View Full Version : INDIA


Redalinho
January 22nd, 2007, 02:53 PM
LE NOUVEAU VISAGE DE L'INDE

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Un continent avance aujourd’hui un peu plus vite que les autres. Et au sein de ce continent, quelques pays méritent un peu plus d’attention. Le premier est incontestablement l’Inde, qui franchit il y a un an le milliard de citoyens. Encore récemment, certains s’inquiétaient de son avenir pour de multiples raisons. D’abord la pauvreté, extrême, tentaculaire, imagée par La cité de la joie de Dominique Lapierre. Les clichés ont la vie longue. D’autres voyaient en l’hindouisme un ciment immuable qui allait retenir l’Inde dans des sphères sociales moyenâgeuses. Et surtout, comment nourrir un milliard d’individus, leur apporter l’eau, l’électricité, les soins… Et bien l’Inde est peut-être en train de réussir le pari insensé de son avenir.


L’Inde est en train de réussir le pari de son avenir. On la disait inventive, informatique, cinéma, littérature, elle s’avère surdouée. En dix ans, elle a franchi des étapes qui demandèrent un demi-siècle d’efforts ininterrompus aux pays d’Europe, à l’époque de la révolution industrielle. Et même si les adorateurs du pays des Maharadjahs seront encore comblés par la beauté de ses contrées, il leur faudra maintenant composer avec l’explosion des cafés Internet, une infrastructure routière parfaite et une jeunesse troquant les saris pour les jeans made in USA. L’Inde rencontrée par les premiers routards, si typique, si pauvre, est transfigurée. Et c’est une très bonne chose.


Delhi, un matin d’hiver. Le réveil se fait très doux sous la brume fraîche. Dans le quartier de Shahjahanabad, capitale musulmane jusqu’à l’arrivée des Britanniques et portant aujourd’hui le nom de Vieux Delhi, trônent les vestiges d’une époque glorieuse, nettement révolue. En ce jour de procession, des hommes vêtus de blanc, des femmes voilées de noir et les nombreux enfants parés de leurs beaux habits se dirigent vers la plus grande mosquée du sous-continent, la Jama Masjid. En son sein, deux gigantesques portes de marbre blanc incrustées d’écrits coraniques s’ouvrent sur des couloirs couverts de tapis de velours rouge. Ici viennent s’agenouiller les visiteurs pour la première des cinq prières quotidiennes. C’est dans une sobriété pure, un calme réfléchi, que se déroule le culte musulman.


À l’extérieur, au pied des larges escaliers, de jeunes familles hindoues et musulmanes, issues des campagnes. Chérissant le rêve d’une vie florissante, elles sont arrivées à Delhi depuis une semaine, un an, qui sait. Une mère fait chauffer une casserole de dhal, plat de lentilles épicés, pendant que les enfants s’affairent à ranger la literie, à balayer la poussière de cette maisonnée au toit frêle, une modeste tente posée sur le trottoir.

Redalinho
January 22nd, 2007, 02:55 PM
OLD ET NEW DEHLI

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En face, les hommes rickshaws, ces conducteurs de vélos taxis, tiennent une réunion afin de discuter boulot. La semaine dernière, le gouvernement a fait grimper la taxe mensuelle de 100 à 800 roupies. Le fruit de leur labeur se voyant à ce point restreint, les travailleurs déclarent aujourd’hui grève illimitée. Débrayage qui s’avérera malheureusement écourté, la faim ne pouvant justifier les moyens. À quelques rues de ce brouhaha, les rickshaws se font moins nombreux, remplacés par des tuk-tuk, ces mini taxis à trois roues, bruyants, rapides, nerveux. Ici on roule à gauche, officiellement, mais aussi à droite, au milieu, de tous côtés. Et le chef d’orchestre est mort. Concert de klaxons suraigus, en pointillé ou en continu. Musiques, chants, bavardages, meuglements, aboiements… Les oreilles sont au septième ciel, ou en enfer, selon. Les ruelles d’Old Dehli composent une des multiples visions cacophoniques et anarchiques de l’Inde. Pour le plus grand bonheur du voyageur en quête de dépaysement. Par chance, pour cinq minutes de pause, on y sert l’un des meilleurs thés du monde, masala, divinement rehaussé d’un soupçon de gingembre.


