icon
November 10th, 2004, 01:46 PM
Lyon Cap du 3/11/2004
Transports. Le 15 novembre prochain, les 26 élus du Sytral auront à choisir entre la Ratp et la SNCF pour exploiter les transports en commun lyonnais. À deux semaines du vote, la régie parisienne semble avoir un léger avantage sur l’actuel exploitant. Enquête.
À gauche, les discussions sont très sévères entre Bernard Rivalta, le président du Sytral qui soutient clairement la Ratp, et Gérard Collomb, le maire de Lyon et le président de la Communauté urbaine, qui garderait volontiers Keolis/SNCF..
© Félix Ledru
Dans le combat de poids-lourds qui oppose la Ratp- Transdev à la SNCF-Keolis concernant l’exploitation des transports en commun lyonnais pour les six prochaines années, le dernier round va se jouer ces jours-ci. Les dossiers ont été bouclés dimanche dernier et remis à chacun des 26 élus du Sytral, l’autorité organisatrice du réseau, qui se prononcera en faveur de l’un ou l’autre des challengers. A priori, rien n’est donc joué, et les deux concurrents ont toutes leurs chances. Pourtant, à ce stade du match, la Ratp dispose d’un avantage aux points sur son adversaire, actuel exploitant du réseau. En effet, il y a trois semaines, lors d’une séance informelle du bureau exécutif du Sytral, Bernard Rivalta (PS), son président, a clairement affiché sa préférence pour la régie parisienne (lire Lyon Capitale du 20 octobre). Si ce choix était suivi par les membres du Sytral, la Ratp empocherait un marché faramineux d’un milliard et demi d’euros. L’équivalent du budget annuel cumulé de la Ville de Lyon et de la Communauté urbaine. Ce serait également une vraie révolution puisque, depuis pratiquement vingt ans, c’est le même concessionnaire qui exploite les transports en commun lyonnais. Bernard Rivalta (PS) a même donné, et c’est aussi un mini-cataclysme, des signes d’une ouverture farouche du marché d’exploitation des TCL. Le président du Sytral a tout fait pour que la concurrence soit la plus dynamique possible, en promettant d’indemniser les concurrents de 550 000 euros. Une somme qui a permis aux deux candidats de présenter une étude sérieuse, à la hauteur de l’enjeu de l’exploitation des transports en commun lyonnais, deuxième réseau de France par la taille et le nombre de voyageurs quotidiens.
Une bataille serrée
La Ratp qui, depuis la loi SRU de 2001, peut répondre à des appels d’offres hors d’Ile-de-France, n’a pas laissé passer une si belle occasion. Aujourd’hui, Ratp/Transdev a une véritable stratégie de développement en France et à l’étranger. La Ratp vient de remporter la gestion du tramway à Florence, celle des bus à Casablanca et celle du RER à Athènes. Mais en se portant candidate à Lyon, elle espère bien empocher la totalité du réseau, qui se chiffre à 62 communes, 1,2 million d’habitants répartis sur un périmètre de 6 000 kilomètres carrés et desservis par quatre lignes de métro, deux lignes de tramway, deux lignes de funiculaire et une centaine de lignes de bus. Soit 456,25 millions de voyages par an.
Sauf qu’en face, la SNCF, via Keolis, n’a pas l’intention de lâcher une affaire aussi juteuse. “Lyon est notre filiale la plus intéressante”, explique-t-on au siège de l’opérateur de transport. Depuis dix-huit ans qu’elle exploite les TCL, elle encaisse ainsi 230 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. Pour le syndicat Sud Rail, “la SNCF aimerait poursuivre l’exploitation sur Lyon notamment parce qu’elle aimerait travailler sur trams-trains, qui ont le vent en poupe. Le projet lyonnais de Léa compte beaucoup (liaison de tramway entre la Part-Dieu et Saint Exupéry, ndlr). D’un enjeu régional, on passe à un enjeu européen.” Du coup, la bataille est serrée. Après l’option mise par Rivalta sur la régie parisienne, et selon plusieurs sources proches du dossier, le tandem SNCF/Keolis aurait baissé son offre initiale de dix millions d’euros. Mais “à quelques millions près, explique Jacques Malaval, élu au Sytral, c’est la même chose. D’autant que les deux candidats sont sérieux et compétents.” Yves Crozet, directeur du Laboratoire d’économie des transports, confirme : “Au point où ils en sont, la décision n’est plus dans les dossiers qui sont certainement tous les deux très bons. À ce stade, le choix du concessionnaire est symbolique.”
