Cyril
January 4th, 2005, 05:50 PM
LE MONDE | 04.01.05 | 14h27
Après un siècle consacré au tourisme, la capitale de la baie des Anges veut diversifier son économie. Avec les 22 autres communes qui composent la communauté d'agglomération Nice-Côte d'Azur, elle a mis au point un dispositif pour attirer des entreprises sur cette zone de 31 000 hectares.
Nice de notre correspondant
L'écrivain stephen Liegard qui inventa le terme de "Côte d'Azur" à la fin du XIXe siècle serait stupéfait s'il voyait, aujourd'hui, comment ce territoire - le quart de la superficie des Alpes-Maritimes - s'est métamorphosé au plan économique.
Une mutation qui s'est accélérée durant ces dix dernières années.
Certes, le littoral, entre Menton et Mandelieu, demeure une des destinations touristiques les plus prisées au monde. Villas somptueuses et palaces luxueux y accueillent toujours quelques personnages fortunés, qui y apprécient le climat, les paysages et les casinos. Ils côtoient une clientèle plus modeste, qui se bouscule sur les plages, notamment l'été. Mais, la communauté d'agglomération de Nice-Côte d'Azur (Canca), créée en 2002, qui regroupe 23 communes, a décidé de déployer une nouvelle stratégie économique, qui tourne le dos au "tout tourisme", longtemps privilégié par les responsables politiques locaux.
Il s'agit quasiment d'une révolution culturelle : "Notre économie parie sur le futur", précise Jacques Peyrat, sénateur et maire (UMP) de Nice. Président de la Canca, il a expliqué récemment que, durant les vingt-quatre années de la mandature de Jacques Médecin, jusqu'en 1990, la politique économique consistait à concentrer le tourisme sur la ville de Nice et à repousser les entreprises plus loin, vers Carros, dans la vallée du Var où vers la technopole de Sophia Antipolis.
Depuis son élection pour un deuxième mandat à la mairie de Nice en 2001, M. Peyrat s'est résolument engagé dans une nouvelle stratégie : Nice-Côte d'Azur ne se présente plus seulement comme une place touristique importante, mais également comme "une agglomération dynamique capable d'offrir une place d'excellence pour les entreprises qui souhaitent s'y implanter", explique le président de la Canca, qui disposait d'un budget de 523 millions d'euros en 2004.
PLUS CALIFORNIE QUE FLORIDE
Attirer les entreprises : tel est donc le nouvel objectif des responsables de la communauté d'agglomération, auquel adhèrent volontiers les chefs d'entreprise et décideurs de la cinquième ville de France, où un tiers des habitants ont moins de 30 ans. Tous cherchent à promouvoir une image de l'agglomération Nice-Côte d'Azur plus "proche de la Californie que de la Floride". Cette nouvelle philosophie peut s'appuyer sur des équipements déjà existants. Avec 9 millions de passagers, l'aéroport de Nice-Côte d'Azur est en effet le deuxième aéroport international français et il contribue largement à faire de cette région un pôle du tourisme d'affaires. Les quatorze palais des congrès, installés entre Antibes et Monaco, en font une des plus fortes concentrations dans ce secteur d'activités en Europe.
Aves ses 35 000 étudiants et ses 1 700 chercheurs, la communauté d'agglomération peut se targuer d'une bonne réserve de matière grise que la création de Sophia Antipolis, dans les années 1970, avait initiée.
Par ailleurs, un tissu d'entreprises existe déjà ; la Canca en héberge 45 000, ce qui représente 45 % des établissements privés des Alpes-Maritimes. En 2003, 2 470 entreprises ont été créées au sein de cette communauté d'agglomération, où l'on retrouve près de 200 des 500 premières entreprises du département en chiffre d'affaires. Elles sont à 82 % dans le secteur des services.
Pour réussir ce développement économique, l'agglomération prévoit de consacrer 100 millions d'euros d'aides aux entreprises d'ici à 2010. Elle propose également des fonds de développement aux PME sous forme de subventions afin de stimuler leurs investissements. Par ailleurs, afin d'aider les sociétés à acquérir de nouveaux locaux par crédit-bail, la Canca a pris des mesures en faveur des investissements immobiliers. Ainsi, propose-t-elle une subvention qui permet de réduire le montant du loyer.