Un tout autre visage de Delhi se dévoile, celui de l’Inde moderne. Nous entrons dans le quartier qui fut, après la défaite musulmane, la capitale impériale britannique. Celle qui fait aujourd’hui la fierté de la nouvelle « shinning India », popularisée par les India Today, Times of India et autres icônes médiatiques nationales. Ici se déploie une vie prospère, celle des gens d’affaires et de la jeunesse issue de la classe moyenne grandissante, celle qui profite de toutes les nouvelles technologies disponibles. « Je dépense la majeure partie de mon argent dans l’essence de mon scooter, les sorties entre amis et les vacances en famille », avoue Prasad.


Si l’Inde moderne est bel et bien en marche, les contrastes du vieux et nouveau Delhi continuent de dévoiler une injustice sociale flagrante. Terreau immuable des castes, stagnation de la condition des femmes, autant de boulets qui contredisent cette idée que chaque Indien a dorénavant la chance d’améliorer son sort matériel. Sans équivoque, les facettes de l’Inde moderne sont bigarrées, complexes et contradictoires. L’Inde ne se résume pas, elle se démultiplie.

Redalinho
January 22nd, 2007, 03:01 PM
LE NOUVEAU VISAGE DE L'INDE

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Dans un des nombreux cafés climatisés de Jaipur, à l’image de tous les Starbucks du monde, de jeunes gens, saris pour les filles, jeans pour les garçons, sirotent un thé masala. Quelques heures avant l’ouverture des portes du cinéma projetant la dernière production bollywodienne, ces étudiants discutent du nouveau visage de l’Inde. « Le pouvoir politique demeure figé dans une conception traditionnelle de la société, dans le respect de la vision des aînés », lance l’une des jeunes filles.


Vivant dans un pays libéré des grandes famines et de la bataille pour la démocratie, les jeunes Indiens prennent désormais conscience de la fulgurante force économique de leur nation. Ils se disent aussi lassés de l’indétrônable dynastie des Gandhi, qu’ils jugent appartenir à une autre époque. Sangita, une jeune étudiante en marketing, affirme que, « Même les jeunes figures politiques sont soit issues de la lignée des Gandhi ou des hautes castes de l’Inde du nord. Nous attendons tous une réforme politique sérieuse » et sa voisine de répondre, « Les jeunes se sont déplacés en grand nombre aux dernières élections, nos opinions commencent tout de même à être prises en considération. » Cette jeunesse, la plus populeuse du monde, semble enfin se dégourdir, donnant libre cours à l’expression d’une culture indienne moderne et typée.

Redalinho
January 22nd, 2007, 03:03 PM
LE BAZAR D'ALI BABA

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Le tableau indien, est épicé et sucré, jeune et séculaire, changeant et immuable. Pays de contraste, l’Inde l’a toujours été, et cet art de l’alternance atteint aujourd’hui son paroxysme. Sur Connaught Place, à New Delhi, on s’habille à l’occidentale, on mange des Hamburgers. À Jaipur, la tradition se perpétue. Échantillons de tissus, arc-en-ciel de couleurs, farandole de palabres. Depuis des millénaires, les hommes en Inde pratiquent la vente tandis que les femmes excellent dans l’art de l’achat. S’en suivent de véritables scènes de ménage, un vaudeville dans la caverne d’Ali Baba. Soie, cachemire et satin sont déroulés inlassablement telles des traînes de mariées et repliés à angle droit comme seul un militaire sait faire sont lit. Qu’on vende ou non, qu’on achète ou pas, les journées défilent rapidement comme rythmées par un sablier au goulot trop élargi. Chaque soir, le marchand se félicitera d’une caisse bien remplie tandis que la femme habillera son corps ou son logis d’une nouvelle couleur, pour le bonheur du mari pourtant un peu moins riche qu’au matin

Redalinho
January 22nd, 2007, 03:04 PM
LES COULEURS DU RAJASTHAN

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Aux portes du Rajasthan, une vision s’impose à tout voyageur, l’un des plus beaux édifices de l’Inde et certainement du monde. Le Taj Mahal, monument de marbre blanc incrusté de milliers de pierres semi-précieuses, frise l’immaculation et atteint la perfection symétrique. Vestige de l’époque Moghol, le tombeau fut édifié en 1 653 par l’empereur Shah Jahan. 20 000 ouvriers et vingt ans de travaux forcés furent nécessaires à sa finalisation. Ici se côtoient nombre d’Indiens, hindouistes et musulmans, de toutes générations et de tous milieux sociaux. Certains trouveront ici un moment de répit, d’autres s’émerveilleront devant les couleurs changeantes de la pierre dont les teintes alternent harmonieusement entre le rose, le bleu et l’orange du lever au coucher du soleil.