L’axe Collomb et l’axe Mercier
Symbolique et donc très politique. Et c’est là que les choses se gâtent. À gauche, les discussions sont très sévères entre Bernard Rivalta, le président du Sytral qui soutient clairement la Ratp, et Gérard Collomb, le maire de Lyon et le président de la Communauté urbaine, qui garderait volontiers Keolis/SNCF. Rivalta a un allié de taille en la personne de Michel Mercier (UDF), président du Conseil général du Rhône. Ce dernier soutient en effet la RATP, dont la pdg, Anne-Marie Idrac, est une fidèle de François Bayrou, président de l’UDF – elle a été son porte-parole à la dernière élection présidentielle. La bataille est féroce entre un Rivalta qui veut affirmer son rôle de chef des transports en commun et un Collomb qui aurait échafaudé en douce quelques projets avec Keolis. Apparemment, Keolis et Collomb auraient beaucoup discuté de la future tour de la Part-Dieu. Pour Gérard Collomb, Keolis serait le locataire tout trouvé pour payer la tour. Le groupe a d’ailleurs transféré, au mois de mars, une partie de son personnel à Lyon, notamment ses services d‘études et de marketing. Mais quand on l’interroge sur la question, le maire de Lyon est évidemment bien plus évasif, expliquant : “Que ce soit la Caisse des dépôts et consignations (actionnaire majoritaire de Transdev, ndlr) ou la SNCF, on a de grands projets avec les deux. BioParc et le Confluent pour le premier, le réseau ferré sur la deuxième couronne avec le second.”
Alors, Ratp ou SNCF ? Changement ou conservatisme ? Dans un peu moins de quinze jours, les 26 élus du Sytral voteront pour l’un ou l’autre des deux candidats. À l’heure où nous bouclons, la Ratp est donnée favorite pour rassembler sur son nom une majorité de voix de droite et une bonne partie des voix de gauche. Sur ce dossier, Gérard Collomb semble un peu isolé. Même les syndicats ne se disent pas forcément opposés à un changement de concessionnaire (lire encadré). La Ratp présente l’avantage certain de la nouveauté et de procédures sociales qui pourraient séduire plus d’un élu (lire L’atout de la Ratp). Mais Keolis joue déjà perdant, puisqu’elle envisage d’en découdre devant les tribunaux, invoquant “une offre hors-délais déposée par la Ratp”.
Espérons que de cette bataille il en ressortira un mieux pour les usagers, et des transports en commun plus performants.
Guillaume Lamy
L’atout de la Ratp
Dans la bataille qui oppose la Ratp à la SNCF pour l’exploitation des transports en commun lyonnais, la régie parisienne a peut-être une belle carte à jouer face à son concurrent direct. Un atout qui pourrait séduire bon nombre d’élus du Sytral, compte tenu des 65 jours de grève qu’ont subis les usagers des TCL ces trois dernières années (Lire Lyon, “champion de France des grèves”, Lyon Capitale du 23 mars). La direction de la Ratp a mis en place, dès 1996, une nouvelle voie de dialogue qui permet, par un mécanisme d’alarme sociale, d’éviter le recours systématique à la grève. Si les syndicats majoritaires et la direction de la SNCF viennent de se mettre d’accord sur un tel dispositif, reste que la Ratp peut compter sur sa longue expérience en la matière.
