. Le capitalisme sans capital, une spécialité très frenchie.

La diplomatie dans le sang
EADS
L’âme de ce projet, c’était Jean-Luc Lagardère. Et on ne pouvait pas faire plus français que lui : petit, brun, vif, gouailleur, de souche gasconne, gaulliste dans l’âme. Imprégné, donc, de tout ce qui a contribué à la grandeur de la France, à commencer par sa dimension scientifique, militaire et industrielle. Sa société, Matra – aujourd’hui intégrée au sein d’EADS –, avait participé dès les années 60 à l’ambitieuse aventure spatiale dans laquelle la France avait convaincu ses voisins de s’embarquer. Bref, ce patron – brusquement disparu en mars 2003 – représentait ce qui irrite le plus les étrangers, sans qu’ils puissent tout à fait s’empêcher de l’admirer : la quintessence du paradoxe français, étroit mélange de politique industrielle et d’intérêts privés, croisement d’enjeux économiques et de réseaux politiques.
Accoucher d’un groupe capable de concurrencer le leader américain Boeing, dans l’aéronautique, l’espace et la défense, cela n’a pas été une mince affaire. Il aura fallu, bien sûr, que les intérêts convergent, notamment entre un groupe Lagardère conscient de la taille insuffisante de sa filiale de défense, et l’allemand DaimlerChrysler, désireux de ne plus porter seul des activités militaires trop coûteuses à l’heure des restrictions budgétaires. Il aura fallu également déployer des trésors de diplomatie, un art dont les Français se sont fait, de longue date, une spécialité. Et il fallait bien posséder des qualités dignes du Quai d’Orsay pour mettre en place une organisation aussi improbable que celle d’EADS. Dotée d’actionnaires stables parmi lesquels figurent l’Etat français et le groupe Lagardère, le groupe privé allemand DaimlerChrysler et l’Etat espagnol, l’entreprise est cependant… cotée en Bourse. Ce qui n’était pas donné d’avance. Evidemment, ce montage n’est pas éternel, et la vie au quotidien entre les différentes nationalités européennes n’est pas tous les jours facile. Mais, sans cet étonnant sursaut de politique industrielle, associé à un sens remarquable de la né*gociation, chacun serait resté chez soi. Ouvrant ainsi un boulevard à l’industrie améri*caine, pourtant déjà très bien servie en matière de marchés aéronautiques et militaires.

5.Luca di Montezemolo, italien, 57 ans, président de Fiat, de Ferrari et de la Cofindustria, le Medef transalpin.
«Français ou italiens, les patrons parlent trop souvent de déprime»
"Je ne veux plus entendre parler de déprime. C’est un refrain qui ne me plaît pas de la part des patrons. Pas seulement français : les Italiens aussi sont en pleine morosité. Car les problèmes à affronter sont les mêmes des deux côtés des Alpes : délocalisations, privatisations, investissements, pouvoir d’achat… Et surtout : quel avenir est réservé aux petites entreprises, qui ont de plus en plus besoin de soutien et de coordination? Lors de ma rencontre avec les chefs d’entreprise au Medef, nous n’avons parlé que de cela.
C’est tout de même extraordinaire qu’on soit tous tentés d’être les champions du monde du masochisme dans nos pays, où la qualité de vie est extrêmement élevée. Ernest-Antoine Seillière viendra ici en janvier. Nous établirons et signerons un “programme commun” sur l’innovation et la recherche. Et nous irons ensemble le présenter devant la Commission européenne. Rien de tel que le “décisionnisme”, comme on dit en Italie, pour affronter la déprime."
Propos recueillis par Marcelle Padovani