Brève incursion dans Jodhpur, cité rajpoute à l’histoire glorieuse, à l’atmosphère vivante. Dans les entrailles de la ville, le bleu des ruelles vous imprime la rétine de ses nuances où le pastel vire au primaire, à contresens, pour le plus bel effet. Ici bas, on respire l’encens des centaines de templions, les parfums sucrés des pâtisseries arabisantes, les effluves des marchés de fleurs, de fruits et d’épices.


Le matin, les femmes achèvent la lessive quotidienne, à même les toits des maisons bleues, la couleur traditionnelle des demeures brahmaniques. Alors, les dames sortent de leur nid et se retrouvent afin de commencer leurs emplettes dans les ruelles tortueuses de la vieille ville. Elles se baladent en petits clans, revêtues de tissus chatoyants, parées de bracelets étincelants, les mains et les pieds ornés de hennés signifiant la chance, la joie et l’abondance. Voguant d’une échoppe de saris à une autre, elles profitent de leurs escales pour converser entre elles. L’une de ces femmes, Pooja, ayant complété un doctorat en sociologie, s’est tout de même résignée à consacrer sa vie aux besoins du foyer. « Je n’ai jamais eu besoin de travailler, mon mari ingénieur assurant des revenus suffisants. »

Poursuivant la conversation, Pooja explique fièrement, que sa fille aînée, âgée de 24 ans, a choisi de mener une vie bien différente de la sienne. Résolument conscients du choix de la jeune génération de rejeter le mode de vie traditionnel, ses parents lui ont permis, ses études de journalisme complétées, de dénicher un petit boulot dans un quotidien local. Cela avant même d’avoir trouvé un mari. La jeune femme allie ainsi études, travail et sorties, une vie convoitée par la grande majorité des jeunes Indiennes. Refusant toujours de s’engager dans une relation amoureuse sérieuse en dehors du cadre marital, cette nouvelle génération de femmes souhaite vivre un célibat, le plus long possible, autant que le tolère leur environnement familial. D’où toute l’importance accordée aux études, à la recherche d’un travail et au groupe d’amis. Il en résulte l’usage expansif des nouvelles technologies, téléphone portable, télé satellite et Internet.


« Je suis plus privilégiée et libérée que mes parents et cela tient au fait qu’ils soient compréhensifs et ouverts », confie Aditi, une jeune étudiante de 20 ans rencontrée à Jodhpur. Le temps où la société indienne se résumait à la seule transmission de valeurs vers la jeune génération est révolu. Aujourd’hui, les parents travaillent de pair avec leurs enfants, étudient avec eux, afin de s’adapter à la réalité d’un nouveau tableau, plus dynamique, celui de l’Inde d’aujourd’hui.

Redalinho
January 22nd, 2007, 03:06 PM
EN ATTENDANT LA MOUSSON

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Un vaisseau fantôme a posé l’ancre dans une mer morte aux abords d’un palais déserté. Tel pourrait être la légende de cette image mais elle serait loin de la vérité. Ce palais blanc est le Lake Palace, ancienne demeure de Maharadja reconvertie en un des plus luxueux hôtels du monde. Et cette mer de sable n’est que le lit d’un lac qui attend la mousson nourricière pour renaître bleu et argenté. Sécheresse ponctuelle ou réchauffement de la planète, la mort du lac n’affecte pas les Indiens soumis depuis des siècles aux lois de la fatalité. Pour moi, c’est une autre histoire. Il y a dix ans, je découvrais Udaipur parée des eaux d’un lac majestueux et cette vision d’un désert, avant de rencontrer celui de Thar plus à l’Est, pourrait être l’un des multiples phénomènes démontrant qu’au Sud du quarantième parallèle nord, le désert est en marche pour le malheur de l’humanité.

