View Full Version : "La France défigurée" par Christina Conrad


nanar
August 24th, 2006, 09:34 AM
Salut et bonne lecture :


Cristina Conrad, Présidente de l'Ordre des architectes d'Île-de-France, a récemment publiée cette tribune reproduite ci-après in extenso.


"L’attachement que nous portons à la France est lié aux lieux, aux espaces dans lesquels nous vivons, aux architectures qui nous émeuvent. Cette diversité architecturale participe d’ailleurs de notre richesse économique (14 millions de touristes en 2005 – 1ère destination touristique au monde).
On retrouve cette qualité aussi bien en milieu urbain que dans les campagnes et les villages mais elle est aujourd’hui, de plus en plus défigurée sur l’ensemble du territoire, par des giratoires, des lotissements, des pavillons qui se multiplient à l’infini.

Nous reproduisons à l’horizontale, les caractéristiques des banlieues : cités-dortoirs, espaces sans âme, répétitivité, uniformité, banalité architecturale, absence d’espaces publics et de rencontre, etc.
Méfions nous qu’après la crise des banlieues, nous ne devions faire face à la crise du pavillon.
Chacun le sait mais qui ose dire que le mitage, la marée pavillonnaire détruisent le paysage, l’identité des lieux et le sentiment d’appartenance? Ces lotissements sont d’autant plus inquiétants qu’ils sont, une fois construits, irréversibles et catastrophiques en matière de développement durable. Ils consomment de l’énergie, des espaces agricoles, des routes, du temps, les deniers publics, et surtout ils exposent leurs propriétaires à une fragilité financière. Que l’essence, le gaz, l’électricité ou les impôts augmentent et c’est tout un équilibre budgétaire qui est mis à mal. Les travaux de Francis Beaucire, chercheur et géographe, en la matière sont édifiants. Sont édifiantes aussi les réactions de repli dans un entre soi protecteur qui sapent le vivre ensemble et aboutissent parfois à la peur et au rejet de l’autre. Les français seraient, paraît-il, désireux de maisons individuelles. Mais quelle alternative leur est offerte alors que les pouvoirs publics les favorisent, la maison à 100 000 euros en étant le dernier avatar ?

Ne nous leurrons pas et ayons l’honnêteté de reconnaître que cet exil urbain répond aussi à une offre de terrain pas ou peu chère. C’est pourquoi, à côté de la conception d’un habitat plus urbain (maisons de ville, individuel superposé, immeuble de ville, petits collectifs…), offrant une intimité, un jardin ou une terrasse et une personnalisation du logement, il nous faut réfléchir à la mise en œuvre d’une régulation foncière et de véritables projets urbains et de société. Il appartient à l’Etat, aux maires, et aux maîtres d’ouvrage d’impulser, de réguler et de promouvoir des réalisations de qualités et accessibles au plus grand nombre, et aux architectes, à leurs côtés, de penser et composer la ville, les villages et l’espace urbain.

N’oublions pas que la densité est la marque de la civilisation urbaine qui est la nôtre depuis des siècles : adaptons-la donc à nos villes pour demain, avec le même souci qui a fait qu’elles sont aujourd’hui enviées, admirées et visitées par tous.

Arrêtons la régression urbaine !
Offrons un habitat soucieux du contexte, de l’histoire et de l’identité des lieux (social, culturel, patrimonial et urbain) ;
Offrons de véritables projets urbains ambitieux et des quartiers qui favorisent le "vivre ensemble" ;
Offrons des espaces publics et un cadre de vie de qualité dans lesquels, il fait bon vivre !
Offrons un projet de société où la culture trouve sa place et l’architecture constitue le patrimoine de demain."

18 août 2006
Cristina Conrad

Hember
August 24th, 2006, 11:46 AM
Salut et bonne lecture :


Cristina Conrad, Présidente de l'Ordre des architectes d'Île-de-France, a récemment publiée cette tribune reproduite ci-après in extenso.