Outre ces aides, la communauté d'agglomération a mis en place une équipe de conseillers, qui se consacrent à l'accompagnement des entreprises qui font le choix de s'implanter à Nice.
Pour réussir cette diversification industrielle, Nice s'est fixé un autre grand défi : lancer quatre vastes chantiers pour accroître le parc immobilier d'entreprises, sur une superficie de 200 hectares. Les quatre premiers s'inscrivent dans la plaine du Var, colonne vertébrale des Alpes-Maritimes et unique percée vers le nord, dont l'aménagement représente l'enjeu principal de cette politique : "C'est sur cet espace en devenir que la communauté d'agglomération bâtira le développement économique de ses vingt prochaines années", indique M. Peyrat. Des programmes mêlant habitat et entreprises devraient y être lancés.
Il est aussi prévu la réalisation du quartier Nice-Méridia où seront aussi juxtaposées habitations et activités et la dynamisation de l'Arénas, principal centre d'affaires de Nice, à vocation internationale, situé face à l'aéroport. Le site de IBM à la Gaude doit être développé pour abriter l'un des principaux centres de recherche européens et le secteur de Lingostière et du plateau Tercier aménagé.
Comment séduire et attirer les entreprises à Nice ? Les responsables de la Canca, une agglomération qui héberge près de 210 000 actifs, estiment qu'il est impératif, d'une part, de développer les zones d'activité susceptibles d'accueillir des entreprises de services et de production non polluantes. Et, d'autre part, au plan du marketing, de faire connaître les conditions d'accueil favorables aux entreprises.
C'est une des tâches à laquelle s'est attelé Robert Calcagno, directeur général des services de la Canca. Ce polytechnicien de 44 ans se réfère à un sondage de notoriété réalisé récemment auprès de décideurs économiques dans le monde. "Si 97 % des responsables interrogés connaissent la Côte d'Azur, en revanche cette étude met en exergue l'image d'une région, qui sans être mauvaise, n'est pas reconnue comme une terre d'entreprise. Or les choses ont changé. Et c'est de notre responsabilité de la faire savoir."
Cette opération séduction s'articule autour du slogan "allier le bien vivre et le bien produire". Il n'est pas question pour les responsables de la Canca de se cantonner à des niches spécialisées, mais plutôt de s'ouvrir à des secteurs porteurs. "Nous choisissons, indique M. Calcagno, plusieurs axes de développement : les télécoms, la high-tech, les médias, la chimie fine avec le pôle aromatique de Grasse et puis, toute la filière de la santé."
Nice-Côte d'Azur s'appuie sur la forte concentration des centres de recherche et sur les vastes projets d'investissement du CHU. Autre atout non négligeable : la proximité de la technopole Sophia Antipolis permet à la Canca d'encourager l'implantation d'entreprises spécialisées dans les télécoms, le génie logiciel et l'image.
Paul Barelli
Les pionniers de Sophia-Antipolis
L'agglomération de Nice-Côte d'Azur profite de la proximité du parc scientifique et technologique de Sophia-Antipolis. Sur 2 300 hectares, cette technopole internationale forte de ses 4 000 chercheurs et de ses 1 276 entreprises - dont 170 à capitaux étrangers - génère 26 635 emplois. Pourtant, depuis quelques années, Sophia ne bénéficie que d'une croissance "modérée". C'est ce que révèle l'enquête la plus récente, sur l'année 2003, réalisée par le Symisa. Ce syndicat, réunissant les acteurs institutionnels du parc, confirme cependant sa "capacité de résistance dans une conjoncture difficile". Les technologies de l'information représentent toujours 23 % des entreprises et 43 % des emplois de cette zone d'activités créée en 1972 dans le cadre d'un syndicat mixte, qui réunissait le département des Alpes-Maritimes, la chambre de commerce et d'industrie de Nice-Côte d'Azur et les communes concernées. L'idée en revenait à Pierre Laffitte, aujourd'hui sénateur (RDSE) des Alpes-Maritimes, et consistait, déjà, à pallier les inconvénients de la monoactivité liée au tourisme.
