Good
March 17th, 2007, 04:29 PM
Dernière série d'articles de la Tribune, sur l'Est cette fois: idem, ça parle un peu de Montreuil, un peu de Marne-la-Vallée, et beaucoup de politique et d'institutionnel, donc je prends l'initiative de créer un fil sur le sujet...
série
Île-de-France : les grands pôles économiques de demain (5/5)
Est-ouest : l'impossible rééquilibrage
Les emplois d'un côté, les logements de l'autre. Synonyme d'engorgement des voies de transport et de répartition inéquitable des ressources fiscales, le développement bancal de la région parisienne est déploré depuis près de deux décennies. Mais, loin de se résorber, le fossé se creuse.
Le rééquilibrage est-ouest est resté un voeu pieux. C'est là l'avis des observateurs les plus indulgents, tandis que pour les plus sévères l'écart s'est creusé et se creuse encore... Et pourtant, le rééquilibrage faisait partie des grands objectifs du schéma directeur d'aménagement de l'Île-de-France (Sdrif) arrêté par l'État en 1994. Mais les vieux schémas ont la vie dure. Presque partout en Europe, les vents dominants ont poussé les activités polluantes et l'habitat populaire au nord-est, le sud-ouest étant réservé aux ménages aisés et au tertiaire. Désindustrialisation oblige, les cheminées tombent, mais le fossé demeure. En Île-de-France, les Hauts-de-Seine comptent aujourd'hui 1,2 emploi par actif résident, contre 0,85 dans le Val-de-Marne et 0,80 en Seine-et-Marne. Ce dernier département, le plus vaste de la région, représente à peine plus de 1 % du marché de l'immobilier de bureaux francilien. C'est pourtant celui dont la population (1,2 million d'habitants en 2005) a augmenté le plus rapidement dans les années 90. Manifestation tangible de ce développement bancal, le célèbre bouchon de l'autoroute A4-A86, qui change de sens soir et matin...
La répartition des ressources fiscales suit la carte des sièges sociaux et des emplois tertiaires à forte valeur ajoutée. Le classement régional des communes en termes de potentiel fiscal est explicite (*). En tête : Courbevoie (2.734 euros par an et par habitant), Neuilly (2.680), Boulogne-Billancourt (1.900) et Nanterre (1.597). Dans le dernier quart : Drancy (531), Champigny-sur-Marne (537), Montreuil (750) et Créteil (799). " Des dizaines de milliers d'actifs créent de la richesse à Paris et dans les Hauts-de-Seine et ont des besoins en équipements dans les communes pauvres du Val-de-Marne et de la Seine-et-Marne ", résume Patrice Berthet, directeur de l'Association des collectivités territoriales de l'Est parisien (Actep).
DES ELUS LOCAUX EXASPERES
Les déclarations de principe sur la nécessité de corriger ce déséquilibre ne se comptent plus. " Nous avons enregistré peu de progrès depuis le Sdrif de 1994, admet Jean-Pierre Dufay, directeur général de l'établissement public d'aménagement (EPA) de la ville nouvelle de Sénart (Seine-et-Marne), mais 2006 marque un tournant. Nous allons récolter cette année le fruit de plusieurs années d'efforts pour attirer des entreprises. Sénart crée de 1.500 à 2.000 emplois chaque année et l'arrivée du tramway [prévue en 2009] dopera les implantations d'entreprises. " Reste que 2006 a surtout été marquée par le départ de Nivea-Beiersdorf, un des plus gros contributeurs locaux... Les objectifs de l'EPA Sénart restent modestes. Ils visent à porter le ratio d'emploi par actif résident de 0,65 à... 0,80, afin de rattraper la moyenne départementale. L'an dernier, l'EPA a réalisé pour 50 millions d'euros de ventes de foncier. Anecdotique à l'aune des Hauts-de-Seine ou des Yvelines, le chiffre est considéré comme " excellent " par Jean-Pierre Dufay, trente ans après la création de la ville nouvelle de Sénart.