Pas même un mirage ! Cette scène aurait pu être l’heureuse conclusion d’une longue marche dans un des déserts de ce monde. Durant des heures, sous un soleil agressif, nous en aurions rêvé. Maintenant, nous sommes déconcertés


Ceci n’est pas un désert, tout autour peut-être, mais pas ici. Retournez-vous et vous admirerez quelques splendeurs mogholes : le City Palace en tête. Levez-vous sur la pointe des pieds, regardez au loin, voici la ville d’Udaipur, 800 000 habitants, qui s’étale jusqu’aux contreforts des montagnes pelées. Alors l’angoisse vous saisit le ventre, la beauté du lieu aussi. Ce désert n’est que le lit ridé d’un lac sans vie. Un des affres écologiques montrant aux plus sceptiques, aux plus hypocrites surtout, que notre planète n’est plus correctement irriguée. Kilimandjaro, Sahel... et maintenant le Rajasthan. Le désert est en marche.


Oui, bien sûr, la mousson arrivera, oui ce lac peu profond redeviendra sa majesté argentée d’Udaipur. « Il ne pleut pas depuis de longues semaines. Il est normal de manquer d’eau » dit Suraj, peu inquiet. « Dans quelques semaines, tout rentrera dans l’ordre. De toute manière, il n’y a jamais vraiment eu de poissons ici. Quant aux deux crocodiles, ils ont dû descendre plus au sud », renchérit-il ? Le dharma indien rend parfois si fataliste, ou inconscient. Les politiques mettent bien en place des réformes écologiques, sans doute pas assez efficaces. Ils ont d’autres occupations, évidemment. La croissance principalement, nourrir plus d’un milliard de citoyens, aussi. On ne peut sans doute pas avancer sur tous les tableaux. La mousson sera donc là d’ici quelques semaines, rendant son vrai visage au pays des Rajpoutes.

Redalinho
January 22nd, 2007, 03:07 PM
LE PAYS DES RAJPOUTES

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Le Rajasthan fut contrôlé durant des millénaires par des guerriers organisés en clan dont le code d’honneur était proche de celui des chevaliers du Moyen Âge. Même si les alliances temporaires et les mariages arrangés composaient la vie quotidienne, le caractère des Rajpoutes était surtout marqué par l’orgueil et l’indépendance. C’est pourquoi, au XVIe siècle, les Rajpoutes furent incapables d’organiser un front uni contre l’agresseur moghol. Ces guerriers, vêtus de costumes safran, partaient en guerre en grande infériorité face à l’ennemi et quand la défaite était certaine, fidèles à leur code chevaleresque, ils déclaraient le jauhar, le suicide collectif. Alors que les hommes mourraient sur le champ de bataille, femmes et enfants s’immolaient sur de gigantesques bûchers funéraires.

Ce code d’honneur Rajpoute est un héritage dont jouit toujours le Rajasthan. Les jeunes diplômés rêvent peut-être de partir vivre à Londres ou Sydney, mais pour ensuite revenir chez eux, et aider le pays à grandir. Le cinéma, la musique sont estampillés made in India. Hollywood et Virgin n’ont pas trouvé une terre d’accueil lucrative sur le sous-continent. L’Anglais est appris, mais pas au détriment de l’hindi, première langue parlée dans le pays. Quant au charisme indien, il est un atout de plus pour ce peuple, droit et beau, pour positionner son pays comme une des premières puissances mondiales en devenir.

Redalinho
January 22nd, 2007, 03:08 PM
UN PACTE AVEC LA TERRE

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Sous une fine pluie lavant l’horizon de sa brume matinale, la vue se dégage sur Fatehpur Sikri, petit village situé aux abords de la campagne. Ce paysage aux allures écossaises laisse croire que la mousson ne s’est jamais terminée, que le désert à venir n’est que pure invention. Puis, le vent s’est levé sur la route reliant Fatehpur au désert de Thar. Le défilé du paysage devient uniforme, linéaire. La terre sablonneuse s’étale à perte de vue. Au cœur du Rajasthan, dans cette contrée au climat aride, la vie paysanne n’a pourtant jamais disparu. Leur voile, protégeant de la poussière du désert, les femmes trimballent sur leurs têtes des amas de bois. Le pas des hommes traînant leurs bêtes de somme, ânes, dromadaires ou vaches, se fait lent, las.


