View Full Version : Démolitions
Fabb
November 7th, 2004, 08:05 PM
Ciao les barres !
A 13 heures zéro une exactement, deux jours après la Fête de la Musique 2004, les artificiers faisaient imploser deux barres des 4 000 à la Courneuve. Ravel et Presov, chacune 15 étages, 360 logements. La démolition a été votée en 1999 par les locataires, et ils ont été relogés pour la plupart dans le quartier. Une travailleuse sociale qui y habitait se rappelle y avoir côtoyé près de 40 nationalités et ethnies. Mais en 1996, des fenêtres manquaient, on voyait le jour à travers les murs. En 1986, déjà la barre Debussy avait été démolie ouvrant la transformation du quartier de l’Orme seul. Une série de détonations à la base des colosses, et un effondrement sur soi-même, par pans, silencieux semblait-il, et stupéfiant. Toujours cette même stupeur, pour l’artificier, pour l’étranger spectateur (indécence à regarder cette mise à mort sans en avoir partagé ni même compris la vie), pour l’habitant d’hier et voisin d’aujourd’hui. Quelques applaudissements de la population, rassemblée dans une friche. Sur la crête d’un entrepôt abandonné qui leur a servi de vigie, au-delà du service d’ordre, la file de jeunes gens s’immobilise, bras ballants, un instant. Les femmes baissent leur foulard, mettent la main sur les yeux, protègent les enfants dans les poussettes. Les adolescents resserrent la capuche du survêtement. C’est que le petit vent du matin qui fraîchissait s’est fait tornade. Les oiseaux fuient. On dit qu’il y avait aussi des chats dans les caves, mais c’est sûr, plus personne, on a bien vérifié. Des confettis de papiers peints volent. Un quart d’heure plus tard, les 3 727 habitants du quartier, 200 mètres autour du site, pourront retourner chez eux, d’où ils avaient été évacués à 7 heures du matin. Beaucoup ont vécu dans les barres, les plus vieux plutôt bien, ils y ont de bons souvenirs, au début dans les années 1960. Les plus jeunes, pas vraiment. L’immeuble voisin que dominaient les géants devient soudain le plus haut. En sera-t-il pour autant, un jour, une cible à rayer du paysage ? Derrière, un rectangle de gravats, bien net. Richard Long a-t-il déjà fait aussi grand ? Des jardins seront aménagés sur le tracé de ces deux immeubles, gardant la mémoire de ce qui fut, promet monsieur le Maire. Garder ? Le souvenir immédiat lui-même a disparu à 13 h 01, on ne reconnaît plus le paysage, soudain plus venteux (« Eh ! Tu me la rends, Ravel »), plus ouvert au bout des rues. On est un peu désorientés, on va s’habituer. La cité n’est plus sur toile de fond de barre. Elle promet un autre venir baptisé Quartier des Clos. Un projet qui s’est appuyé sur un atelier de travail urbain créé en janvier 2003. L’équipe d’architectes et d’urbanistes Bernard Paurd, Marie-Christine Lvovsky et Philippe Hamelin prévoit 300 nouveaux logements en quatre petits programmes d’immeubles bas et de pavillons, des rues, des espaces extérieurs de qualité. La guerre des barres était-elle donc la condition sine qua non de l’attention à ce qui justement n’est ni tour, ni barre, ni immeuble ni maison, mais l’espace entre ? Celui qui n’est à personne, mais à tous ?
Techniques & architecture
MyNight
November 7th, 2004, 08:24 PM
Extrait du magazine municipal "Vivre à Angers", n°284, novembre 2004.
“ L’opération de renouvellement urbain (ORU) est le plus grand chantier à Angers depuis la Libération” lance Jean-Claude Antonini. Les chiffres ont de quoi donner le vertige : l’enveloppe consacrée à la rénovation des cinq quartiers prioritaires devrait
avoisiner les 280 M € . D’ici à 2008, Belle-Beille, le Grand-Pigeon, Monplaisir, Verneau
et la Roseraie vont connaître l’équivalent d’un “plan Marshall” avec 3 870 logements
réhabilités et 892 construits. Ces derniers remplaceront les immeubles les plus obsolètes qui ont été ou seront détruits, comme les tours Hamon et le 50, avenue Notre-Dame du Lac à Belle-Beille et les barres dites “Million” et “Lopofa” au Grand-Pigeon. À la Roseraie, les 3, 5, 6 et 7, square des Jonchères vont également disparaître pour ouvrir le mail Gagarine sur le square Churchill et ainsi “dédensifier” le secteur à proximité de la place Jean-XXIII.
“Mais ce dossier ne s’arrête pas au logement. Il va bien au-delà, explique le maire. Il s’agit d’améliorer la vie des habitants au quotidien. Près d’un quart des investissements financera l’aménagement des espaces publics et des projets structurants qui apporteront activités et services.”