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 05.01.05
Après un siècle consacré au tourisme, la capitale de la baie des Anges veut diversifier son économie. Avec les 22 autres communes qui composent la communauté d'agglomération Nice-Côte d'Azur, elle a mis au point un dispositif pour attirer des entreprises sur cette zone de 31 000 hectares.
Nice de notre correspondant
L'écrivain stephen Liegard qui inventa le terme de "Côte d'Azur" à la fin du XIXe siècle serait stupéfait s'il voyait, aujourd'hui, comment ce territoire - le quart de la superficie des Alpes-Maritimes - s'est métamorphosé au plan économique.
Une mutation qui s'est accélérée durant ces dix dernières années.
Certes, le littoral, entre Menton et Mandelieu, demeure une des destinations touristiques les plus prisées au monde. Villas somptueuses et palaces luxueux y accueillent toujours quelques personnages fortunés, qui y apprécient le climat, les paysages et les casinos. Ils côtoient une clientèle plus modeste, qui se bouscule sur les plages, notamment l'été. Mais, la communauté d'agglomération de Nice-Côte d'Azur (Canca), créée en 2002, qui regroupe 23 communes, a décidé de déployer une nouvelle stratégie économique, qui tourne le dos au "tout tourisme", longtemps privilégié par les responsables politiques locaux.
Il s'agit quasiment d'une révolution culturelle : "Notre économie parie sur le futur", précise Jacques Peyrat, sénateur et maire (UMP) de Nice. Président de la Canca, il a expliqué récemment que, durant les vingt-quatre années de la mandature de Jacques Médecin, jusqu'en 1990, la politique économique consistait à concentrer le tourisme sur la ville de Nice et à repousser les entreprises plus loin, vers Carros, dans la vallée du Var où vers la technopole de Sophia Antipolis.
Depuis son élection pour un deuxième mandat à la mairie de Nice en 2001, M. Peyrat s'est résolument engagé dans une nouvelle stratégie : Nice-Côte d'Azur ne se présente plus seulement comme une place touristique importante, mais également comme "une agglomération dynamique capable d'offrir une place d'excellence pour les entreprises qui souhaitent s'y implanter", explique le président de la Canca, qui disposait d'un budget de 523 millions d'euros en 2004.
PLUS CALIFORNIE QUE FLORIDE
Attirer les entreprises : tel est donc le nouvel objectif des responsables de la communauté d'agglomération, auquel adhèrent volontiers les chefs d'entreprise et décideurs de la cinquième ville de France, où un tiers des habitants ont moins de 30 ans. Tous cherchent à promouvoir une image de l'agglomération Nice-Côte d'Azur plus "proche de la Californie que de la Floride". Cette nouvelle philosophie peut s'appuyer sur des équipements déjà existants. Avec 9 millions de passagers, l'aéroport de Nice-Côte d'Azur est en effet le deuxième aéroport international français et il contribue largement à faire de cette région un pôle du tourisme d'affaires. Les quatorze palais des congrès, installés entre Antibes et Monaco, en font une des plus fortes concentrations dans ce secteur d'activités en Europe.
Aves ses 35 000 étudiants et ses 1 700 chercheurs, la communauté d'agglomération peut se targuer d'une bonne réserve de matière grise que la création de Sophia Antipolis, dans les années 1970, avait initiée.
Par ailleurs, un tissu d'entreprises existe déjà ; la Canca en héberge 45 000, ce qui représente 45 % des établissements privés des Alpes-Maritimes. En 2003, 2 470 entreprises ont été créées au sein de cette communauté d'agglomération, où l'on retrouve près de 200 des 500 premières entreprises du département en chiffre d'affaires. Elles sont à 82 % dans le secteur des services.
Pour réussir ce développement économique, l'agglomération prévoit de consacrer 100 millions d'euros d'aides aux entreprises d'ici à 2010. Elle propose également des fonds de développement aux PME sous forme de subventions afin de stimuler leurs investissements. Par ailleurs, afin d'aider les sociétés à acquérir de nouveaux locaux par crédit-bail, la Canca a pris des mesures en faveur des investissements immobiliers. Ainsi, propose-t-elle une subvention qui permet de réduire le montant du loyer.