Sur la route, un homme posé contre la carriole de son dromadaire nous fait un récit insolite. Il compte se rendre aujourd’hui à Jaisalmer vendre un peu du lait de ses vaches et quelques fruits rescapés d’une mousson qui se fait attendre un peu plus chaque année. Parfois, il s’offre des vacances, un trajet de mobylette vers Pushkar, afin de visiter la foire aux dromadaires. Il a pu s’acheter, en vingt ans, cinq de ces bêtes. Un véritable trésor pour ces cultivateurs du désert. Cet homme d’une cinquantaine d’années, son visage marqué par le soleil, raconte avec une certaine nostalgie ses années passées à cultiver sa terre, entouré de nombreux autres agriculteurs. « Je n’ai pas à me plaindre de ma situation. Ma famille s’est installée ici il y a de ça des générations. Ma terre est un véritable havre de paix. Mais je constate que beaucoup de jeunes familles paysannes doivent maintenant s’exiler pour trouver un sol plus fertile. » Le portrait de Ôm, cet agriculteur bien nanti, ne saurait se comparer à celui des millions de paysans indiens vivant avec moins d’un dollar par jour.


L’agriculture, dont dépendent plus des trois-quarts du peuple indien, ne présente pas un tableau aussi florissant que celui des services et des technologies informatiques. La « révolution verte », développée dans les années soixante, aura mis une génération à éradiquer les grandes famines, puis une autre à se révéler caduque. À l’époque, ce projet, visant l’autosuffisance alimentaire, encouragea l’usage massif de pesticides, d’herbicides et d’engrais. L’Inde a bel et bien échappé aux famines qu’on lui avait prédites, mais à quel prix. La culture des céréales a été privilégiée au détriment de celle des fruits et légumes. Il en résulte un déficit en protéine dans l’alimentation de près du tiers de sa population. Depuis, on a déclaré que l’usage massif de produits chimiques était grandement dommageable. Mais l’Inde n’a toujours pas réussi à se défaire de cette pratique, épuisant ses sols et contaminant ses ressources en eau, déjà amoindries par une sécheresse persistante. Reste à savoir comment le pays pourra nourrir plus d’un milliard d’hommes. Chronique d’une crise écologique annoncée : de l’usage démesuré des pompes à eau, qui consomment 31 % de l’électricité du pays, à l’abus de produits chimiques, de la pollution et à la monoculture engendrée par la fameuse « révolution verte ».


MAIS LA TERRE NE VEUT RIEN SAVOIR


Au XVIIIe siècle, des centaines de paysans rajasthanis sacrifiaient leurs vies pour sauver les arbres saccagés par les autorités en vue de fournir du bois de chauffage. Aujourd’hui les rôles se sont inversés. Le gouvernement impose une législation freinant l’exploitation démesurée des arbres et du sol, à laquelle les paysans, faute de moyens, ne peuvent se conformer. Le gouvernement de Sonia Gandhi s’évertue à vouloir donner un visage humain à la croissance de son pays mais le défi est de taille. Comment développer une agriculture moderne avec un tel nombre de paysans et une quantité innombrable d’individus à nourrir. Les Indiens ont fait alliance avec la terre, mais la terre ne veut rien savoir.

Redalinho
January 22nd, 2007, 03:11 PM
LA DANSE COSMIQUE

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Un lotus émergé des eaux éternelles, vissé au centre de la terre par sa tige, symbolise la vie indienne, un mélange subtil de beauté et de force. Au centre de ce lotus, Brahma, source de toute forme de vie, dont l’histoire est racontée depuis plus de 3 000 ans dans le Veda, le sanscrit hindou. La société indienne, dans sa hiérarchie, découle directement du corps de Brahma. Les brahmanes sont nés de la bouche du dieu, telle la voix de toute la collectivité. Et ses pieds ont donné vie aux serviteurs. Tout en bas, les intouchables.


La plupart des religions adaptent leurs dogmes à la vie d’aujourd’hui. Sans doute pas l’hindouisme qui sans autorité centrale, figé dans ses fondations, impose des textes plus que séculaires. Rajiv n’a pas rencontré sa future femme. « Mes parents ont choisi Anjali. On dit qu’elle est jolie. Nous serons heureux. Je pense avoir eu de la chance. » Mais la chance existe-t-elle pour un Indien. Ici on se doit de mener une vie ponctuée de bonnes actions, de dévotion, dans l’espoir, son dharma accompli, de renaître dans une caste plus élevée. De la naissance à la mort, les rites et célébrations sont innombrables : ablutions quotidiennes, prières, puja ou offrandes de nourriture, d’encens et de fleurs, et tout cela sans compter les mela quotidiennes et autres festivals.