6.Les groupes français bien installés dans les Top-10
Aérospatial et défense
1 er Boeing (Etats-Unis)
2 e EADS
3 e Lokheed Martin (Etats-Unis)
Alimentation
1 er Nestlé (Suisse)
2 e Unilever (G.-B.-Pays-Bas)
3 e Pepsico (Etats-Unis)
6 e Danone
Assurance
1 er Allianz (Allemagne)
2 e Axa
3 e ING Group (Pays-Bas)
Automobile
1 er General Motors (Etats-Unis)
2 e Ford Motor (Etats-Unis)
3 e DaimlerChrysler (Allemagne)
5 e Renault-Nissan
9 e Peugeot
Banque
1 er Citigroup (Etats-Unis)
2 e Crédit suisse (Suisse)
3 e HSBC (Grande-Bretagne)
4 e BNP Paribas
9 e Crédit agricole
BTP
1 er Bouygues
2 e Vinci
3 e Skanska (Suède)
Courrier et fret
1 er US Postal (Etats-Unis)
2 e Deutsche Post (Allemagne)
3 e UPS (Etats-Unis)
5 e La Poste
Distribution
1 er Wal-Mart (Etats-Unis)
2 e Carrefour
3 e Ahold (Pays-Bas)
Divertissement
1 er Time Warner (Etats-Unis)
2 e Vivendi Universal
3 e Walt Disney (Etats-Unis)
Energie et services publics
1 er State Grid (Chine)
2 e EDF
3 e RWE (Allemagne)
4 e Suez
7 e Veolia
Equipement industriel
1 er Thyssen Krupp (Allemagne)
2 e Caterpillar (Etats-Unis)
3 e Mitsubishi (Japon)
4 e Alstom
Equipement télécoms
1 er Nokia (Finlande)
2 e Motorola (Etats-Unis)
3 e Cisco (Etats-Unis)
5 e Alcatel
Matériaux de construction
1 er Saint-Gobain
2 e Lafarge
3 e CRH (Irlande)
Métaux
1 er Arcelor
2 e Nippon Steel (Japon)
3 e Norsk Hydro (Norvège)
Pétrole
1 er BP (Grande-Bretagne)
2 e Exxon Mobil (Etats-Unis)
3 e Royal Dutch Shell (G.-B.-P.-B.)
4 e Total
Pharmacie
1 er Pfizer (Etats-Unis)
2 e Johnson & Johnson (Etats-Unis)
3 e GlaxoSmithKline (Grande-Bretagne)
4 e Sanofi-Aventis (1)
Presse et imprimerie
1 er Lagardère
2 e Dai Nippon (Japon)
3 e Toppan (Japon)
Produits pour la personne et la maison
1 er Procter & Gamble (Etats-Unis)
2 e L’Oréal
3 e Kimberly Clark (Etats-Unis)
Restauration
1 er Compass (Grande-Bretagne)
2 e McDonald’s (Etats-Unis)
3 e Sodexho Alliance
Télécoms
1 er NTT (Japon)
2 e Verizon (Etats-Unis)
3 e Deutsche Telekom (Allemagne)
5 e France Télécom
Transport aérien
1 er Air France-KLM (1)
2 e Lufthansa (Allemagne)
3 e AMR (Etats-Unis)
Transport ferroviaire
1 er Deutsche Bahn (Allemagne)
2 e SNCF
3 e East Japan Railways (Japon)

(1) Chiffre d’affaires reconstitué après fusion
SOURCE : classement « Global 500 » publié par Fortune en août 2004 en fonction du chiffre d’affaires 2003. Certains secteurs ont été regroupés

Une place de choix dans le gotha. Le plus célèbre des classements d’entreprises est sans doute celui du mensuel américain Fortune , qui depuis une décennie répertorie, sur la base des chiffres d’affaires, les plus grandes sociétés du monde. Figurer dans le « Fortune Global 500 », c’est entrer dans le cercle des véritables world companies . En 2004, 37 entreprises françaises faisaient partie du gotha, contre 35 britanniques et 34 allemandes. Et dans les classements sectoriels, les frenchies décrochent nombre de médailles…

7.Itinéraire d’un Français gâté, et qui l’ignore
Prenons un Français moyen, suivons-le à tous les âges de la vie. Il se plaint. Pourtant, comparé à ses voisins, il a de quoi être heureux.

Martin a 3 ans. Contrairement aux petits Allemands, qui à cet âge se contentent, au mieux, du jardin d’enfants, il a la chance d’avoir fait ses débuts à l’école en septembre. Une école où la maîtresse s’occupe de 25 bambins. Contre 40 dans les années 1970. Mais ce progrès, aucun parent ne l’admet. Et il en est ainsi à tous les âges de la vie du Français râleur de 2004. De l’école à la retraite.