L'optimisme affiché du haut fonctionnaire, que partage Jean-Pierre Weiss, son homologue des deux EPA de Marne-la-Vallée (voir ci-contre), tranche avec l'exaspération croissante des élus locaux. Selon eux, le développement de l'Est parisien n'est plus qu'une incantation machinale. " La situation actuelle est scandaleuse, martèle Jean-Jacques Fournier, président du syndicat d'agglomération nouvelle de Sénart et maire (PS) de Moissy-Cramayel. L'État ne fait rien. À l'origine des villes nouvelles, il y avait une politique dirigiste d'implantation des entreprises visant à les rapprocher des logements. Aujourd'hui, la ligne officielle est de laisser faire le marché, sans jamais consentir le moindre effort pour améliorer l'attractivité de l'est. Nous n'avons ni zone franche ni réseau de transport digne de ce nom. Cette inertie conforte un système qui impose aux salariés des temps de transport démentiels. "
" Il n'y a aucun espoir de rééquilibrage spontané, confirme le consultant Pascal Pérez. Les villes de la petite couronne vont s'en sortir, mais seulement parce qu'elles intègrent la dynamique parisienne. Le reste du territoire appellerait un effort sérieux des pouvoirs publics. Or on ne voit rien venir. " " Disneyland Paris devait sauver tout Marne-la-Vallée. Ça n'a pas marché et il n'y avait pas de plan B ", commente un élu UMP. Le parc de loisirs et les entreprises associées forment pourtant une belle réussite. Ils constituent un des tout premiers pôles d'emplois privés d'Île-de-France (12.000 salariés et autant d'emplois indirects), et font vivre 20 % des actifs de la ville nouvelle. Le problème est qu'il faudrait un second projet de la même ampleur pour que Marne-la-Vallée compte autant d'emplois que d'actifs. Autant attendre l'intervention de la fée Clochette...
INDISPENSABLE IMPLICATION DE L'ETAT
Le cas Disney montre que l'investissement privé, aussi puissant soit-il, ne remplace pas l'aménagement concerté du territoire. C'est du moins la conclusion à laquelle semblent être arrivés Jean-Jacques Fournier et les élus de Sénart. Ils réclament une exonération de taxes sur dix ans pour les entreprises s'implantant en ville nouvelle. Ils envisagent aussi de forcer l'État à s'impliquer davantage en gelant les constructions de logements sur leur territoire si les emplois ne suivent pas. " On ne servira plus de dortoir, prévient Jean-Jacques Fournier. Nous avons passé une convention avec l'État selon laquelle la progression de l'habitat doit aller de pair avec celle des emplois sur la période 2007-2009. Si nous constatons un décrochage, nous suspendrons les programmes de logements sociaux. "
Maire (UDF) de Bussy-Saint-Georges, Hugues Rondeau attend lui aussi des mesures énergiques, " de l'ordre du déménagement à l'est d'un grand ministère entier, comme l'Équipement ". Plus modéré, Claude Pernès, maire (UDF) de Rosny-sous-Bois et président de l'Association des collectivités de l'Est parisien (Actep), considère comme " cruciale " l'implantation à Noisy-le-Grand du lycée international, officialisée par la région l'an dernier. Mais il déplore " un problème profond de gouvernance en Île-de-France. Lorsque l'Actep réclame un prolongement de la ligne 1 du métro au-delà de Vincennes, un sénateur des Hauts-de-Seine dépose une proposition de loi pour que la même ligne soit prolongée vers l'ouest. Nous ne jouons pas les uns contre les autres. Une entreprise ne délaissera pas La Défense pour Les Lilas, elle partira à Londres ! Mais les budgets ne sont pas extensibles et les priorités sont à l'est. Le conseil régional l'a compris, l'État pas encore. "
L'avenir du Val-de-Marne et de la Seine-et-Marne semble peu enthousiasmant. En dehors d'une frange proche du périphérique, les deux départements accueilleront certes des investissements, avec une prédilection pour la logistique en Seine-et-Marne et les services aux entreprises dans le Val-de-Marne, mais en quantité suffisante pour suivre le rythme de croissance de l'habitat. Désargentées, les communes souffriront de leur manque d'équipements publics, ce qui confortera leur vocation de cités dortoirs. Demande des ménages oblige, les zones pavillonnaires vont s'étendre davantage que le logement collectif, compliquant encore la réalisation d'un bon réseau de transport en commun. Et la régulation par la congestion des voies de transport se perpétuera. Jusqu'à quand ?