Dans les années quatre-vingt, les puranas, textes sacrés, ont été romancés et diffusés dans une série télé. Les épopées de Mahabharata et Ramayana ont fait un succès monstre, chaque épisode visionné par 80 millions d’Indiens. En ce début de siècle, la ferveur hindouiste ne décline certainement pas, même avec la venue d’une vague de divertissement fabriquée par Bollywood, les grands studios de cinéma de Bombay. Le tableau indien est épicé et sucré, jeune et séculaire, changeant et immuable. Pays de contraste, l’Inde l’a toujours été, et cet art de l’alternance atteint aujourd’hui son paroxysme. Sur Connaught Place, à New Delhi, la capitale, on s’habille à l’occidentale, on mange des hamburgers. Tandis qu’à Jaipur, la tradition se perpétue. Échantillons de tissus, arc-en-ciel de couleurs, farandole de palabres. Soie, cachemire et satin sont déroulés inlassablement telles des traînes de mariées ici plus joyeuses que nul part ailleurs.


Se raccrochant à une vision politique moderne, farouchement opposée à l’apartheid des castes, la jeunesse vit au quotidien un hindouisme aux fondements moraux irréprochables, dans l’esprit de celui prôné par le Mahatma Gandhi. La pratique religieuse marque de son sceau l’identité indienne. La nouvelle génération l’adopte même comme une expression à la mode. Sabyasachi, un jeune conducteur de tuk-tuk, a décoré sont tableau de bord de guirlandes et de dizaines d’images représentant Vishnu, Krishna, Ganesh… Quand on lui demande s’il visite à l’occasion des festivals religieux, il confirme et en rebond nous interpelle. « Et toi, quel est ton dieu préféré ? »
En Inde, sacré et profane se mêlent jusqu’à ne faire qu’un. L’histoire rejoint le mythe ; le mythe prend valeur universelle. Les dieux ne sont pas seulement dans les temples mais aussi dans la rue ; ils sont aussi dans le cœur des hommes, des cœurs qui vibrent d’une vie intense. La danse cosmique de l’Inde, c’est l’expression symbolique d’une réalité où le dieu Shiva, sous sa forme de Nataraja (le Roi des danseurs) danse au cœur du cosmos et dans le cœur des hommes pour créer, maintenir et détruire la vie à l’infini.

Redalinho
January 22nd, 2007, 03:13 PM
LES PREMIERES IMAGES DU MONDE

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Je suis arrivé dans la ville sacrée des hindouistes par un laid matin de décembre. Les rues étaient voilées d’une épaisse brume laiteuse et froide qu’on aurait jurée écossaise. Je connaissais l’Inde des grandes chaleurs et des moussons, pas l’Inde emmitouflée dans plus de loques d’Intouchables que de soieries de Brahmanes. Je naviguais sur le Gange pour observer les irréductibles baigneurs, pratiquant leurs ablutions par tous les temps. Ils étaient là, savonnés et bedonnants, joyeux et bruyants. L’hiver, il faut se réchauffer. Alors, sur les ghats sacrés, on s’asperge, on se tape le ventre, on rit de bon cœur et on prie en chantant. Les hommes achètent des fleurs et les envoient se promener sur le fleuve pour s’attirer les bienfaits des dieux. Ils donnent deux roupies, six cacahuètes, aux mendiants installés le long de l’escalier du ghat principal. Ils jettent un œil discret sur le barbier qui rase la tête des hommes en deuil. Mais jamais ils ne regardent les bûchers.


LES CENDRES DU SANTAL OU LA PURIFICATION DU COBRA


Bénarès est la ville des crémations. Tout bon Hindouiste doit y être incinéré, quand la mort vient à frapper, et ses cendres dispersées dans le fleuve. Ainsi, il quittera à jamais le cycle des réincarnations. Mais le voyage est long jusqu’à Bénarès. Et le bois de santal, arbre sacré qui dissimule les odeurs de chair brûlée, est très cher. On dit même que le marchand du coin est l’homme le plus riche de la ville. Et c’est un Intouchable. Ainsi, on brûle trois-cents corps par jour sur les ghats. Mais pas tous les corps. Beaucoup s’étonnent de voir flotter sur le Gange des cadavres enrubannés dans leur linceul. J’apprends qu’il s’agit de femmes enceintes, de bébés ou encore de paysans mordus par un cobra. Par ces morts violentes et prématurées, ils ont été purifiés. La crémation est alors devenue inutile.


