View Full Version : Assurer des gratte-ciel en France : pas possible ?


Cyril
February 10th, 2007, 08:42 PM
Suite à cet article qui n'est pas réjouissant, pensez-vous que le problème de l'assurance puisse venir à bout de projets comme Phare ou Générali ?

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Ces grands chantiers plein d'audace mais mal assurés
Par Par Eve SZEFTEL
sam 10 fév, 12h19

PARIS (AFP) - Les grands chantiers en France rencontrent des difficultés pour s'assurer depuis l'effondrement partiel en mai 2004 du terminal 2E de l'aéroport de Roissy qui a incité les assureurs à la prudence.

Le musée du quai Branly à Paris, dédié aux Arts premiers, a beau avoir été inauguré au mois de juin, il n'est toujours pas couvert par une assurance au titre de la responsabilité civile décennale.

Cette police doit être souscrite avant le début du chantier par le constructeur, qui est présumé responsable, pendant les dix années qui suivent la réception de l'ouvrage, des dommages pouvant compromettre sa solidité ou le rendre impropre à sa destination.

L'agence de Jean Nouvel, l'architecte du musée à qui l'on doit également l'Institut du Monde arabe et la Fondation Cartier, a essuyé un refus de la part d'Axa (Paris: FR0000120628 - actualité) , son assureur habituel.

Elle a donc dû saisir le Bureau central de tarification (BCT) dont la décision est attendue "dans les jours qui viennent", a indiqué son président, le professeur de droit Laurent Leveneur.

L'organisme public fixera le montant de la cotisation qu'Axa sera tenu d'appliquer à l'architecte.

Le cas du musée du quai Branly n'est pas isolé. La plupart des grands projets, supérieurs à 50 millions d'euros, rencontrent la même difficulté.

La tour Generali (Milan: G.MI - actualité) , dans le quartier de La Défense, pourrait ne jamais devenir le plus haut gratte-ciel d'Europe : son coût, estimé entre 500 et 700 millions d'euros, donne déjà des sueurs froides aux assureurs.

Dans le cas du musée des Confluences, à Lyon, c'est le parti pris architectural qui inquiète. "Certaines options techniques qui ont été retenues nous incitent à la plus grande prudence", confie un assureur, qui est en train d'étudier le dossier.

"Les assureurs ont de vrais difficultés pour les grands chantiers, car ils doivent donner des garanties à hauteur de la valeur totale du bâtiment, et donc s'exposer fortement", explique Jacques de Peretti, directeur général d'Axa Entreprises.

En effet, "ce système exige de trouver des réassureurs qui couvrent l'ensemble du dispositif. Or, depuis le sinistre de l'aérogare 2E de Roissy, les capacités de réassurance sur le marché de la construction se sont considérablement réduites".

La reconstruction de la toiture du terminal devrait coûter 150 millions d'euros aux assureurs.

Alors qu’il était inférieur à dix en 1993 et 1994, le nombre de décisions rendues par le BCT en matière d’assurance construction a grimpé en flèche en 2004 pour atteindre 489 en 2005, selon un rapport de l'Inspection générale des Finances et du Conseil général des Ponts et Chaussées publié en octobre.

L'horizon pourrait toutefois se dégager pour les grands chantiers. Le sénateur (UDF) du Rhône, Michel Mercier, a fait adopter en décembre un amendement autorisant les assureurs à plafonner leur garantie. Un décret précisera les modalités de fixation de ce plafond.

Cette solution pourrait toutefois créer un nouveau problème. En cas de sinistre, l’assureur indemnisera la victime jusqu’au plafond, mais au-delà, ce sera au constructeur de prendre en charge les indemnités.

"Entre aucune obligation d'assurance, comme c'est le cas pour les ouvrages de génie civil, et une obligation pour la totalité, qui peut conduire à ne jamais faire les travaux, c'est un juste milieu", juge pourtant Laurent Leveneur.

Source : Yahoo avec AFP (http://fr.biz.yahoo.com/10022007/202/ces-grands-chantiers-plein-d-audace-mais-mal-assures.html)

Grygry
February 12th, 2007, 11:19 PM
Pas facile de répondre à cette question à priori.
Je me souviens de deux choses de mon cours d'économie
-la théorique classique (=fonctions d'utilités concaves pour les intimes) dit qu'il existe toujours un tarif d'assurance qui fait gagner l'assureur et l'assuré.
Donc l'assurance devrait favoriser la construction de supersutructures.
-le risque est peu supportable (uniquement) à cause de la valeur élevée du bien en cas de pépin. La fréquence des pépins fera monter les prix de l'assurance, mais ne découragera pas l'assureur. On peut donc faire assurer l'immeuble par parts par différentes compagnies.