(*) Source Fitchratings France, 2004.
Le nouveau Paris
Bordé par la Seine, Paris Rive Gauche s'étend entre la gare d'Austerlitz et le boulevard Masséna, face à Bercy. Lancée en 1991, en pleine crise de l'immobilier, l'opération a d'abord été marquée par l'ouverture chaotique de la Bibliothèque nationale de France. Corrigée sous Jean Tiberi, le successeur de Jacques Chirac à la Mairie de Paris, puis réorientée par Bertrand Delanoë, elle est désormais assurée du succès. " Elle sera équilibrée sur la durée. Les investissements, comme la couverture des voies ferrées, sont désormais compensés par la vente des charges foncières ", précise Serge Blisko, le député-maire (PS) du XIIIe arrondissement de Paris qui préside la Semapa,la société d'aménagement.À terme, 700.000 m2 seront dédiés aux entreprises. Paris Rive Gauche abrite, d'ores et déjà, une mini-cité financière, avec la Caisse des dépôts, les Caisses d'Épargne, les Banques Populaires, etc. L'ouverture de l'université Paris VII-Diderot et de la future Cité de la mode et du design, dans les anciens magasins généraux au bord du fleuve, vont doper la fréquentation du quartier. Prévue pour s'achever en 2015, l'opération trouve son prolongement de l'autre côté du périphérique, côté Ivry.
ERWAN SEZNEC
Une situation intenable
La situation à Marne-la-Vallée est désastreuse. L'établissement public agit en promoteur et non en aménageur. Il ne cherche plus à développer la ville nouvelle, mais à dégager des bénéfices sur la revente de terrains acquis par des expropriations. Cette absence de vue à long terme scandalise les élus locaux (*). Nous sommes d'autant plus en colère que nous n'avons même pas le droit de sortir de l'établissement public pour travailler avec un aménageur privé. Bussy connaît une crise du logement, alors que nous avons 500 hectares urbanisables. Notre situation budgétaire est tendue, parce que l'État ne tient pas ses engagements et ne fait rien pour faciliter l'implantation des entreprises. Ma commune a subi le gel sans préavis d'un programme de bureaux annoncé par l'établissement public, dont nous avions tenu compte pour établir notre budget. Cette situation est intenable. Il faut que l'État s'implique ou qu'il nous laisse faire.
(*) Hugues Rondeau, Arnaud de Belenet, maire (UDF) de Bailly-Romainvilliers, et Michel Pajon, député-maire (PS) de Noisy-le-Grand, ont récemment tenu une conférence de presse commune.
Comment payer ?
Les communes en bordure du boulevard périphérique ont vocation à intégrer la dynamique de Paris et vont se sortir d'affaire, d'une manière qui leur est propre. Montreuil est déjà en train de concilier avec bonheur l'emploi tertiaire, le résidentiel et l'accueil de PME. Elle n'a pas besoin des grands sièges sociaux que cible La Défense. Les autres communes, en revanche, ne décolleront pas seules. Elles ont un besoin vital d'infrastructures de transport et d'équipements publics. Mais comment les payer sans l'État et sans taxe professionnelle ? Je suis pour la décentralisation, mais elle a ses limites. Il faut réfléchir à de vastes intercommunalités, avec une autre répartition de la taxe professionnelle. La conférence métropolitaine qui réunit Paris et les villes de la petite couronne est un premier pas... Reste à changer le regard de l'État et de la région. À leur niveau, la vocation première du Val-de-Marne et de la Seine-et-Marnedemeure le logement et encore le logement.