Le concept est simple : lorsqu’un syndicat estime qu’il va y avoir un conflit, un courrier est adressé à l’autre partie pour l’alerter. Une réunion se tient dans les cinq jours ouvrables et constate l’accord ou le désaccord des participants. S’il y a désaccord, le recours au préavis de grève est entier. Résultat : ces dix dernières années, le dispositif a permis de diviser par quatre en moyenne le nombre de journées de grève. Pour Claudine Frieh, élue (UMP) au Sytral, “C’est peut-être cette alarme sociale qui fera pencher la balance du côté de la Ratp.” Même discours pour Jean-Louis Touraine (PS), premier adjoint au maire de Lyon, pour qui “ce système pèsera certainement dans le choix du délégataire”.
Les syndicats et associations plutôt pro-Ratp
Si les associations et les syndicats des TCL votaient, la Ratp ferait un carton plein. En effet, pour la grande majorité d’entre eux, la régie parisienne présente l’avantage de la nouveauté, et son système d’alarme sociale “a largement amélioré le dialogue social à Paris et Grenoble”, selon le syndicat autonome. Plus étonnant, même chez l’adversaire SNCF, au syndicat Sud Rail, on concède que “la RATP est plus compétente pour gérer un réseau comme celui de Lyon”.
Pour autant, les syndicats, CGT en tête, alertent la direction : “En cas de cahier des charges trop faible sur le social, le Sytral court à d’énormes risques de blocage.”
Les deux concurrents en chiffres
La Ratp/Transdev et la SNCF/Keolis sont deux poids-lourds des transports publics internationaux. Revue de troupes.
Transdev
Actionnaires : Caisse des dépôts et consignations (68 %), Ratp (25 %), Sanpaolo Imi (7 %).
Chiffre d’affaires : 582 millions d’euros, dont 40 % à l’international.
Salariés : 18 000.
Sites d’implantation : 71 villes françaises et 5 pays.
Ratp
Créée le 1er janvier 1949 comme établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), la Ratp exploite les transports de l’Ile-de- France et emploie 44 000 personnes. Depuis 2002, son pdg est Anne-Marie Idrac (ancienne secrétaire d’État aux Transports de Juppé).
À Paris, la Ratp gère :
16 lignes de métro
2 lignes de tramway
2 lignes de RER
266 lignes de bus
soit 2,6 milliards de voyages par an.
À l’international
La Ratp a mis en place le réseau de trois lignes RER de la région d’Athènes, dont une partie a été ouverte, l’été dernier, pour les jeux Olympiques. La Ratp exploite le réseau de tramway de Florence et le réseau de bus de Casablanca. Transdev et la Ratp ont concrétisé leur partenariat en décrochant un contrat avec Rheinbahn, la société municipale des transports urbains de Düsseldorf.
Keolis
Actionnaires : 3i (52,5 %), SNCF (44,5 %), Management (3 %).
Chiffre d’affaires : 1,97 milliard d’euros, dont 40 % à l’international.
Salariés : 28 500.
Sites d’implantation : 84 villes françaises et 9 pays.
Keolis à Lyon
Le transporteur privé est présent à Lyon via trois sociétés distinctes : la SLTC, qui exploite les transports en commun lyonnais, Interhône-Alpes, chargée d’exploiter le réseau Optibus (pour personnes à mobilité réduite), et Satobus, les navettes Lyon/aéroport Saint Exupéry.
Keolis, via la SLTC, gère :
4 lignes de métro
2 lignes de tramway
100 lignes de bus
2 lignes de funiculaire
soit 456,25 millions de voyages par an.
SLTC
4 300 salariés. Chiffre d’affaires : 230 millions d’euros.
845 bus, 178 métros, 48 tramways, 2 funiculaires.
Interhône-Alpes
159 salariés. Chiffre d’affaires : 10,3 millions d’euros.
31 bus, 9 cars, 29 véhicules pour personnes à mobilité réduite.
Satobus
80 salariés. Chiffre d’affaires : 34 millions d’euros.