La municipalité peaufine son dossier depuis de nombreux mois pour saisir l’opportunité
offerte par le ministère de la Ville qui a décidé de faire face, sous l’impulsion de Jean-Louis Borloo, au vieillissement dramatique des HLM construits en masse dans les années d’après guerre. Toutes les grandes agglomérations affrontent ce problème,
mais Angers plus que d’autres. En effet, la ville possède 31 % de logements sociaux.
En comparaison, Le Mans en a 25 % et Nantes 23 %.
Pour faciliter les démarches des collectivités, le ministère de la Ville a modifié l’attribution des aides. Fini les subventions au coup par coup, désormais les
opérations sont financées dans leur globalité sur le périmètre de la commune. Pour valider les dossiers et verser les aides, l’État a réuni tous ses partenaires au
sein d’un guichet unique : l’agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU). À Angers, elle prendra en charge directement près du quart de l’investissement. “Il s’agit du deuxième plus gros contrat actuellement validé en France, juste derrière celui
du Havre, se satisfait le maire. L’État s’engage à verser de 2004 à 2008 plus de 53 M € sans compter l’avenant pour la Roseraie qui pourrait porter cette somme à près de 70 M € . Cela nous offre la visibilité nécessaire.”
Plusieurs opérations ont déjà démarré avec l’accord de l’ANRU, comme la démolition
des tours Hamon. La finalisation du dossier va néanmoins donner un immense coup d’accélérateur et une multitude de chantiers vont désormais fleurir aux
quatre coins des quartiers. ■
Interview du maire J.-C. Antonini :
Quel est votre sentiment après l’acceptation du dossier angevin par l’État ?
C’est une énorme satisfaction. Enfin, nous allons passer de la conception à la réalisation. Nous savons qu’il existe une attente très forte et légitime dans les quartiers. S’il a fallu un peu patienter pour des raisons d’ajustements techniques, c’est
parce que ce projet n’est pas un projet comme un autre. Il est d’une ampleur inégalée : 280 M € , soit 1,84 milliard de francs, seront investis en cinq ans dans les cinq quartiers prioritaires ! Cela correspond à presque cinq fois le budget annuel d’investissement de la Ville, toutes compétences confondues. Du jamais vu depuis la Libération : c’est un véritable “plan Marshall” de la cohésion sociale ! Je tiens à saluer
tous les acteurs de ce dossier car sa réussite est le fruit d’un travail considérable des
services municipaux, des bailleurs sociaux et des élus, mais également des services de
l’État. C’est ce partenariat fort qui est une des clés de voûte de notre succès.
Pourquoi agir aujourd’hui ?
Nous agissons depuis toujours dans ces quartiers. La cohésion sociale est au coeur de toute notre politique. D’ailleurs, beaucoup de personnes estiment Angers mieux lotie que d’autres agglomérations. Mais, nous qui sommes sur le terrain le savons bien: même si ces quartiers ont des atouts évidents de jeunesse, de dynamisme et de volonté d’agir, ils sont confrontés cruellement au chômage, à la pauvreté et à la perte d’attractivité. Il fallait empêcher l’inéluctable déclin qu’assurerait à coup sûr l’immobilisme. Et, pour la première fois, un dispositif élaboré par le ministère de la Ville nous a offert une opportunité historique d’agir globalement.
Dans quel esprit a été élaboré le dossier angevin ?
L’agence nationale de rénovation urbaine a tenu à nous féliciter pour notre méthode et
notre vision. Philippe Van De Maesle, son directeur, a estimé que notre dossier était un des plus aboutis dans l’articulation entre le souci porté au bâti et celui porté aux habitants. Je crois que cela résume bien l’esprit qui nous a guidés. C’est autour des habitants et avec eux que cet immense chantier est mis en oeuvre. Le coeur du programme est évidemment le logement car la qualité de la vie passe avant tout par le “chez soi”. Mais ce n’est pas tout. Pour la première fois, nous allons nous attaquer simultanément et massivement à l’ensemble des difficultés de ces quartiers en accompagnant les habitants et en améliorant les services de proximité, les espaces et les équipements publics. Nous allons aussi favoriser les échanges à l’intérieur de ces quartiers mais également avec le reste de la ville. Nous allons agir sur tous les leviers en même temps. C’est en cela qu’il s’agit d’un vrai plan de cohésion sociale. ■
Les cinq quartiers concernés représentent plus de 60 000 habitants, soit 40 % de la population d’Angers. Il s’agit de Belle-Beille (1), Verneau -Capucins (2), Monplaisir (3),
Grand-Pigeon - Deux-Croix -Banchais(4) et la Roseraie (5).