CLAUDE PERNÈS, PRÉSIDENT DE L'ASSOCIATION DES MAIRES D'ÎLE-DE-FRANCE
Des pétitions de principe
Le rééquilibrage entre l'est et l'ouest de la région Île-de-France est une perspective qui s'éloigne. Le ratio du nombre d'emploi par actif résident s'est dégradé ces dernières années. La Seine-et-Marne pèse seulement 1 % du marché de l'immobilier de bureaux francilien. L'État va rarement au-delà des pétitions de principe. Les 100 millions d'euros dédiés à la politique foncière en Île-de-France sur la période 2001-2006 n'ont pas été entièrement consommés. Emplois à l'ouest, logements à l'est : le coût en transport est faramineux, mais ce sont les salariés qui le payent, en inconfort et temps perdu. L'autoroute A4 n'a pas été doublée, le RER D ne s'améliore pas. Idem pour la répartition inéquitable de la taxe professionnelle. Les salariés en font les frais, leurs communes de résidence sont sous-équipées. Pour inverser la tendance, il faut une implication sérieuse des pouvoirs publics, et il faut que les décideurs économiques, qui habitent à l'ouest, sachent ce que leur personnel subit chaque jour.
PASCAL PÉREZ, DIRECTEUR DU CABINET DE CONSEIL FORMULES ÉCONOMIQUES LOCALES
Travailler l'attractivité
L'est n'a pas rattrapé son retard ces dernières années. Les volumes de transactions immobilières annuelles se mesurent en dizaines de milliers de m2 de bureaux, alors que l'unité de compte à l'ouest est la centaine de milliers de m2. Il faut travailler sur notre attractivité. La création du lycée international à Noisy-le-Grand va dans le bon sens, tout comme le développement régulier de l'université de Marne-la-Vallée. Côté équipements, nous devons améliorer le réseau de routes locales et l'offre de transport en commun. Beaucoup reste à faire. Nous pouvons compter sur la présence d'une gare TGV, et sur Disneyland Paris. 20 % des emplois sur notre territoire en dépendent directement. Or le groupe va mieux. L'État fait également un geste fort. Il va transférer bientôt l'essentiel des laboratoires techniques du ministère de l'Équipement à la cité Descartes de Marne-la-Vallée, ce qui représente environ 1.000 personnes, dont un grand nombre de chercheurs.
JEAN-PIERREWEISS, DIRECTEUR GÉNÉRAL D'EPAMARNE-EPAFRANCE
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Île-de-France : les grands pôles économiques de demain (5/5)
Est-ouest : l'impossible rééquilibrage
Les emplois d'un côté, les logements de l'autre. Synonyme d'engorgement des voies de transport et de répartition inéquitable des ressources fiscales, le développement bancal de la région parisienne est déploré depuis près de deux décennies. Mais, loin de se résorber, le fossé se creuse.
Le rééquilibrage est-ouest est resté un voeu pieux. C'est là l'avis des observateurs les plus indulgents, tandis que pour les plus sévères l'écart s'est creusé et se creuse encore... Et pourtant, le rééquilibrage faisait partie des grands objectifs du schéma directeur d'aménagement de l'Île-de-France (Sdrif) arrêté par l'État en 1994. Mais les vieux schémas ont la vie dure. Presque partout en Europe, les vents dominants ont poussé les activités polluantes et l'habitat populaire au nord-est, le sud-ouest étant réservé aux ménages aisés et au tertiaire. Désindustrialisation oblige, les cheminées tombent, mais le fossé demeure. En Île-de-France, les Hauts-de-Seine comptent aujourd'hui 1,2 emploi par actif résident, contre 0,85 dans le Val-de-Marne et 0,80 en Seine-et-Marne. Ce dernier département, le plus vaste de la région, représente à peine plus de 1 % du marché de l'immobilier de bureaux francilien. C'est pourtant celui dont la population (1,2 million d'habitants en 2005) a augmenté le plus rapidement dans les années 90. Manifestation tangible de ce développement bancal, le célèbre bouchon de l'autoroute A4-A86, qui change de sens soir et matin...