35 véhicules.
Transports. Le 15 novembre prochain, les 26 élus du Sytral auront à choisir entre la Ratp et la SNCF pour exploiter les transports en commun lyonnais. À deux semaines du vote, la régie parisienne semble avoir un léger avantage sur l’actuel exploitant. Enquête.
À gauche, les discussions sont très sévères entre Bernard Rivalta, le président du Sytral qui soutient clairement la Ratp, et Gérard Collomb, le maire de Lyon et le président de la Communauté urbaine, qui garderait volontiers Keolis/SNCF..
© Félix Ledru
Dans le combat de poids-lourds qui oppose la Ratp- Transdev à la SNCF-Keolis concernant l’exploitation des transports en commun lyonnais pour les six prochaines années, le dernier round va se jouer ces jours-ci. Les dossiers ont été bouclés dimanche dernier et remis à chacun des 26 élus du Sytral, l’autorité organisatrice du réseau, qui se prononcera en faveur de l’un ou l’autre des challengers. A priori, rien n’est donc joué, et les deux concurrents ont toutes leurs chances. Pourtant, à ce stade du match, la Ratp dispose d’un avantage aux points sur son adversaire, actuel exploitant du réseau. En effet, il y a trois semaines, lors d’une séance informelle du bureau exécutif du Sytral, Bernard Rivalta (PS), son président, a clairement affiché sa préférence pour la régie parisienne (lire Lyon Capitale du 20 octobre). Si ce choix était suivi par les membres du Sytral, la Ratp empocherait un marché faramineux d’un milliard et demi d’euros. L’équivalent du budget annuel cumulé de la Ville de Lyon et de la Communauté urbaine. Ce serait également une vraie révolution puisque, depuis pratiquement vingt ans, c’est le même concessionnaire qui exploite les transports en commun lyonnais. Bernard Rivalta (PS) a même donné, et c’est aussi un mini-cataclysme, des signes d’une ouverture farouche du marché d’exploitation des TCL. Le président du Sytral a tout fait pour que la concurrence soit la plus dynamique possible, en promettant d’indemniser les concurrents de 550 000 euros. Une somme qui a permis aux deux candidats de présenter une étude sérieuse, à la hauteur de l’enjeu de l’exploitation des transports en commun lyonnais, deuxième réseau de France par la taille et le nombre de voyageurs quotidiens.
Une bataille serrée
La Ratp qui, depuis la loi SRU de 2001, peut répondre à des appels d’offres hors d’Ile-de-France, n’a pas laissé passer une si belle occasion. Aujourd’hui, Ratp/Transdev a une véritable stratégie de développement en France et à l’étranger. La Ratp vient de remporter la gestion du tramway à Florence, celle des bus à Casablanca et celle du RER à Athènes. Mais en se portant candidate à Lyon, elle espère bien empocher la totalité du réseau, qui se chiffre à 62 communes, 1,2 million d’habitants répartis sur un périmètre de 6 000 kilomètres carrés et desservis par quatre lignes de métro, deux lignes de tramway, deux lignes de funiculaire et une centaine de lignes de bus. Soit 456,25 millions de voyages par an.
Sauf qu’en face, la SNCF, via Keolis, n’a pas l’intention de lâcher une affaire aussi juteuse. “Lyon est notre filiale la plus intéressante”, explique-t-on au siège de l’opérateur de transport. Depuis dix-huit ans qu’elle exploite les TCL, elle encaisse ainsi 230 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. Pour le syndicat Sud Rail, “la SNCF aimerait poursuivre l’exploitation sur Lyon notamment parce qu’elle aimerait travailler sur trams-trains, qui ont le vent en poupe. Le projet lyonnais de Léa compte beaucoup (liaison de tramway entre la Part-Dieu et Saint Exupéry, ndlr). D’un enjeu régional, on passe à un enjeu européen.” Du coup, la bataille est serrée. Après l’option mise par Rivalta sur la régie parisienne, et selon plusieurs sources proches du dossier, le tandem SNCF/Keolis aurait baissé son offre initiale de dix millions d’euros. Mais “à quelques millions près, explique Jacques Malaval, élu au Sytral, c’est la même chose. D’autant que les deux candidats sont sérieux et compétents.” Yves Crozet, directeur du Laboratoire d’économie des transports, confirme : “Au point où ils en sont, la décision n’est plus dans les dossiers qui sont certainement tous les deux très bons. À ce stade, le choix du concessionnaire est symbolique.”