Bonjour nanar et merci pour ce post,

Je rejoins tout à fait l'analyse de Christine Conrad sur le caractère sans âme des grandes banlieues pavillonaires (celui qui ne s'est jamais baladé dans Montigny-le-Bretonneux, voire la banlieue chartraine, par temps pluvieux ne peut pas pas comprendre...) et sur la tendance de densité du milieu urbain.
Mais là où je ne suis plus du tout d'accord avec elle, c'est quand elle récupère la "crise" des banlieues (qui, soit dit en passant, n'a absolument rien eu à voir avec une crise au sens strict du terme... Mais ce n'est pas le débat) pour l'appliquer aux banlieues pavilonnaires. Il y a, à mon sens, une grave erreur à vouloir tout mélanger et tout confondre en calquant un phénomène TRES grave - signe avant coureur d'un danger mortel pour notre pays - sur un objet d'architecture générale.
Bien évidemment, l'architecte modèle la vie quotidienne de celui qui habitera le lieux de ses travaux, mais il faut être prudent quand on essaye de généraliser.

gálibo
August 24th, 2006, 12:23 PM
Je comprend tout l'ecrit sur les banlieus et ses problemes en la France (et en autres pays egalement), cependant peu de pays offrent une image aussi compact que la France; parlant en termes urbanes et territoriels. Avec votre permission,peut-être soie 'exagéré titre "La France défigurée".Ils sont problemes avec solution.

C'est ma opinion de le exterieur ,

Merci

m@rco
August 24th, 2006, 02:47 PM
Mais là où je ne suis plus du tout d'accord avec elle, c'est quand elle récupère la "crise" des banlieues pour l'appliquer aux banlieues pavilonnaires. Il y a, à mon sens, une grave erreur à vouloir tout mélanger et tout confondre en calquant un phénomène TRES grave - signe avant coureur d'un danger mortel pour notre pays - sur un objet d'architecture générale.
Bien évidemment, l'architecte modèle la vie quotidienne de celui qui habitera le lieux de ses travaux, mais il faut être prudent quand on essaye de généraliser.

Tout comme la "crise des banlieues" n'a pas touché toutes les banlieues, celles des pavillons ne touchera sans doute pas toutes les villes.
J'imagine que (par exemple) St Nom la Breteche sera epargnée alors que Magny les Hameaux (quartier du buisson) et ses "chalandonnettes" (la maison a 100 000 francs) a sans doute quelques soucis a ce faire...
Je pense qu'elle a voulu surtout denoncer le reve de la majorite des français (riches ou modestes), c'est a dire celui de la propriété en maison individuelle.
L'élément déclencheur de la crise ne sera sans doute pas le pavillon mais plutot ce qu'il induit, actuellement, dans son environnement (entretien, pb de transports, absence de services publics...).

Il suffit de voir les copropriétés fragilisées dans les villes nouvelles qui sont loin de ressembler architecturalement a des cités HLM et qui souffrent pourtant des memes maux. Simplement on a fait croire a des familles modestes qu'il était financierement plus interressant d'etre proprietaire (pres de la campagne !?) a 30km de Paris que locataire a 10km...

Cyril
August 28th, 2006, 07:44 AM
Rappelons que Christina Conrad est favorable à la construction de tours en zone dense centrale. Elle l'avait affirmé il y a quelques mois dans un article.

Grygry
August 28th, 2006, 02:49 PM
@Hember : je suis 100% d'accord avec toi.
Je me pose une question : n'a-t-on pas une législation qui fait tout pour encourager la "répétitivité, uniformité, banalité architecturale, absence d’espaces publics"? Que ce soit la façon dont sont gérés les espaces publics, les COS (concept qui ne prend pas en compte la surface batie au sol, non? ), les pentes de toit (55 degrés min, mais habillé avec de la tuile mécanique, ca rend pas...) je crois que les architectes ont leur mot à dire, mais aussi leur part de responabilité dans ces lois peu intelligentes dans certains cas.
Je crois qu'il faudrait qu'ils se fassent entendre un peu plus...
Y'a pas un lobbie architectural qui se prépare pour la présidentielle, là?