La répartition des ressources fiscales suit la carte des sièges sociaux et des emplois tertiaires à forte valeur ajoutée. Le classement régional des communes en termes de potentiel fiscal est explicite (*). En tête : Courbevoie (2.734 euros par an et par habitant), Neuilly (2.680), Boulogne-Billancourt (1.900) et Nanterre (1.597). Dans le dernier quart : Drancy (531), Champigny-sur-Marne (537), Montreuil (750) et Créteil (799). " Des dizaines de milliers d'actifs créent de la richesse à Paris et dans les Hauts-de-Seine et ont des besoins en équipements dans les communes pauvres du Val-de-Marne et de la Seine-et-Marne ", résume Patrice Berthet, directeur de l'Association des collectivités territoriales de l'Est parisien (Actep).
DES ELUS LOCAUX EXASPERES
Les déclarations de principe sur la nécessité de corriger ce déséquilibre ne se comptent plus. " Nous avons enregistré peu de progrès depuis le Sdrif de 1994, admet Jean-Pierre Dufay, directeur général de l'établissement public d'aménagement (EPA) de la ville nouvelle de Sénart (Seine-et-Marne), mais 2006 marque un tournant. Nous allons récolter cette année le fruit de plusieurs années d'efforts pour attirer des entreprises. Sénart crée de 1.500 à 2.000 emplois chaque année et l'arrivée du tramway [prévue en 2009] dopera les implantations d'entreprises. " Reste que 2006 a surtout été marquée par le départ de Nivea-Beiersdorf, un des plus gros contributeurs locaux... Les objectifs de l'EPA Sénart restent modestes. Ils visent à porter le ratio d'emploi par actif résident de 0,65 à... 0,80, afin de rattraper la moyenne départementale. L'an dernier, l'EPA a réalisé pour 50 millions d'euros de ventes de foncier. Anecdotique à l'aune des Hauts-de-Seine ou des Yvelines, le chiffre est considéré comme " excellent " par Jean-Pierre Dufay, trente ans après la création de la ville nouvelle de Sénart.
L'optimisme affiché du haut fonctionnaire, que partage Jean-Pierre Weiss, son homologue des deux EPA de Marne-la-Vallée (voir ci-contre), tranche avec l'exaspération croissante des élus locaux. Selon eux, le développement de l'Est parisien n'est plus qu'une incantation machinale. " La situation actuelle est scandaleuse, martèle Jean-Jacques Fournier, président du syndicat d'agglomération nouvelle de Sénart et maire (PS) de Moissy-Cramayel. L'État ne fait rien. À l'origine des villes nouvelles, il y avait une politique dirigiste d'implantation des entreprises visant à les rapprocher des logements. Aujourd'hui, la ligne officielle est de laisser faire le marché, sans jamais consentir le moindre effort pour améliorer l'attractivité de l'est. Nous n'avons ni zone franche ni réseau de transport digne de ce nom. Cette inertie conforte un système qui impose aux salariés des temps de transport démentiels. "
" Il n'y a aucun espoir de rééquilibrage spontané, confirme le consultant Pascal Pérez. Les villes de la petite couronne vont s'en sortir, mais seulement parce qu'elles intègrent la dynamique parisienne. Le reste du territoire appellerait un effort sérieux des pouvoirs publics. Or on ne voit rien venir. " " Disneyland Paris devait sauver tout Marne-la-Vallée. Ça n'a pas marché et il n'y avait pas de plan B ", commente un élu UMP. Le parc de loisirs et les entreprises associées forment pourtant une belle réussite. Ils constituent un des tout premiers pôles d'emplois privés d'Île-de-France (12.000 salariés et autant d'emplois indirects), et font vivre 20 % des actifs de la ville nouvelle. Le problème est qu'il faudrait un second projet de la même ampleur pour que Marne-la-Vallée compte autant d'emplois que d'actifs. Autant attendre l'intervention de la fée Clochette...