L’axe Collomb et l’axe Mercier
Symbolique et donc très politique. Et c’est là que les choses se gâtent. À gauche, les discussions sont très sévères entre Bernard Rivalta, le président du Sytral qui soutient clairement la Ratp, et Gérard Collomb, le maire de Lyon et le président de la Communauté urbaine, qui garderait volontiers Keolis/SNCF. Rivalta a un allié de taille en la personne de Michel Mercier (UDF), président du Conseil général du Rhône. Ce dernier soutient en effet la RATP, dont la pdg, Anne-Marie Idrac, est une fidèle de François Bayrou, président de l’UDF – elle a été son porte-parole à la dernière élection présidentielle. La bataille est féroce entre un Rivalta qui veut affirmer son rôle de chef des transports en commun et un Collomb qui aurait échafaudé en douce quelques projets avec Keolis. Apparemment, Keolis et Collomb auraient beaucoup discuté de la future tour de la Part-Dieu. Pour Gérard Collomb, Keolis serait le locataire tout trouvé pour payer la tour. Le groupe a d’ailleurs transféré, au mois de mars, une partie de son personnel à Lyon, notamment ses services d‘études et de marketing. Mais quand on l’interroge sur la question, le maire de Lyon est évidemment bien plus évasif, expliquant : “Que ce soit la Caisse des dépôts et consignations (actionnaire majoritaire de Transdev, ndlr) ou la SNCF, on a de grands projets avec les deux. BioParc et le Confluent pour le premier, le réseau ferré sur la deuxième couronne avec le second.”
Alors, Ratp ou SNCF ? Changement ou conservatisme ? Dans un peu moins de quinze jours, les 26 élus du Sytral voteront pour l’un ou l’autre des deux candidats. À l’heure où nous bouclons, la Ratp est donnée favorite pour rassembler sur son nom une majorité de voix de droite et une bonne partie des voix de gauche. Sur ce dossier, Gérard Collomb semble un peu isolé. Même les syndicats ne se disent pas forcément opposés à un changement de concessionnaire (lire encadré). La Ratp présente l’avantage certain de la nouveauté et de procédures sociales qui pourraient séduire plus d’un élu (lire L’atout de la Ratp). Mais Keolis joue déjà perdant, puisqu’elle envisage d’en découdre devant les tribunaux, invoquant “une offre hors-délais déposée par la Ratp”.
Espérons que de cette bataille il en ressortira un mieux pour les usagers, et des transports en commun plus performants.
Guillaume Lamy
L’atout de la Ratp
Dans la bataille qui oppose la Ratp à la SNCF pour l’exploitation des transports en commun lyonnais, la régie parisienne a peut-être une belle carte à jouer face à son concurrent direct. Un atout qui pourrait séduire bon nombre d’élus du Sytral, compte tenu des 65 jours de grève qu’ont subis les usagers des TCL ces trois dernières années (Lire Lyon, “champion de France des grèves”, Lyon Capitale du 23 mars). La direction de la Ratp a mis en place, dès 1996, une nouvelle voie de dialogue qui permet, par un mécanisme d’alarme sociale, d’éviter le recours systématique à la grève. Si les syndicats majoritaires et la direction de la SNCF viennent de se mettre d’accord sur un tel dispositif, reste que la Ratp peut compter sur sa longue expérience en la matière.