En un mot il faut que les assureurs apprennent à assurer le bâtiment et ils proposeront des contrats qui marcheront.

Minato ku
February 12th, 2007, 11:43 PM
Generalli s'assurera lui meme son immeuble.
Ce qui m'etonne dans le cas d'AXA c'est que sa position (2e mondiale) doit forcement l'amener a assurer des gratte ciels et projet plus couteux que la tour Generalli ou que le musee Branly.
Au pire il feront confiance a Lloyds qui assure n'importe quoi (temps que l'on peut payer) et c'est comme ca que l'on perd des part de marche dans son propre pays, face au numero 1 mondiale.

Metropolitan
February 14th, 2007, 02:05 AM
La Lloyd's n'est pas une société d'assurance, mais un marché de réassurance. En gros, la Lloyd's est "l'assureur des assureurs". En effet, au cas où les assurances doivent faire face à des évenements imprévus, elles peuvent ne pas avoir suffisament de fonds disponibles pour rembourser à la hauteur à laquelle elles se sont engagés. C'est dans ce cadre là qu'elles ont recours au marché de la réassurance.

Minato ku
February 14th, 2007, 04:49 PM
Bon de toute facon je n'y connais rien en assurance:). :)
Mais tout de meme AXA.

Tled
February 21st, 2007, 01:25 AM
Bonjour à vous,

Je me suis inscrit pour vous répondre un peu sur les sujets d'assurance construction puisque je travaille dans ce domaine.

Plusieurs petites erreurs dans vos commentaires :
Grygry: "La fréquence des pépins fera monter les prix de l'assurance, mais ne découragera pas l'assureur". Détrompe toi, les assureurs sont bel et bien découragés par les projets très innovants ! Une prime d'assurance ne coute qu'une petite fraction du coût d'un ouvrage. Mais si l'assureur évalue que le risque d'avoir un sinistre d'envergure est grande et donc des coûts élevés il ne peut être que découragé ...

Minato ku : Afin de diminuer son risque un assureur va systématiquement se réassurer et ainsi diluer le risque qu'il prend (ex: Swiss Re, Munich re, Hannover Re). En fait ce sont principalement les réassureurs qui supportent le risque (d'autre part les réassureurs se réassurent ou se co-assurent eux aussi). Mais quand les assureurs n'arrivent plus à se réassurer parceque les réassureurs (qui tiennent le gros bout du baton) évaluent que le risque est trop grand, tu as un problème ... ce qui est en train de se produire. Axa ne peut pas s'amuser à prendre un risque sur plusieurs centaines de millions d'euro, risque qu'il n'a pas le droit de prendre de toute façon s'il n'a pas les moyens financier pour le couvrir.

Entre paranthèse ces risques sont réels et vous pouvez facilement imaginer ce qu'un incendie en fin de chantier ou un problème d'infiltration ou d'isolation sur le vitrage d'une tour par exemple peut couter ...

sussucre
February 21st, 2007, 02:03 AM
merci Tled pour ces precieuses precisions !
et bienvenue sur le forum SSC ! :)

Grygry
February 24th, 2007, 08:21 PM
Une prime d'assurance ne coute qu'une petite fraction du coût d'un ouvrage. Mais si l'assureur évalue que le risque d'avoir un sinistre d'envergure est grande et donc des coûts élevés il ne peut être que découragé ...

Bonjour Tled, ben en fait je me suis mal exprimé.
Un assureur renoncera à proposer son assurance si
- il n'est pas capable de calculer le risque (cas d'une innovation, ou d'un risque politique comme le terrorisme..., où les probabilités ne sont pas vraiment connues)
- il n'est pas capable de couvrir le coût en cas de sinistre.
Si un risque est fréquent mais facile à évaluer et que les dédomagements ne posent pas un risque de faillite pour l'assureur, celui ci pourra proposer un contrat d'assurance, plus cher forcément, mais tout aussi vendable si le risque est bien connu. Si la valeur est très élevée, on peut aussi partager le contrat entre plusieurs assureurs.

Dans le cas du quai Branly, on a un bâtiment neuf dont la qualité de finitions est critiqué, et dont la valeur assurée est très importante (je pense que dans certains cas les collections elles même doivent être indemnisées), qui pourrait être innondé en partie et qui serait une cible symbolique pour des activistes. Je ne pense pas que les montants en jeu posent un risque de faillite pour l'assureur, mais je pense que celui-ci ne saurait faire une proposition dont il est sûr, car il est très dur d'évaluer précisement les risques réels.