INDISPENSABLE IMPLICATION DE L'ETAT
Le cas Disney montre que l'investissement privé, aussi puissant soit-il, ne remplace pas l'aménagement concerté du territoire. C'est du moins la conclusion à laquelle semblent être arrivés Jean-Jacques Fournier et les élus de Sénart. Ils réclament une exonération de taxes sur dix ans pour les entreprises s'implantant en ville nouvelle. Ils envisagent aussi de forcer l'État à s'impliquer davantage en gelant les constructions de logements sur leur territoire si les emplois ne suivent pas. " On ne servira plus de dortoir, prévient Jean-Jacques Fournier. Nous avons passé une convention avec l'État selon laquelle la progression de l'habitat doit aller de pair avec celle des emplois sur la période 2007-2009. Si nous constatons un décrochage, nous suspendrons les programmes de logements sociaux. "
Maire (UDF) de Bussy-Saint-Georges, Hugues Rondeau attend lui aussi des mesures énergiques, " de l'ordre du déménagement à l'est d'un grand ministère entier, comme l'Équipement ". Plus modéré, Claude Pernès, maire (UDF) de Rosny-sous-Bois et président de l'Association des collectivités de l'Est parisien (Actep), considère comme " cruciale " l'implantation à Noisy-le-Grand du lycée international, officialisée par la région l'an dernier. Mais il déplore " un problème profond de gouvernance en Île-de-France. Lorsque l'Actep réclame un prolongement de la ligne 1 du métro au-delà de Vincennes, un sénateur des Hauts-de-Seine dépose une proposition de loi pour que la même ligne soit prolongée vers l'ouest. Nous ne jouons pas les uns contre les autres. Une entreprise ne délaissera pas La Défense pour Les Lilas, elle partira à Londres ! Mais les budgets ne sont pas extensibles et les priorités sont à l'est. Le conseil régional l'a compris, l'État pas encore. "
L'avenir du Val-de-Marne et de la Seine-et-Marne semble peu enthousiasmant. En dehors d'une frange proche du périphérique, les deux départements accueilleront certes des investissements, avec une prédilection pour la logistique en Seine-et-Marne et les services aux entreprises dans le Val-de-Marne, mais en quantité suffisante pour suivre le rythme de croissance de l'habitat. Désargentées, les communes souffriront de leur manque d'équipements publics, ce qui confortera leur vocation de cités dortoirs. Demande des ménages oblige, les zones pavillonnaires vont s'étendre davantage que le logement collectif, compliquant encore la réalisation d'un bon réseau de transport en commun. Et la régulation par la congestion des voies de transport se perpétuera. Jusqu'à quand ?
(*) Source Fitchratings France, 2004.
Le nouveau Paris
Bordé par la Seine, Paris Rive Gauche s'étend entre la gare d'Austerlitz et le boulevard Masséna, face à Bercy. Lancée en 1991, en pleine crise de l'immobilier, l'opération a d'abord été marquée par l'ouverture chaotique de la Bibliothèque nationale de France. Corrigée sous Jean Tiberi, le successeur de Jacques Chirac à la Mairie de Paris, puis réorientée par Bertrand Delanoë, elle est désormais assurée du succès. " Elle sera équilibrée sur la durée. Les investissements, comme la couverture des voies ferrées, sont désormais compensés par la vente des charges foncières ", précise Serge Blisko, le député-maire (PS) du XIIIe arrondissement de Paris qui préside la Semapa,la société d'aménagement.À terme, 700.000 m2 seront dédiés aux entreprises. Paris Rive Gauche abrite, d'ores et déjà, une mini-cité financière, avec la Caisse des dépôts, les Caisses d'Épargne, les Banques Populaires, etc. L'ouverture de l'université Paris VII-Diderot et de la future Cité de la mode et du design, dans les anciens magasins généraux au bord du fleuve, vont doper la fréquentation du quartier. Prévue pour s'achever en 2015, l'opération trouve son prolongement de l'autre côté du périphérique, côté Ivry.
ERWAN SEZNEC
Une situation intenable
La situation à Marne-la-Vallée est désastreuse. L'établissement public agit en promoteur et non en aménageur. Il ne cherche plus à développer la ville nouvelle, mais à dégager des bénéfices sur la revente de terrains acquis par des expropriations. Cette absence de vue à long terme scandalise les élus locaux (*). Nous sommes d'autant plus en colère que nous n'avons même pas le droit de sortir de l'établissement public pour travailler avec un aménageur privé. Bussy connaît une crise du logement, alors que nous avons 500 hectares urbanisables. Notre situation budgétaire est tendue, parce que l'État ne tient pas ses engagements et ne fait rien pour faciliter l'implantation des entreprises. Ma commune a subi le gel sans préavis d'un programme de bureaux annoncé par l'établissement public, dont nous avions tenu compte pour établir notre budget. Cette situation est intenable. Il faut que l'État s'implique ou qu'il nous laisse faire.