Le soleil monte vers son zénith et évapore la purée de pois. Je profite de cette éclaircie pour m’enfoncer dans la vieille ville. Un labyrinthe étroit, suintant, noir de suie et tellement inextricable que sans fil d’Ariane, un voyageur peu doué de sens de l’orientation peut y passer une journée entière sans réellement parvenir à s’en extirper. Dasha-shvamedh, la principale artère de Bénarès, sépare la ville sainte en deux parties égales. Elle est obstruée à longueur de journée par une foule de marchands ambulants, de rickshaws et de carrioles en tout genre. Son incroyable débit alimente des centaines de petites ruelles sombres qui dépassent rarement un mètre cinquante de large. Ici, s’alignent des échoppes, toutes accolées les unes aux autres. Chaque étal présente un généreux bric-à-brac. On y remarque des demi savonnettes, de microscopiques postes de radio, des montres calculatrices, des parfums, des bijoux et mille autres miniatures.


À la nuit tombante, une petite foule commence à se rassembler sur les bords du Gange. Un homme est mort et son corps, soigneusement enrubanné de tissu, est emporté sur un bûcher. Au moment où l’on allume le feu incinérateur, les femmes éclatent en sanglots. Quelques pleureuses professionnelles ont été engagées pour l’occasion. Tout le monde a les yeux braqués sur le cadavre qui se consume dans une fumée grasse. Personne ne se doute qu’il ne sera pas le seul à être livré au Gange ce soir-là. Un peu en contrebas, deux bateleurs emportent un second corps, celui d’un intouchable. Pour lui, pas de feu purificateur. Pas de famille. La dépouille du pauvre homme sera jetée dans le fleuve, sans autre forme de cérémonie. Il était un « enfant de dieu ».


À la fin du XIXe siècle, à l’heure de la vapeur et de l’électricité, le progrès transforme les modes de vie et les paysages. Des photographes de l’époque ont voulu fixer ce monde
dans une série de vues avant que leur présent ne disparaisse à jamais. En 1900, à l’Exposition universelle de Paris, le Zurichois Orell Füssli présente une technique révolutionnaire qui lui valut le premier prix : celle des photochromes, les premières images en couleurs des lieux du monde les plus visités. Un procédé de photographie en couleurs, unique pour l’époque à mi-chemin entre lithographie et photographie.

Redalinho
January 22nd, 2007, 03:14 PM
LES ENFANTS DE BRAHMA

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La plupart des religions adaptent leurs dogmes à la vie d’aujourd’hui. Sans doute pas l’hindouisme, sans autorité centrale, figé dans ses fondations, qui impose des textes plus que séculaires. Rajiv n’a pas rencontré sa future femme. « Mes parents ont choisi Anjali. On dit qu’elle est jolie. Nous serons heureux. Je pense avoir eu de la chance. »


Mais la chance existe-t-elle pour un Indien. Ici on se doit de mener une vie ponctuée de bonnes actions, de dévotion, dans l’espoir, son dharma accompli, de renaître dans une caste plus élevée. De la naissance à la mort, les rites et célébrations sont innombrables : ablutions quotidiennes, prières, puja ou offrandes de nourriture, d’encens et de fleurs, cela sans compter les mela et autres festivals.


Dans les années 80, les puranas, textes sacrés, ont été romancés et diffusés dans une série télé. Les épopées de Mahabharata et Ramayana ont fait un succès monstre, chaque épisode visionné par 80 millions d’Indiens. En ce début de siècle, la ferveur hindouiste ne décline certainement pas, même avec la venue d’une vague de divertissement fabriquée par Bollywood, les grands studios de cinéma de Bombay.


Se raccrochant à une vision politique moderne, farouchement opposée à l’apartheid des castes, la jeunesse vit au quotidien un hindouisme aux fondements moraux irréprochables, dans l’esprit de celui prôné par le Mahatma Gandhi.


La pratique religieuse marque de son sceau l’identité indienne. La nouvelle génération l’adopte même comme une expression à la mode. Sabyasachi, un jeune conducteur de tuk-tuk, a décoré sont tableau de bord de guirlandes et de dizaines d’images représentant Vishnu, Krishna, Ganesh… Quand on lui demande s’il visite à l’occasion des festivals religieux, il confirme et en rebond nous interpelle. « Et toi, quel est ton dieu préféré ? ».