Le concept est simple : lorsqu’un syndicat estime qu’il va y avoir un conflit, un courrier est adressé à l’autre partie pour l’alerter. Une réunion se tient dans les cinq jours ouvrables et constate l’accord ou le désaccord des participants. S’il y a désaccord, le recours au préavis de grève est entier. Résultat : ces dix dernières années, le dispositif a permis de diviser par quatre en moyenne le nombre de journées de grève. Pour Claudine Frieh, élue (UMP) au Sytral, “C’est peut-être cette alarme sociale qui fera pencher la balance du côté de la Ratp.” Même discours pour Jean-Louis Touraine (PS), premier adjoint au maire de Lyon, pour qui “ce système pèsera certainement dans le choix du délégataire”.
Les syndicats et associations plutôt pro-Ratp
Si les associations et les syndicats des TCL votaient, la Ratp ferait un carton plein. En effet, pour la grande majorité d’entre eux, la régie parisienne présente l’avantage de la nouveauté, et son système d’alarme sociale “a largement amélioré le dialogue social à Paris et Grenoble”, selon le syndicat autonome. Plus étonnant, même chez l’adversaire SNCF, au syndicat Sud Rail, on concède que “la RATP est plus compétente pour gérer un réseau comme celui de Lyon”.
Pour autant, les syndicats, CGT en tête, alertent la direction : “En cas de cahier des charges trop faible sur le social, le Sytral court à d’énormes risques de blocage.”
Les deux concurrents en chiffres
La Ratp/Transdev et la SNCF/Keolis sont deux poids-lourds des transports publics internationaux. Revue de troupes.
Transdev
Actionnaires : Caisse des dépôts et consignations (68 %), Ratp (25 %), Sanpaolo Imi (7 %).
Chiffre d’affaires : 582 millions d’euros, dont 40 % à l’international.
Salariés : 18 000.
Sites d’implantation : 71 villes françaises et 5 pays.
Ratp
Créée le 1er janvier 1949 comme établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), la Ratp exploite les transports de l’Ile-de- France et emploie 44 000 personnes. Depuis 2002, son pdg est Anne-Marie Idrac (ancienne secrétaire d’État aux Transports de Juppé).
À Paris, la Ratp gère :
16 lignes de métro
2 lignes de tramway
2 lignes de RER
266 lignes de bus
soit 2,6 milliards de voyages par an.
À l’international
La Ratp a mis en place le réseau de trois lignes RER de la région d’Athènes, dont une partie a été ouverte, l’été dernier, pour les jeux Olympiques. La Ratp exploite le réseau de tramway de Florence et le réseau de bus de Casablanca. Transdev et la Ratp ont concrétisé leur partenariat en décrochant un contrat avec Rheinbahn, la société municipale des transports urbains de Düsseldorf.
Keolis
Actionnaires : 3i (52,5 %), SNCF (44,5 %), Management (3 %).
Chiffre d’affaires : 1,97 milliard d’euros, dont 40 % à l’international.
Salariés : 28 500.
Sites d’implantation : 84 villes françaises et 9 pays.
Keolis à Lyon
Le transporteur privé est présent à Lyon via trois sociétés distinctes : la SLTC, qui exploite les transports en commun lyonnais, Interhône-Alpes, chargée d’exploiter le réseau Optibus (pour personnes à mobilité réduite), et Satobus, les navettes Lyon/aéroport Saint Exupéry.
Keolis, via la SLTC, gère :
4 lignes de métro
2 lignes de tramway
100 lignes de bus
2 lignes de funiculaire
soit 456,25 millions de voyages par an.
SLTC
4 300 salariés. Chiffre d’affaires : 230 millions d’euros.
845 bus, 178 métros, 48 tramways, 2 funiculaires.
Interhône-Alpes
159 salariés. Chiffre d’affaires : 10,3 millions d’euros.
31 bus, 9 cars, 29 véhicules pour personnes à mobilité réduite.
Satobus
80 salariés. Chiffre d’affaires : 34 millions d’euros.
35 véhicules.