Outre ces aides, la communauté d'agglomération a mis en place une équipe de conseillers, qui se consacrent à l'accompagnement des entreprises qui font le choix de s'implanter à Nice.
Pour réussir cette diversification industrielle, Nice s'est fixé un autre grand défi : lancer quatre vastes chantiers pour accroître le parc immobilier d'entreprises, sur une superficie de 200 hectares. Les quatre premiers s'inscrivent dans la plaine du Var, colonne vertébrale des Alpes-Maritimes et unique percée vers le nord, dont l'aménagement représente l'enjeu principal de cette politique : "C'est sur cet espace en devenir que la communauté d'agglomération bâtira le développement économique de ses vingt prochaines années", indique M. Peyrat. Des programmes mêlant habitat et entreprises devraient y être lancés.
Il est aussi prévu la réalisation du quartier Nice-Méridia où seront aussi juxtaposées habitations et activités et la dynamisation de l'Arénas, principal centre d'affaires de Nice, à vocation internationale, situé face à l'aéroport. Le site de IBM à la Gaude doit être développé pour abriter l'un des principaux centres de recherche européens et le secteur de Lingostière et du plateau Tercier aménagé.
Comment séduire et attirer les entreprises à Nice ? Les responsables de la Canca, une agglomération qui héberge près de 210 000 actifs, estiment qu'il est impératif, d'une part, de développer les zones d'activité susceptibles d'accueillir des entreprises de services et de production non polluantes. Et, d'autre part, au plan du marketing, de faire connaître les conditions d'accueil favorables aux entreprises.
C'est une des tâches à laquelle s'est attelé Robert Calcagno, directeur général des services de la Canca. Ce polytechnicien de 44 ans se réfère à un sondage de notoriété réalisé récemment auprès de décideurs économiques dans le monde. "Si 97 % des responsables interrogés connaissent la Côte d'Azur, en revanche cette étude met en exergue l'image d'une région, qui sans être mauvaise, n'est pas reconnue comme une terre d'entreprise. Or les choses ont changé. Et c'est de notre responsabilité de la faire savoir."
Cette opération séduction s'articule autour du slogan "allier le bien vivre et le bien produire". Il n'est pas question pour les responsables de la Canca de se cantonner à des niches spécialisées, mais plutôt de s'ouvrir à des secteurs porteurs. "Nous choisissons, indique M. Calcagno, plusieurs axes de développement : les télécoms, la high-tech, les médias, la chimie fine avec le pôle aromatique de Grasse et puis, toute la filière de la santé."
Nice-Côte d'Azur s'appuie sur la forte concentration des centres de recherche et sur les vastes projets d'investissement du CHU. Autre atout non négligeable : la proximité de la technopole Sophia Antipolis permet à la Canca d'encourager l'implantation d'entreprises spécialisées dans les télécoms, le génie logiciel et l'image.
Paul Barelli
Les pionniers de Sophia-Antipolis
L'agglomération de Nice-Côte d'Azur profite de la proximité du parc scientifique et technologique de Sophia-Antipolis. Sur 2 300 hectares, cette technopole internationale forte de ses 4 000 chercheurs et de ses 1 276 entreprises - dont 170 à capitaux étrangers - génère 26 635 emplois. Pourtant, depuis quelques années, Sophia ne bénéficie que d'une croissance "modérée". C'est ce que révèle l'enquête la plus récente, sur l'année 2003, réalisée par le Symisa. Ce syndicat, réunissant les acteurs institutionnels du parc, confirme cependant sa "capacité de résistance dans une conjoncture difficile". Les technologies de l'information représentent toujours 23 % des entreprises et 43 % des emplois de cette zone d'activités créée en 1972 dans le cadre d'un syndicat mixte, qui réunissait le département des Alpes-Maritimes, la chambre de commerce et d'industrie de Nice-Côte d'Azur et les communes concernées. L'idée en revenait à Pierre Laffitte, aujourd'hui sénateur (RDSE) des Alpes-Maritimes, et consistait, déjà, à pallier les inconvénients de la monoactivité liée au tourisme.
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 05.01.05