(*) Hugues Rondeau, Arnaud de Belenet, maire (UDF) de Bailly-Romainvilliers, et Michel Pajon, député-maire (PS) de Noisy-le-Grand, ont récemment tenu une conférence de presse commune.
Comment payer ?
Les communes en bordure du boulevard périphérique ont vocation à intégrer la dynamique de Paris et vont se sortir d'affaire, d'une manière qui leur est propre. Montreuil est déjà en train de concilier avec bonheur l'emploi tertiaire, le résidentiel et l'accueil de PME. Elle n'a pas besoin des grands sièges sociaux que cible La Défense. Les autres communes, en revanche, ne décolleront pas seules. Elles ont un besoin vital d'infrastructures de transport et d'équipements publics. Mais comment les payer sans l'État et sans taxe professionnelle ? Je suis pour la décentralisation, mais elle a ses limites. Il faut réfléchir à de vastes intercommunalités, avec une autre répartition de la taxe professionnelle. La conférence métropolitaine qui réunit Paris et les villes de la petite couronne est un premier pas... Reste à changer le regard de l'État et de la région. À leur niveau, la vocation première du Val-de-Marne et de la Seine-et-Marnedemeure le logement et encore le logement.
CLAUDE PERNÈS, PRÉSIDENT DE L'ASSOCIATION DES MAIRES D'ÎLE-DE-FRANCE
Des pétitions de principe
Le rééquilibrage entre l'est et l'ouest de la région Île-de-France est une perspective qui s'éloigne. Le ratio du nombre d'emploi par actif résident s'est dégradé ces dernières années. La Seine-et-Marne pèse seulement 1 % du marché de l'immobilier de bureaux francilien. L'État va rarement au-delà des pétitions de principe. Les 100 millions d'euros dédiés à la politique foncière en Île-de-France sur la période 2001-2006 n'ont pas été entièrement consommés. Emplois à l'ouest, logements à l'est : le coût en transport est faramineux, mais ce sont les salariés qui le payent, en inconfort et temps perdu. L'autoroute A4 n'a pas été doublée, le RER D ne s'améliore pas. Idem pour la répartition inéquitable de la taxe professionnelle. Les salariés en font les frais, leurs communes de résidence sont sous-équipées. Pour inverser la tendance, il faut une implication sérieuse des pouvoirs publics, et il faut que les décideurs économiques, qui habitent à l'ouest, sachent ce que leur personnel subit chaque jour.
PASCAL PÉREZ, DIRECTEUR DU CABINET DE CONSEIL FORMULES ÉCONOMIQUES LOCALES
Travailler l'attractivité
L'est n'a pas rattrapé son retard ces dernières années. Les volumes de transactions immobilières annuelles se mesurent en dizaines de milliers de m2 de bureaux, alors que l'unité de compte à l'ouest est la centaine de milliers de m2. Il faut travailler sur notre attractivité. La création du lycée international à Noisy-le-Grand va dans le bon sens, tout comme le développement régulier de l'université de Marne-la-Vallée. Côté équipements, nous devons améliorer le réseau de routes locales et l'offre de transport en commun. Beaucoup reste à faire. Nous pouvons compter sur la présence d'une gare TGV, et sur Disneyland Paris. 20 % des emplois sur notre territoire en dépendent directement. Or le groupe va mieux. L'État fait également un geste fort. Il va transférer bientôt l'essentiel des laboratoires techniques du ministère de l'Équipement à la cité Descartes de Marne-la-Vallée, ce qui représente environ 1.000 personnes, dont un grand nombre de chercheurs.
JEAN-PIERREWEISS, DIRECTEUR GÉNÉRAL D'EPAMARNE-EPAFRANCE