View Full Version : Paris cherche à décrisper ses relations avec la proche banlieue


Cyril
November 15th, 2004, 12:07 PM
LE MONDE | 12.11.04 | 15h00

Depuis son arrivée à la Mairie en 2001, Bertrand Delanoë (PS) a engagé un rapprochement avec les 29 communes limitrophes que la capitale a longtemps ignorées. Aujourd'hui, une coopération en matière d'aménagement, de logement et d'urbanisme se met progressivement en place.

Le tabou du "Grand Paris" a longtemps servi à justifier l'absence de dialogue entre la capitale et les communes périphériques. Aujourd'hui, il ne paraît plus tourmenter grand monde. En proposant la paix des braves aux 29 communes riveraines de la capitale, dès 2001, le maire (PS) de Paris, Bertrand Delanoë, a contribué à le briser.

Administré par l'Etat jusqu'en 1977, Paris, dont les fonctionnaires jouissent encore d'un statut distinct de celui des autres collectivités territoriales, a longtemps méprisé les villes voisines. En parallèle, nombre de ces dernières se sont construites contre la capitale, et ses représentants assimilés à l'Etat. De part et d'autre du périphérique, frontière symbolique d'une séparation qui semblait irréductible, chacun cultivait son isolement et tentait d'en tirer les bénéfices.

Aujourd'hui, le changement de posture est radical de part et d'autre. Les travaux d'approche ont commencé par une rencontre assez formelle, mais inédite, entre le maire de Paris et ses homologues des communes d'Ile-de-France. L'invitation avait été habilement lancée par M. Delanoë en même temps qu'il rendait public son projet de "requalification" de la couronne parisienne dans six sites prioritaires, impliquant les communes mitoyennes de la capitale. Trois ans après, le dialogue s'est concrétisé puisque, le 8 novembre, devait être signé le dixième "protocole de coopération" entre la capitale et une ville de banlieue, en l'occurrence Pantin (Seine-Saint-Denis).

Avec les neuf communes déjà concernées des Hauts-de-Seine (Malakoff, Vanves, Issy-les-Moulineaux, Clichy), de la Seine-Saint-Denis (Montreuil, Saint-Ouen, Pantin) et du Val-de-Marne (Nogent-sur-Marne et Joinville-le-Pont), la concertation sur la restructuration des portes de Paris, qui sont, aussi les "entrées de ville" des communes de banlieue, a servi de ballon d'essai. Le maire (UDF) de Vanves, Bernard Gauducheau, se réjouit, par exemple, d'avoir pu convaincre la Ville de Paris d'étendre à la porte Brancion le projet de couverture du périphérique initialement limité à la porte de Vanves.

Vanves, comme Issy-les-Moulineaux, est aussi associée à la réflexion sur le Parc des expositions de la porte de Versailles et a engagé avec Paris des discussions sur l'accueil de la petite enfance et le partage de certains équipements sportifs. "Cette façon d'envisager un destin commun est une révolution", n'hésite pas à dire le maire de Vanves.

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PROJETS IMMOBILIERS COMMUNS

La vente ou le règlement d'anciens conflits à propos de terrains appartenant à Paris mais situés extra-muros servent aussi de support à la coopération. "Paris n'a pas vocation à être propriétaire terrien en banlieue", affirme Pierre Mansat, adjoint (PCF) au maire de Paris, chargé, depuis mars 2001, des relations avec les collectivités territoriales. Outre ses 20 000 logements sociaux à l'extérieur de la ville (dont 60 % dans le Val-de-Marne), la capitale est encore propriétaire, hors les murs, d'environ 10 000 unités foncières, allant d'un petit morceau de voirie à des emprises de plusieurs dizaines d'hectares, concentrées pour l'essentiel autour des grands axes de communication et des voies d'eau. Héritage de l'ancien département de la Seine, ce patrimoine comprend des cimetières (Bagneux, Ivry ou Pantin), des stations d'épuration, des usines de retraitement et des terrains agricoles. Le sol de Pantin appartient, par exemple, pour 18 % à la Ville de Paris ; la plaine d'Achères, dans les Yvelines où les anciens terrains d'épandage de Paris couvrent 1 600 hectares, est à 50 % territoire parisien.