Martin, 6 ans. Il entre à l’école élémentaire, où, là aussi, l’encadrement a progressé. En France, on compte, selon l’OCDE, 19,5 élèves par enseignant, soit des classes moins nombreuses qu’en Grande-Bretagne ou en Allemagne. Et ses parents ne paient pas pour la scolarité; en tout cas, moins qu’ailleurs. En moyenne, dans les pays industrialisés, les familles s’acquittent directement de 9,1% des coûts globaux de scolarité. En France, ce chiffre est de 7,3%. Et après le bac les parents français ne financent que 14,5% des études supérieures, contre 37% en Grande-Bretagne et 25% en Italie. Des études peu coûteuses, certes. Mais leur niveau n’est plus ce qu’il était. Réponse de l’OCDE, sur la base de tests standardisés : si Martin est dans la moyenne, il maîtrise un peu moins bien sa langue maternelle que ses camarades allemands ou italiens, mais se situe au niveau standard des pays industrialisés en sciences, et le dépasse même en mathématiques. D’une manière générale, l’élève français a un niveau un peu moins bon que l’Anglais, mais supérieur à l’Allemand, l’Espagnol et l’Italien. Et, surprise, il a appris plus de langues étrangères que les autres jeunes Européens.

Martin, 22 ans. Grâce à ses jobs d’été, il peut s’acheter une voiture d’occasion. Mais il trouve le prix de l’essence trop élevé. Il y a décidément trop de taxes en France. A la mi-septembre 2004, il payait 1,09 euro le litre de super sans plomb. Pourtant, en Italie, il débourserait 1,15 euro. Sans parler de l’Allemagne (1,18 euro), de la Grande-Bretagne (1,19) ou des Pays-Bas (1,27). Il faut aller au Luxembourg ou en Espagne pour payer moins. Pas toujours facile… Martin prend aussi le train, pour rendre visite à ses amis dans le sud de la France. Il se plaint des retards, trop fréquents. Il devrait tester les autres chemins de fer européens. Selon l’organisme les regroupant, le Railway Working Group, la SNCF fait mieux dans ce domaine que les transporteurs britanniques – on s’en doute un peu –, mais aussi allemands, néerlandais, belges ou suédois. Seuls les trains espagnols et finlandais sont plus ponctuels. Mais ils sont, bien sûr, moins rapides que le TGV, bijou de l’innovation française, qui permet à Martin d’aller voir ses amis dans le Midi l’espace d’un week-end.

Martin, 28 ans. Après de multiples stages et contrats à durée déterminée, qui ont suivi sa formation commerciale, Martin est embauché par une grosse PME. Intégré au sein du service achats, il bénéficie d’une rémunération nette (et après impôts) de 27000 euros annuels, proche de la moyenne des jeunes cadres français. Un montant supérieur, selon le cabinet Hewitt, à celui de ses collègues espagnols, allemands ou italiens. Seuls les Anglais sont mieux lotis. Neuf ans plus tard, à 37 ans, Martin obtiendra le statut d’« acheteur » confirmé. Avec 34000 euros net, il sera alors payé plus que ses collègues des quatre principaux pays européens. Un résultat qui prend en compte non seulement les impôts et charges sur les salaires, mais aussi les écarts de coût de la vie entre les différents pays.

Martin, 30 ans . Il est marié et il a deux enfants. Cette situation familiale contribue à une bonne position relative dans le match européen des rémunérations : la fiscalité française – impôt sur le revenu – avantage fortement les familles. A tel point que, jusqu’à 150000 euros de salaire annuel brut, c’est le salarié français – marié, deux enfants – qui subit le moins de charges et d’impôts. L’OCDE confirme la faiblesse de l’impôt sur le revenu en France. Y compris pour les célibataires aux revenus encore modérés. Pour une personne non mariée et sans enfants, dont la rémunération représente 1,7 fois le salaire moyen, l’impôt sur le revenu – CSG comprise – représente en France 17,7% du salaire brut, contre 29,9% en Allemagne, 24,5% en Italie…
Pour progresser dans sa carrière, Martin a suivi une formation, payée par son entreprise. Il a de la chance car c’est en France que le nombre d’heures consacrées à la formation continue est le plus élevé, selon l’organisme européen de statistiques Eurostat. Martin devrait d’autant plus se réjouir qu’il bénéficie de la réduction du temps de travail. Allemagne et Pays-Bas – où le temps partiel est très développé – mis à part, on travaille partout plus longtemps. Son job l’accaparerait 13% de plus en Grande-Bretagne. Sans parler des Etats-Unis.