Poulpy
August 28th, 2006, 06:40 PM
C'est vrai qu'il y a beaucoup d'uniformité dans certaines zones pavillonnaires de grandes villes et villes moyennes, mais de là à nous sortir une crise des banlieues... La vie dans une maison Phénix de 110m² avec jardin de 300m² à Cergy est quand même plus agréable que dans une tour-bloc des années 50 en plein Sarcelles... Enfin c'est mon avis... Je pense que le problème dans certaines villes, c'est la sur-bétonnisation : la moindre parcelle (champ, entrepôt désafecté...) est souvent utilisée pour la création d'un ensemble pavillonnaire (maison de 100m² avec petit jardin), au détriment des espaces verts : d'où un sentiment d'étouffement et de monotonie : on quitte une zone pavillonaire monotone des 70's pour entre dans une zone récente, etc...

Alvar Lavague
August 29th, 2006, 09:49 AM
Je ne pense pas que le pavillon, en tant que tel, soit le coeur du probleme. Il est vrai que certaines banlieues residentielles sont monotones et manquent d'équipements et de services, mais il existe des banlieues constituées d'ímmeubles sans services ni équipements proches, pas seulement des "cités" et pas seulement en France. Le problème est que certaines communes de banlieues crééent des lotissements sans réelles reflexions sur l'architecture, l'environnement, les services... Les rues sont, par exemple, tracées par des géomètres avec pour seul but de limiter la longueur de voiries nouvelles et donc les couts.
J'ai aussi l'impression d'un débat Ville vs Banlieues, comme si tous les habitants de la Grande Couronne y habitaient parce qu'íls n'ont pas d'autres choix (parcequ'il sont trop pauvres pour habiter en centre ville). C'est un peu l'image de la ville vs la campagne que l'on avait au XIXe siecle, la ville representait alors la civilisation.

Grygry
August 29th, 2006, 05:56 PM
C'est vrai qu'il y a beaucoup d'uniformité dans certaines zones pavillonnaires de grandes villes et villes moyennes, mais de là à nous sortir une crise des banlieues... La vie dans une maison Phénix de 110m² avec jardin de 300m² à Cergy est quand même plus agréable que dans une tour-bloc des années 50 en plein Sarcelles... Enfin c'est mon avis... Je pense que le problème dans certaines villes, c'est la sur-bétonnisation : la moindre parcelle (champ, entrepôt désafecté...) est souvent utilisée pour la création d'un ensemble pavillonnaire (maison de 100m² avec petit jardin), au détriment des espaces verts : d'où un sentiment d'étouffement et de monotonie : on quitte une zone pavillonaire monotone des 70's pour entre dans une zone récente, etc...
C'est vrai!
J'ai habité Saint Maur dans le 94, 81000 habs sur 6km2, très résidentiel... Y'a 1 terrain pour jouer au foot dans toute la ville, c'est pire qu'un champs de patates (sic, au premier degré). Et à part un square et les bords de marne, un petit stade TOUT est privé ou construit! Pas moyen de faire du sport le soir sans être dans un club hors de prix - sauf pour le jogging.... nul.

Sinon j'avais mal compris Cristina Conrad. Elle ne s'en prend pas au pavillion en tant que bâtiment, mais plutot aux lotissements qui deviennent des villes dortoirs. (Le Plessis Trévise= 10000 pavilions)
Moi je crois que le plus important est la mixité sociale et l'existence de centres urbains suffisemment denses. Donc cette bataille contre les pavillions me semble un peu incomplète et vaine si elle se borne à des considérations architecturales. J'ai l'impression que Cristina Conrad va plus loin, mias pas tellement dans cet article.