View Full Version : Christian de Portzamparc, architecte "pluriel et singulier", à Lille


Cyril
December 9th, 2004, 04:52 PM
LE MONDE | 09.12.04 | 14h53

La métropole du Nord rend hommage au Grand Prix national d'urbanisme 2004, théoricien de la ville et bâtisseur de la Cité de la musique et de la ZAC Masséna, à Paris.

Lille de notre envoyé spécial

Christian de Portzamparc est devenu en 1994 le premier Français, le seul jusqu'à nouvel ordre, à obtenir le prix Pritzker, équivalent du prix Nobel pour cette profession. Il avait auparavant obtenu, en 1992, le Grand Prix national d'architecture et il vient d'obtenir la même récompense nationale dans le domaine de l'urbanisme, le Grand Prix d'urbanisme 2004, qui doit lui être remis le 20 décembre.

L'exposition que lui consacre le Musée des beaux-arts de Lille donne assez clairement, sous le titre "Pluriel et singulier", les clefs de cette réussite fondée sur une pratique généreuse et poétique de l'architecture et une réflexion sérieuse, depuis ses premiers pas dans le métier, sur l'évolution du genre urbain. Portzamparc, bien que handicapé par ses ailes de poète et malgré une production dont tous les vers ne relèvent pas du Parnasse, a toujours eu le souci de se faire comprendre, d'éviter les travers ésotériques du métier.

L'exposition lilloise est du même tabac. Composée d'éléments ordinairement perçus comme austères (maquettes de bâtiments et de quartiers, films en 3D des édifices construits, en cours ou à venir), elle parvient à captiver des visiteurs peu familiers des sciences de la ville. Trois grandes thématiques : "Singulier", "Pluriel", "Vertical".

"Singulier" rassemble les projets symboles, comme la future Cité de la musique de Rio de Janeiro (Brésil) ou la Philharmonie de Luxembourg, sans compter quelques-unes de ces idées restées dans les cartons mais que les architectes continuent de chérir. "Pluriel" explore la dimension urbaine des travaux de l'agence : à Paris, l'îlot Masséna dans la ZAC Tolbiac, pratiquement achevé, ou 1 million de mètres carrés au sud-est de Pékin. Mais aussi des réalisations ancrées dans le tissu urbain : l'espace Lumière à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), l'ambassade de France à Berlin ou l'ensemble Block One tapi dans le sol d'Almere (Pays-Bas), dans la patrie de Rem Koolhaas, qui a conçu ce quartier écolo, tendance caméléon.

Même lorsqu'il produit ces objets "singuliers", et a fortiori ces tours qui sont la troisième thématique de l'exposition lilloise, "Vertical", Portzamparc reste fidèle à cette exigence de civilité. Plus ou moins. Quel est en effet le degré de civilité de la tour du Crédit lyonnais (1995), construite dans le quartier d'Euralille, à cheval sur les voies du TGV, et qualifiée par les Lillois de flipper ou de chaussure de ski ? La tour LVMH a, elle, contribué à réintroduire une honnête civilité à Manhattan, dont les buildings les plus récents semblent apprendre à se parler.

En peu de mots, ou laconiques (parfois aussi un rien lyriques), le minimum est donné pour comprendre le travail de cet architecte dont la pensée se confronte sans lâcheté à toutes les dimensions du métier. Pour l'essentiel, ce sont surtout les œuvres récentes ou en cours de réalisation qui sont présentées. Mais plusieurs repères plus anciens contribuent à la compréhension de cette carrière sans véritable échec.

RETROUVAILLES AVEC L'URBAIN

Un château d'eau de Marne-la-Vallée construit au début des années 1970, tour de Babel écologiquement métamorphosée en ziggourat feuillue, rappelle le temps où Portzamparc, avec des personnalités comme Antoine Grumbach ou Bernard Huet, rejetait, après constat et avec raison, la brutalité de l'urbanisme et de la construction des trente années d'après-guerre. Le château d'eau apparaît discrètement à Lille, mais reflète bien cette période carrefour des pensées architecturales urbaines, matérialisée par la fameuse Strada Novissima dans la corderie de l'Arsenal, lors de la Biennale de Venise de 1980.

Toutes les composantes de l'éclectisme architectural du dernier quart de siècle étaient réunies là, les "postmodernes" ironiques ou sincères, les nouveaux modernes en train de fuir la rhétorique des barres et des tours pour revenir à l'humanité supposée des bonnes vieilles rues d'antan, façon Bofill, les inventeurs de formes nouvelles dont Gehry devait devenir le symbole...

On a pris cette biennale pour un point de départ, mais la plupart des personnalités présentes avaient déjà choisi leur voie, et notamment Portzamparc, qui avait livré l'immeuble des Hautes-Formes en 1978, premières retrouvailles avec un modèle urbain alors encore peu exploré en France, sinon par de rares architectes, comme Henri Gaudin.

Cette veine citadine, qui lui vaut aujourd'hui le Grand Prix national de l'urbanisme, va rester une constante du meilleur du travail de Portzamparc. L'un des trois grands thèmes de l'exposition, "Pluriel", rassemble les projets-clés qui jalonnent cette réflexion théorisée mais mieux défendue sur le terrain qu'à force d'érudition forcée. Ainsi sont nés les concepts d'"îlot ouvert", ou de "ville de l'âge 3", génératrice de lapsus pittoresques (la ville du troisième âge), mais surtout de projets urbains réellement décoiffants : Pékin, la ZAC Masséna, Almere, qui feraient oublier le subtil travail de Portzamparc sur les barres et les tours déshéritées du 13e arrondissement, son quartier d'adoption.

C'est d'ailleurs là, face au métro aérien, dans un de ces grands immeubles neutres requalifiés par l'architecte, que Le Monde doit trouver ses nouvelles racines à la mi-décembre, laissant la rue Claude-Bernard, après la rue Falguière et l'impérissable rue des Italiens, héritée du journal Le Temps.

Frédéric Edelmann

"Pluriel et singulier", Musée des beaux-arts, place de la République, Lille (Nord). Fermé le mardi et le lundi matin. Tél. : 03-20-06-78-00. Jusqu'au 5 janvier.
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 10.12.04

eomer
December 11th, 2004, 10:51 AM
"Flipper" ou "Chaussure de ski" pour qualifier la tour CL à Lille-Europe....c'est vrai qu'il y a une certaine ressemblance.