Martin, 40 ans. Il hérite d’une « ruine » à la campagne. Ses jours de RTT, Martin a décidé de les consacrer à « retaper » sa maison pour en faire une vraie résidence secondaire. Le chauffage y est électrique. Aussi, quand Martin reçoit ses factures EDF, il peste contre le prix de l’électricité en France. Pourtant, il paierait deux tiers de plus en Italie, et 45% plus cher en Allemagne. Seules les compagnies d’électricité britanniques affichent des tarifs vraiment plus intéressants.
Autre sujet d’inquiétude : ses voisins à la campagne se sont fait cambrioler. Une véritable plaie, disent-ils. Ils ignorent sans doute que le risque de cambriolage est plus élevé pour un Anglais, un Allemand, un Italien ou un Espagnol, selon le bureau de recherche des Nations unies sur la criminalité (Unicri).
Petite contrariété : Martin tombe de son escabeau pendant ses travaux et se casse un bras. Il ne versera bien sûr presque rien à l’hôpital. Les Français ne paient directement que 10% de leurs dépenses de santé. C’est un peu moins qu’en Allemagne ou en Grande-Bretagne, et beaucoup moins qu’en Espagne ou en Italie. En outre, la France est, parmi les grands pays européens, celui où les séjours hospitaliers sont les plus courts. Ce qui, au dire des médecins, constitue le signe d’un système de santé de haut niveau.

Martin, 50 ans. Il commence à s’interroger sur sa retraite. A la campagne, son voisin retraité se montre mécontent du montant de sa pension. En France, les moyens financiers des personnes âgées de plus de 65 ans représentent pourtant 85% de ceux des actifs, contre 81% en Allemagne et 70% en Grande-Bretagne. Mais, comme souvent, l’herbe est plus verte ailleurs…

8.«Un train d’avance pour les innovations»
Holger Alich, journaliste allemand, 33 ans, correspondant du quotidien Handelsblatt à Paris.

"Il y a beaucoup de choses qui marchent bien en France. Parfois mieux qu’ailleurs. J’habite en banlieue parisienne, je prends chaque matin le train et le métro pour me rendre au travail. Et je suis fasciné par la ponctualité des trains et le rythme soutenu auquel se succèdent les rames de métro, malgré la taille du réseau. Sauf, bien entendu, les jours de grève, mais cela n’arrive pas très souvent. C’est à faire pâlir d’envie les banlieusards en Allemagne dont j’ai longtemps fait partie. En France, les deux parents peuvent travailler à plein temps grâce au système de crèches ou de garde privée, d’écoles maternelles et primaires, collèges et lycées dont les services ne se terminent pas obligatoirement à la mi-journée comme en Allemagne. Il y a aussi la possibilité de faire ses courses sur de larges plages horaires en semaine, voire le dimanche! Enfin, en termes d’innovations, la France a parfois un train – un TGV? – d’avance. C’est le cas pour l’Internet à haut débit, qui est vraiment moins cher. Beaucoup de produits n’existent tout simplement pas encore en Allemagne, telle la télévision via l’ADSL."
Propos recueillis par Pierre-Henri de Menthon

9.Comment lutter contre la sinistrose au travail
Le bonheur est-il dans le labeur? Le salarié français en doute. Peut-être parce qu’il ne s’interroge pas assez sur la signification de son poste.

Et si on essayait de voir la vie en rose au boulot? Pourquoi pas… Cela semble aussi naïf que de vouloir croire au Père Noël à 40 ans passés, mais bon… Bonjour paresse (éditions Michalon), de Corinne Maier, le pamphlet qui vante le désengagement dans l’entreprise, s’est arraché à 165000 exemplaires, mais bon… Les sondages le répètent, la démotivation des salariés est extrême, mais bon…
Prenez la dernière enquête menée par le cabinet Towers Perrin auprès de 15000 salariés d’entreprises publiques et privées en Europe. Elle révèle que seulement 15% des salariés sont « fortement engagés » ; 65% sont modérément engagés, formant un gros « ventre mou »; 20% s’avouent désengagés. Un sondage qui peut rassurer les salariés (« tiens, finalement, tout le monde pense comme moi… »), mais donnera des sueurs froides aux chefs d’entreprise (« comment diantre secouer ces ectoplasmes? »). Les salariés français se distinguent par une frustration supplémentaire : « Ils expriment une demande de reconnaissance et un respect de leurs supérieurs hiérarchiques plus forts que la moyenne européenne », toujours d’après l’enquête Towers Perrin. Ils se sentent mal aimés, mais ont du mal à aller voir ailleurs si on les chouchouterait davantage : en 2003, 4% des cadres français ont changé d’entreprise, selon l’Association pour l’emploi des cadres. Un record d’immobilisme. Du jamais-vu depuis dix ans !