Cette particularité a longtemps nourri la rancœur des communes limitrophes envers la capitale, accusée de déverser sur la banlieue ses morts, ses déchets, ses pauvres, ses étrangers mais aussi ses fourrières et ses garages à camions. L'équipe de M. Delanoë tente d'inverser la logique et de faire de cet anachronisme un des leviers politiques de la coopération Paris-banlieue.

Clichy, par exemple, va racheter à la Ville, pour en faire un parc urbain, les 5 hectares de friches où s'élevaient autrefois les gazomètres qui fournissaient la capitale. "La Ville participera au financement du parc", assure Pierre Mansat. Du coup, la collaboration entre les deux communes pour la construction d'un programme de logements sociaux est envisagée. Même chose à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), où l'OPAC de Paris devrait participer à la construction d'un programme de 100 logements sur un terrain appartenant à la capitale, ou encore à Boulogne, en retard en matière de logement social, qui a été incitée par Paris à cofinancer deux programmes.

Les maires et les conseillers généraux des 396 communes de l'agglomération parisienne avaient été conviés à la première rencontre de décembre 2001. Depuis, l'attention s'est recentrée sur les 76 communes dites de "première couronne", avec une attention particulière portée aux 29 communes mitoyennes. Un ajustement naturel si l'on considère que c'est en première couronne que sont concentrés, sur 4 % du territoire francilien, 47 % de la population et 90 % des déplacements en transports en commun.

L'agglomération parisienne n'a pas d'existence institutionnelle, mais c'est un espace vécu. Un Parisien sur trois travaille en dehors de Paris, trois non-Parisiens sur cinq dans Paris. Si, désormais, la capitale la plus dense d'Europe regarde la banlieue d'un autre œil, c'est, d'abord, parce qu'elle explose dans ses frontières.

Tous les problèmes de transports, de logement, de développement économique mais aussi de ségrégation scolaire se posent à l'échelle d'une agglomération centrale, composée a minima de Paris et des 29 communes les plus proches. Or cette "zone dense" n'existe ni politiquement ni juridiquement. Les décisions se prennent à une autre échelle, région, département, communes ou groupement de communes.

Sous la haute surveillance de M. Delanoë, M. Mansat a évoqué l'idée d'une "conférence métropolitaine", qui serait une première traduction politique d'une réflexion pour le moment réservée aux experts. Mais la crainte que Paris soit de nouveau accusé d'hégémonie freine quelque peu la démarche.

Et l'idée est parfois combattue en sous-main. Le président (PS) de la région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon, qui se dit surtout soucieux de "favoriser une meilleure identification" de l'échelon régional, a ainsi eu du mal à admettre qu'il fallait travailler de manière spécifique sur le "cœur d'agglomération" dans le cadre de la révision du schéma directeur d'Ile-de-France (Sdrif) qui vient de commencer.


Christine Garin

Séminaire sur "une histoire croisée"

Depuis 2003, la Ville de Paris organise en collaboration avec l'université Paris-I un séminaire intitulé "Pour une histoire croisée de Paris et des banlieues à l'époque contemporaine". Placé sous la direction d'Annie Fourcaut, professeur d'histoire contemporaine, il est ouvert aux élus, aux acteurs des collectivités territoriales d'Ile-de-France, aux enseignants, aux étudiants et aux chercheurs. La séance du jeudi 28 octobre a été consacrée à "la représentation des espaces". Dominique Kalifa (Paris-I) a analysé l'implantation et les déplacements de la délinquance dans le Paris du XIXe siècle, Hélène Fernandez (direction régionale de l'Ile-de-France) le dessin de la "ville" à travers les documents de planification entre 1934 et 1994. Les prochaines séances auront lieu le jeudi 2 décembre 2004 ("Territoires, patrimoines et changements de regard") et jeudi 27 janvier 2005 ("Migrations et déplacements en Ile-de-France").
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 13.11.04

MyNight
November 15th, 2004, 12:51 PM
Cette attitude delanoësque ne peut aller que dans le bon sens... Si un verdâtre ne s'en mêle pas, évidemment...