Redalinho
January 22nd, 2007, 03:15 PM
GANDHI ET BOLLYWOOD

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Dans ce pays dont l’emblème est le tigre, un milliard d’hommes cohabitent. Ici on ne chôme pas, on s’organise. Dans les campagnes, les paysans circulent à dos de dromadaire, le téléphone portable à la main. Les restaurants des petits villages comptent un nombre démesuré d’employés. Ici tout le monde travaille ou presque : petits boulots, petits salaires. Les marchands offrent quotidiennement un chaï aux sadhus de passage puis quelques chapatis aux chiens avachis sur les trottoirs. Les voitures continuent de s’arrêter au beau milieu de l’autoroute pour laisser passer les carrioles de dromadaires et les vaches sacrées. En ville, les fast-food servent des mets traditionnels indiens face aux cafés Internet qui surgissent entre les échoppes de saris et d’épices. Dans la rue, les affiches des dernières projections bollywoodiennes côtoient celles des dieux Vishnu et Krishna. Chaque fois qu’ils sont célébrés, les festivals religieux continuent de réunir toutes les générations dans des atmosphères de fête. L’Inde si chère au Mahatma Gandhi trouve aujourd’hui écho chez la jeune génération, au même titre que l’Inde des nouvelles technologies et de la « culture pop ». La vie dans la capitale laisse présager une reconfiguration complète de la société indienne. Pourtant, en parcourant les campagnes rajasthanis, les bazars labyrinthiques de Jaipur ou les ruelles indigo de la cité rajpoute de Jodhpur, on s’aperçoit que le pays a toujours les deux pieds ancrés dans ses pratiques ancestrales. En cette terre où hier et aujourd’hui se nomment d’un même mot, « kal », la vie se déploie dans une totale effervescence. De ce mélange harmonieux de tradition et de modernité, se dégage un nouveau mode de vie. À l’inverse de toute l’Asie du Sud, l’Inde n’aspire pas à ressembler à l’Occident. Elle mute en restant fidèle à elle-même, bûcheuse et croyante.

Redalinho
January 22nd, 2007, 03:18 PM
L'INDE PLUS PEUPLEE QUE LA CHINE DES 2050

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En 2050, l’Inde devrait compter 1,6 milliard d’habitants contre 1,4 milliard pour la Chine. Depuis l’indépendance en 1947, l’espérance de vie a doublé et la population croit de 15 millions de citoyens par an. Bien sûr, les femmes veulent moins d’enfants mais il est certain qu’elles seront amenées à procréer jusqu’au moment où elles auront un fils. Une fille nécessitera une très forte dot lors du mariage et s’en ira à jamais vivre chez ses beaux-parents. Et le fils est le seul habilité à allumer le bûcher funéraire de ses parents. Le Kerala, tout au sud, est le premier Etat à avoir stabilisé sa population, tout comme le Tamil Nadu. Une bombe a retardement posée entre le Nord et le Sud. Les États du sud, très alphabétisés, se lasseront un jour de traîner derrière eux des millions de personnes sans éducation, difficiles à intégrer dans un système voué à combler les manques de main-d’œuvre des pays développés..

Hindustani
January 22nd, 2007, 03:31 PM
Not bad at all. Good Work.

kronik
January 22nd, 2007, 05:45 PM
Its beautiful.

Merci.

Jai
January 31st, 2007, 01:50 AM
Une collection fantastique! Merci

Naga_Solidus
January 31st, 2007, 02:11 AM
^^

Je suis avec Jai. Comme kronik, je pense que cet article est bel aussi.

Redalinho
April 2nd, 2007, 07:53 PM
LE LIVRE DE LA JUNGLE

http://www.passe-frontieres.com/livres_de_voyage/inde_rathambore_tigre/inde_rathambore_tigre.jpg

Purple Dreams
April 2nd, 2007, 11:49 PM
here's 2 personal pics:

http://i14.tinypic.com/4fusink.jpg
http://i12.tinypic.com/345ho2b.jpg

Purple Dreams
April 3rd, 2007, 12:00 AM
and Ghandi's mausoleum

http://i7.tinypic.com/4grjgqf.jpg

harsh1802
November 22nd, 2007, 03:52 PM
cool!