Une relation affective. Après cinq ans passés en Grande-Bretagne, Laurent Fourier, 38 ans, nouveau directeur régional de la société d’assistance SOS International à Paris, constate : « Oui, les salariés français sont parfois grognons. Mais, en Angleterre, le boulot est très contractuel, on travaille de 9 heures à 17 heures, sans plus. En France, les salariés ont une relation plus affective avec leur employeur et plus d’attente en termes de reconnaissance. Nous sommes dans un pays latin. Les salariés sont davantage prêts à s’investir. Le salarié anglais a un côté plus mercenaire. »
Démotivés, insuffisamment considérés, effrayés par le chômage, les Français sont aussi sonnés par les propos gouvernementaux, selon Christian Lujan, directeur associé du cabinet de conseil personnalisé ICS. « Le gouvernement répète qu’il faut remettre les Français au travail et laisse entendre que nous sommes tous des “glandeurs”. C’est un discours infantilisant et culpabilisant, qui ne file pas la pêche aux salariés et influe sur l’investissement au travail. »
Le travail peut-il vraiment faire notre bonheur? Là est toute la question. L’épanouissement professionnel est devenu une obligation, du moins pour les cadres. Ce ne fut pas toujours le cas. Les philosophes grecs méprisaient le travail, pour valoriser la science, la pensée et la politique. Dans leur livre Travailler pour être heureux? (Fayard), les sociologues Christian Baudelot et Michel Gollac rappellent que les philosophes Simone Weil, Hannah Arendt ou André Gorz n’ont jamais associé labeur et bonheur. « Le fait de placer le travail au centre de la vie sociale est pour cette tradition une façon pour l’homme de nier, en la mutilant, son humanité, écrivent les deux auteurs. Alors que le propre de l’humanité repose sur la volonté de se différencier de l’animalité, le travail prive l’homme de tout ce qui fait son essence : la pensée, l’action, l’œuvre, l’art. » Et c’est bien le comble : on demande désormais aux salariés d’atteindre cette satisfaction artistique au boulot, comme si le travail était le lieu et le seul où se réaliser.

Claquer la porte, un luxe. Dans leur enquête auprès de 6000 personnes, Christian Baudelot et Michel Gollac indiquent que, à la question « Qu’est-ce qui est pour vous le plus important pour être heureux? » , 27% des gens répondent : « Le travail. » Ils notent : « Ce sont les catégories dont les conditions de travail sont les plus pénibles, les rémunérations les plus faibles et les risques de chômage les plus forts qui font du travail l’une des conditions essentielles du bonheur. […] L’illusion, loin de se situer du côté des plus pauvres comme le voudraient les philosophes, pourrait bien être du côté de ceux qui, mieux pourvus en biens de toutes sortes, sont peut-être enclins à sous-estimer la part occupée par le travail dans la réalisation de leur propre bonheur. » Une conclusion de bon sens, qui rappelle aux dégoûtés du boulot que certains aimeraient en avoir, et que d’autres n’ont pas le luxe de se demander : « Vais-je claquer la porte ou ne vais-je point la claquer? »
Pour lutter contre la sinistrose, il y a des recettes toutes bêtes. Faites du benchmarking – comme disent les consultants – avec des collègues étrangers. Comparez, quoi. Laurent Fourier jubile : « En termes de transports, c’est bien plus rapide à Paris qu’à Londres. » Il a aussi fait faire du benchmarking à son estomac : « Ce qui me frappe le plus en France, c’est le temps consacré au déjeuner, quel bonheur! On peut décompresser, discuter avec ses collègues. Je découvre plein de petits bistrots sympas et des restaurants japonais près de mon boulot, avec des formules à 10 ou 12 euros. En Angleterre, pour le même prix, on mange un sandwich immonde. Les salariés se les font livrer au bureau et les avalent devant Internet. On les appelle des Sad [tristes] , comme Stuck at your desk [« coincé à ton bureau »] . » Si un menu maki-sushi à 10 euros et une bonne heure de pause-déjeuner ne suffisent pas à votre bonheur, pensez aux autres merveilles françaises : trouver un système de garde pour ses enfants reste plus simple qu’en Allemagne ou en Grande-Bretagne. La retraite, même « fillonisée », se révèle moins risquée que les fonds de pension anglais. L’assurance-maladie, même « dousteblasée », fonctionne mieux qu’aux Etats-Unis, où 44 millions de personnes sont dépourvues de couverture sociale.