Hamon numéro 108, fin 2003, à Belle-Beille a été une des premières opérations lancées.
Le Grand-Pigeon aura entièrement changé de visage à l’issue de l’opération de renouvellement urbain. Ainsi, les barres dites “Million” et les “Lopofa” seront
démolis. En revanche, la tour Chaptal, repère identitaire du quartier sera redessinée et
réhabilitée.
lepied
November 7th, 2004, 08:24 PM
Je n'aime pas le style du rédacteur.
Apparté mis à part, je n'en ai jamais réellement entendu parler sur ce forum, alors je m'assure que vous soyiez au courant (je présume mais bon) :
Le gouvernement a décidé un énorme plan urbanistique étalé entre 2004 et 2008, concernant de nombreux quartiers hlm partout en france, et coûtant la somme incroyable de 30 milliard d'euros.
Principe global (sans entrer dans les détails) : destruction des bâtiments les plus "inhumains" (barres et tours très hautes), les plus insalubres. Rénovation de certains. constructions d'autres, mais surtout refonte du principe de cité : construction de petits immeubles bas, environ 3 étages, réaménagement des extérieurs.
Mais surtout, et c'est ça qui semble dingue et qui m'a fait tilter : construction de très nombreux nouveaux logements sociaux, agrandissement des zones déja existantes : on parle d'une comparaison effarante : à priori, ils comptent construire suffisament de nouveaux logements sociaux pour loger l'équivalent de la population de marseille !
C'est un véritable plan d'attaque dont j'ai eu la connaissance l'été d'avant. Donc au final on peut espérer que les cités seront humanisées, plus propres, plus ressemblantes aux villes Françaises "normales", et surtout agrandies.
MyNight
November 7th, 2004, 08:26 PM
Looool Sna, on a posté en même temps mais mon post est juste devant le tien : à Angers, il y a une application détaillée et pharaonique du plan Borloo.
lepied
November 7th, 2004, 08:29 PM
Je trouve tout cela très bien, quoi que en dehors de ma vision "idylique" : détruire les cités, mais ne pas reloger les gens au meme endriot, les étaler partout dans les villes ! M'enfin, ça , c'est déja énorme !
Fabb
November 7th, 2004, 08:36 PM
Mais surtout, et c'est ça qui semble dingue et qui m'a fait tilter : construction de très nombreux nouveaux logements sociaux, agrandissement des zones déja existantes : on parle d'une comparaison effarante : à priori, ils comptent construire suffisament de nouveaux logements sociaux pour loger l'équivalent de la population de marseille !
C'est un véritable plan d'attaque dont j'ai eu la connaissance l'été d'avant. Donc au final on peut espérer que les cités seront humanisées, plus propres, plus ressemblantes aux villes Françaises "normales", et surtout agrandies.
Si l'on remplace les tours et barres HLM par des immeubles de 3 étages, c'est plutôt bon pour nous. On cessera d'identifier en France la tour et le logement social.
lepied
November 7th, 2004, 08:50 PM
oui en étant optimiste, mais est-ce que la médiatisation de toutes ses destructions soudaines et rapides seront-elles suffisantes pour faire exploser les préjugés encrés de longue date ? c'est un peu la grande inconnue ...
gun57
November 7th, 2004, 10:22 PM
on se demande ce qu'on fait les socialistes avec 5 ans de croissance... à oui c'est vrai les RTT...
je suis content de voir qu'un gouvernement prenne enfin à bras le corps le problème des banlieues, meme si on n'est encore loin d'avoir tout réglé (ca va lepied je suis pas trop bisounours là ?)
Fabb
November 7th, 2004, 10:42 PM
oui en étant optimiste, mais est-ce que la médiatisation de toutes ses destructions soudaines et rapides seront-elles suffisantes pour faire exploser les préjugés encrés de longue date ? c'est un peu la grande inconnue ...
Oui, tu as raison.
Mais au moins, certains percevront le message : "les tours ne sont pas faites pour le logement social".
Bon, je pense qu'en fait, il serait bon de conserver quelques tours et barres dans les quartiers dynamités.
Comme le dit l'édito ci-dessus, ce qui ve fonctionnait pas dans ces qurtiers, c'était l'espace entre les immeubles, pas les immeubles eux-mêmes.
sussucre
November 8th, 2004, 12:34 PM
vers 1989, une barre assez mastoque de la cité des bleuets de Creteil a pris feu de façon accidentelle. ils ont abattu cette barre l'année d'après, barre qui était il faut le dire tres moche, pour construire du 4 étages avec toit "traditionnel". mais perte de logements. la compensation a du se faire dans des nouveaux quartier de creteil loin de là, pour reloger tout le monde... classique.
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