Tled
February 26th, 2007, 10:24 PM
Salut Grygry,

Quelques digressions pour préciser un peu les règles du jeu. Je vais essayer de reprendre tes idées dans le même ordre :

1) L'assureur dans le cas d'un bâtiment est obligé de proposer un contrat ... il ne peut pas dire non car la loi rend la garantie décennale obligatoire (pour les bâtiments, pas les ouvrages de génie civil). Ce qu'il peut faire pour éviter de décrocher l'affaire empoisonnée c'est proposer un tarif prohibitif et ainsi décourager l'assuré de prendre l'assurance chez lui. Mais pour les grands ouvrages il n'y a pas grand monde sur la place et si l'assuré ne trouve personne pour lui proposer un contrat convenable il saisit le BCT qui va trancher et imposer la valeur de la prime à l'assureur qu'aura désigné l'assuré (donc un assureur qui a répondu a la demande de cotation de l'assuré). Tu comprendras qu'une autre méthode pour ne pas se retrouver avec un contrat dont tu ne veux pas est de faire trainer au maximum car tant que l'assureur n'a pas répondu ... l'assuré ne peut pas aller se pleindre de l'assureur ...

2) Quand tu dis "il n'est pas capable de calculer le risque" par exemple dans le cas d'une innovation cela revient simplement à dire que c'est risqué ! Si tu ne connais pas la "sinistralité" d'une technologie alors tu "aggraves" ton risque ... L'assureur (enfin ceux qui ont une approche technique) évalue systématiquement son risque technique. L'absence d'information est aggravante. Si par exemple tu ne sais pas vraiment sur quel sol tu vas te fonder, tu prends un risque. Les risques politiques ou le terrorisme ne sont pas couverts par les assurances obligatoires, c'est un autre domaine que je ne connais pas.

3) En fait comme je l'expliquais dans mon post précédent l'assureur est financièrement capable de couvrir le risque (la loi l'oblige à maintenir sa capacité à répondre de ses engagements en bloquant les primes pour une certaine durée). Il ne veut simplement pas prendre un risque qu'il considère trop grand. Dans le cas du sinistre fréquent dont tu parles (ex: dégât des eaux) il partage le coût sur le grand nombre de contrats, c'est le principe de la mutualité. Mais dans le cas d'un seul projet au coût élevé, ce qui est le cas ici, tu es coincé. Tu ne vas pas voir ton copain assureur en lui disant j'ai un projet sur lequel il se peut que j'aie pour 500 millions de dommages, ça te dirait de prendre le risque avec moi ? Tu ne dilues plus ton risque ...

4) Pour le quai Branly qui pose ici problème il s'agit bien de la responsabilité civile décennale, qui couvre le bâtiment et à la rigueur les équipements dits "dissociables" mais pas les oeuvres, ce sont d'autres assurances. L'inondation est en effet l'un des risques importants que regarde l'assureur. Tel que je le disais plus haut ce n'est pas un problème d'évaluation du risque (c'est mon métier) mais bien la difficulté à prendre ce risque financièrement qui le rebutte.

J'espère éclairer un peu, c'est un domaine assez tordu dans lequel il y a des évolutions légales fréquentes. Je voudrais souligner que ces assurances obligatoires sont une spécificité française. Raison pour laquelle Axa comme le disait précédemment Minato Ku n'a pas l'habitude d'assurer les gratte ciels, simplement parce qu'ailleur ils ne sont pas assurés (en décennale hein !).

Grygry
February 27th, 2007, 01:23 AM
Bien merci pour tes éclairages. La législation change pas mal de données du problème, on est loin de la théorie économique classique que j'ai bêtement appris où tout est simple et idéalisé.
Par contre je suis très surpris de voir que des assureurs ne peuvent pas former un consortium pour limiter leur risque. En aéronautique, chez les motoristes, (exemple que je connais) il n'y a plus un moteur qui ne se fasse pas en coopération, car c'est une façon d'investir tout en limitant le risque industriel... Les assureurs pourraient faire pareil. D'ailleurs le musée est-il obligé d'être assuré à 100% par un seul assureur? L WTC l'était à 30%, il doit y avoir moyen de faire des contrats partagés...

sussucre
February 28th, 2007, 03:02 AM
belle bataille chers amis, pleine d'informations ! :)