Le management en question. Maki, crèche, retraite… Vous grognez encore? Le problème vient peut-être de votre direction. Rodolphe Delacroix, consultant senior chez Towers Perrin, pointe la responsabilité des patrons dans la démotivation de leurs troupes : « Les salariés ont l’impression que les dirigeants restent dans leur bulle de verre, qu’ils ne communiquent que par mail, qu’ils expliquent mal leur stratégie, que le management de proximité relaie mal les messages. Et ils jugent que les discours et les comportements de la direction ne sont pas cohérents. » Les Français aimeraient aussi être mieux payés : ils sont les seuls en Europe à mettre en tête des critères d’attractivité des entreprises « un salaire plus élevé » . Didier Pitelet, président de l’agence de ressources humaines Guillaume Tell, n’est pas très tendre non plus : « Depuis quinze ans, le dogme économique a privilégié la gestion du court terme, en excluant le temps humain, le temps de la compréhension, qui permet de savoir où l’on va, à quoi l’on sert. Le management s’est assujetti aux actionnaires au lieu de développer sa faculté d’entraînement. Il y a une absence de sens dans l’entreprise. »
Si le « sens » ne vous est pas fourni avec votre PC et votre voiture de fonction, allez le chercher chez un coach d’entreprise. « Les cadres ne savent pas exactement à quoi ils contribuent, remarque Françoise Beigbeder, conseil en évolution professionnelle. Beaucoup de dirigeants non plus. Ils constatent que le pouvoir et l’argent sont viscéralement insatisfaisants. Travaillent-ils pour enrichir l’actionnaire? Quelle trace veulent-ils laisser? » Elle les fait plancher sur ces questions, les aide à vivre et à maîtriser leurs émotions, à gérer leur stress. « Quand nous sommes énervés contre quelqu’un, nous sommes en fait toujours énervés contre nous-mêmes, poursuit-elle. Nous nous sommes fixé des objectifs trop hauts, nous n’avons pas été assez acteurs pendant une réunion… Vous ne réussirez pas dans votre vie profession*nelle grâce à votre QI mais grâce à votre quotient émotionnel. Il faut accepter ses émotions, les reconnaître, puis ne pas se laisser polluer par elles. »

Tout changer? Suite à une forte mésentente avec son président, Marie, 40 ans, directrice générale d’une entreprise de 400 personnes à Paris, a testé les bons conseils de Fran*çoise Beigbeder. A raison de deux heures de discussion par mois (100 euros de l’heure), pendant deux ans. « La solution n’est pas forcément de tout changer, conclut-elle, car on transporte souvent ses problèmes avec soi. J’ai pensé me remettre à peindre, mais on ne devient pas Picasso du jour au lendemain. J’étais très orientée résultat-résultat. Avec ma coach, j’ai trouvé ce que mon entreprise apportait de plus aux clients. J’ai acquis la maturité me permettant d’exposer ma vision des choses à mon président et de lui demander son avis. Avant, nous avions peu d’échanges. Je ne m’autorisais pas le droit à l’échec. Ne pas remplir un objectif ne signifie pas une remise en cause de sa propre valeur, de son identité. J’ai acquis de la distance. Un an et demi après, je suis partie, sans drame. Maintenant, je fais du conseil, n’acceptant que des choses qui m’intéressent. Il faut chercher du plaisir dans son métier. »
Auteur de Business blues (Editions d’Organisation), Pierre Blanc-Sahnoun explique : « Un petit coup de déprime peut indiquer la fin d’un cycle dans le travail. Cherchez ce qui vous “fait courir” et négociez une évolution. Nous avons sept vies : intime, professionnelle, amoureuse, parentale, sociale, sociétale, spirituelle. Il doit se passer quelque chose dans chacune. Les personnes privilégiant trop leur boulot sont démotivées à la moindre difficulté. » En espérant que les conseils des coachs vous remotiveront et que vous ne conclurez pas, comme Corinne Maier dans Bonjour paresse : « J’ai fait du coaching, du team-building, du e-learning et… je m’emmerding toujours autant! »

10.Des motifs de se réjouir
75% des chefs d’entreprise jugent l’idée de « formation tout au long de la vie » comme quelque chose qu’on peut « tout à fait mettre en œuvre » (Sofres, 2003).

70% des cadres sont satisfaits du climat dans leur entreprise et 18% d’entre eux pensent que ce climat va encore s’améliorer (Apec, juin 2004).

70% des personnes bénéficiant des 35 heures estiment que la loi sur la réduction du temps de travail a été une bonne chose (Ipsos-CGPME, juillet 2004).

70% des cadres estiment que les « motifs de satisfaction au travail l’emportent », contre 30% pour les ouvriers (Christian Baudelot et Michel Gollac, 2002).

33% des ménages français ont retrouvé le moral depuis janvier 2004 (Insee, septembre 2004.

11.«En France, je pouvais être mère de famille et continuer à vivre»
Judith Warner, écrivain américaine, 39 ans, a vécu durant cinq années à Paris.

"J’ai eu la chance de devenir maman en France, où il règne une atmosphère de grande compréhension envers les mères de famille. J’ai pu y avoir deux enfants, tout en continuant à travailler, aller à la gym, sortir dîner le soir, prendre de petites vacances avec mon mari, et sans jamais entendre le mot “culpabilité”, sans jamais y penser même. Le terme “égoïste” ne vient pas qualifier les mères prenant du temps pour elles : elles sont censées élargir leur horizon, rester fidèles à elles-mêmes. De retour aux Etats-Unis, je suis stupéfaite du prix des nounous, de voir une amie dépenser tout son argent pour ses enfants, une autre, culpabiliser et travailler à mi-temps, et toutes passer soirées et week-ends à emmener leurs enfants à des activités. Leur “temps libre” était consacré à la fabrication du plus joli costume de Halloween et du plus succulent biscuit au gingembre pour Noël. Les femmes se regroupent, se forcent à lire des romans érotiques, mais sentent que quelque chose manque à leur vie. Sans jamais s’avouer que ce qui manque, c’est tout simplement le fait d’avoir une vie. "
Propos recueillis par Dominique Perrin

12.Patrons plus
Louis Gallois, président de la SNCF, a signé un accord salarial avec cinq syndicats. Il a proposé aux cheminots une hausse générale des rémunérations de 1,8% pour 2004. Seuls la CGT, Sud Rail et FO ont refusé de signer cet accord, le premier depuis dix ans. Les plus bas salaires seront, eux, majorés de 3,8%.

Pierre Chappaz, fondateur de Kelkoo, est nommé président de Yahoo! Europe. Le PDG du site de compa*raison des prix racheté en mars par le portail amé*ricain pour 475 millions de dollars arrive alors que le chiffre d’affaires de Yahoo! explose. Lors du troisième trimestre, les ventes du groupe ont été multipliées par trois, grâce notamment à l’international, qui progresse de 341%.

Steve Jobs, président d’Apple, fait des étincelles grâce à l’iPod. Il a annoncé des bénéfices trimestriels record, de 106 millions de dollars, grâce au succès de son baladeur numérique. L’amé*ricain en a écoulé 2 millions au cours du trimestre, pour 540 millions de dollars, soit 23% du chiffre d’affaires total.

Felix Rohatyn, banquier d’affaires et ancien ambassadeur des Etats-Unis en France, quitte Lazard pour Rothschild. Il rejoint l’établissement financier dirigé par David de Rothschild comme directeur non exécutif. Agé de 76 ans, Felix Rohatyn est administrateur de grandes sociétés françaises, dont LVMH et Suez.

Paul Champsaur, président de l’Autorité de régulation des télécommunications, démocratise l’Internet rapide. Il peut se targuer d’avoir favorisé l’essor du haut débit grâce à une saine concurrence. Avec 5 millions d’abonnés à l’ADSL en juillet, la France est en deuxième position européenne. Un classement dû en partie à des tarifs parmi les plus bas.

13.livres.
La vie du salarié, en rose ou en noir

A lire pour se sentir bien
Un best-seller pour apprendre à maîtriser sa colère, son agressivité, sa frustration… au travail. Extrait : « La compétence émotionnelle est particulièrement importante quand il s’agit d’obtenir des autres qu’ils travaillent plus efficacement. Les carences des diri-geants d’entreprise dans les rapports humains pénalisent les performances de l’ensemble des employés. Elles font perdre du temps, provoquent du ressentiment et affectent la motivation et l’engagement des salariés. »
Daniel Goleman, l’intelligence émotionnelle 2 , J’ai lu, 2003

Délectez-vous de merveilleux poncifs : « Le mieux est l’ennemi du bien » , « Le plus astucieux des stratagèmes, c’est dire la vérité » . Puis lancez-vous dans le test de la page 236, il vous révélera la façon dont vous voyez le monde du travail (un tribunal pour les perfectionnistes, un objet d’études pour les intellectuels, etc.). Un résultat qui vous éclairera sur les raisons de votre colère contre votre « n +1 », comme on nomme poétiquement son chef direct dans les entreprises.
Mireille Brahic, Arrêtez de râler ! , EDITIONS d’organisation, 2002

Un ouvrage utile pour faire retomber la pression avant d’être victime d’un burn out , cet état d’épuisement physique et psychologique qui menace le cadre surmené. Le remède de Patrick Légeron? Il l’a chipé à Epictète, stoïcien grec du I er siècle : « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les opinions qu’ils en ont. Ainsi, devant toute imagination pénible, sois prêt à te dire : Tu n’es qu’une imagination, et nullement ce que tu parais. » A méditer.
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Patrick Légeron, Le stress au travail , Odile Jacob, 2001

A éviter de lire, pour ne pas déprimer plus encore
L’auteur démontre que les nouvelles formes d’organisation du travail, censées en améliorer les conditions, n’ont fait que les détériorer. La santé des salariés s’est dégradée, leur malaise s’est accru. Le résultat d’une « non-prise en compte du facteur humain dans les entreprises […] obnubilées par les ratios financiers plutôt que par les ratios réels » . Sans doute à cause de l’a priori trompeur qui veut que ces nouvelles pratiques soient favorables aux salariés.
Philippe Askenazy, Les Désordres du travail , seuil, 2004

Un extrait réservé à ceux qui ont le moral : « Les conflits professionnels ne sont plus construits comme des oppositions à surmonter, mais comme des affrontements où l’un s’efforce de faire “disjoncter” l’autre. La violence physique se développe dans le non-dit (secret, amnésie, exclusion) de l’organisation. […] N’importe quel individu peut retourner sur lui (actes manqués, maladies, troubles psychiques graves, agressions, démissions sur un coup de tête…) cette violence qui s’exerce contre sa personne. »
Gérard Huber, Madeleine Karli, Christian Lujan, quand le travail rend fou , Jean Attias ÉDITIONS, 2003

Julien
October 22nd, 2004, 03:22 PM
Ce serait le bonheur s'il y avait pas autant de chomage.

Bren
October 22nd, 2004, 05:33 PM
Bill Gates a dit : la France n'est pas un pays où on peut gagner de l'argent (il est clair que l'ISF c'est de la confisquation de biens) mais c'est un pays merveilleux pour le dépenser

St!ckyesman
October 23rd, 2004, 12:01 AM
Pitin, j'ai mis du tps pour tout lire mais ça en vallait le coup, merci Yvanh. Finalement c'est peut etre un texte ecrit avec un point de vue trés optimiste, ou alors objectif tout court, mais en tout cas ça montre que le pays ne vas pas si mal que ce que j'ai entendus vite fait à la tele hier. Ils disaient que selon un rapport la France aurais 10ans grand maximum pour ce bouger les fesses au risque de decrocher par les pays industrialiser et sombrer a feu doux. Là ça me rassure un peu, tous ces arguments positif.

Manuel
October 23rd, 2004, 12:29 AM
Merci Yvanh, je vais mieux dormir ce soir.