Tounsi
April 6th, 2009, 02:06 PM
http://faculty.maxwell.syr.edu/gaddis/HST210/Oct30/Neo-Punic%20Baal.jpg
Si on s’accorde à considérer que Carthage donna lieu à une civilisation importante et qui, quelles que soient les attaches qu’elle avait pu maintenir avec la cité phénicienne de Tyr, présentait une originalité indiscutable, on considère rarement ce que cela pourrait bien devoir à la religion carthaginoise.
Contrairement aux dédicaces retrouvées qui portent son nom, les représentations du dieu punique sont rares. Mais les détails confirmeraient sa dimension solaire, en particulier la forme de la mitre, à laquelle s'ajoute parfois, placé come une auréole au-dessus de sa tête, un disque solaire
http://farm5.static.flickr.com/4020/4592682387_83efd01a71_b.jpg
Pourtant, les Romains ne s’y étaient pas trompés : lorsqu’ils résolurent d’en finir avec la puissance de Carthage en Méditerranée, c’est en premier lieu aux temples qu’abritait la cité punique qu’ils eurent l’idée de s’en prendre. Et la suite des événements montra de leur part une cohérence dans l’action tout à fait convaincante, puisque la chute de Carthage en 146 av. J.-C. se prolongea à travers une politique de romanisation des divinités et des cultes.
Le fait que cette ancienne civilisation s’illustra par son fameux génie maritime et commercial ne doit pas nous laisser aller à cette attitude intellectuelle quelque peu paresseuse qui consiste à l’y enfermer. Méfions-nous de cette fausse générosité dont nous gratifient certains historiens : souvent, ils n’abondent dans leurs témoignages concernant la grandeur de la cité punique que pour mieux en occulter certains aspects essentiels, ou pour mieux s’autoriser à les traiter de façon dédaigneuse. Ceci s’applique assez, en l’occurrence, au cas de la religion pratiquée à Carthage pendant les longs siècles qui vont de la fondation de la ville au VIIIe - IXe siècle av. J.-C. à sa chute au milieu du IIe siècle av. J.-C.
Il faut dire que cette religion n’a pas eu seulement à souffrir de sa propre mort dans les incendies de la ville de Carthage puis dans le lent mais systématique travail de destruction ou de conversion forcée des temples à travers les provinces. Pour comble d’infortune, sa mémoire ne sera pas épargnée à travers les siècles, que ce soit avant ou après l’arrivée de l’ordre monothéiste. Et, parmi les divinités qui peuplent le panthéon carthaginois, il n’en est pas une qui ait eu à subir autant d’affronts que celle qui est sans doute la plus importante d’entre elles : Baal Hammon.
On peut bien parler au sujet de ce dieu de complot, et d’un des tout premiers complots en diffamation auxquels on ait assisté dans l’histoire. Voilà en effet une divinité d’origine orientale qui a eu le malheur de se trouver présente en cet endroit précis où prenait naissance le monothéisme juif et qui, de ce fait, a servi d’incarnation pour les premiers prophètes hébreux de tout ce à quoi le polythéisme peut se prêter en termes d’abominations. Tant et si bien que son nom a fini par résonner presque comme celui du diable lui-même : d’ailleurs, l’un des noms de ce dernier, Belzébuth, provient d’une variante chaldéenne de prononciation où Baal devient Bel…
Le maître et l’époux
Voilà encore une divinité qui, dans son existence occidentale au sein de l’empire carthaginois, n’a eu droit auprès des historiographes dont les œuvres ont fait autorité qu’à des descriptions qui réduisent sa présence sacrée à une manifestation terrible et chargée de mort. Comme si une civilisation pouvait atteindre le niveau auquel était parvenue Carthage, à la fois sur mer et à l’intérieur des terres — avec la révolution agricole qu’elle a provoquée dans notre pays — tout en vouant un culte à une divinité primordiale aussi féroce et barbare.
Quelle que soit l’issue d’un débat existant sur la question de savoir si, oui ou non, des sacrifices humains avaient lieu dans l’enceinte de la ville, et même si l’on devait accepter que de telles pratiques ont existé, comme elles ont existé d’ailleurs dans le croissant fertile à l’époque de la haute antiquité ainsi que dans bien d’autres civilisations, à l’image de celle des Aztèques, cela ne nous dispense ni de réfléchir sur l’organisation globale de la religion et des croyances qui y sont rattachées ni, non plus, sur le sens précis que ces pratiques pouvaient avoir au sein du système des actes symboliques par lesquels les Carthaginois entendaient signifier leur vocation solidaire à la dimension céleste.
Dans son livre sur Carthage, Serge Lancel voit dans ce rite le signe de la permanence de la religion malgré l’éparpillement des territoires et malgré l’importance grandissante de l’influence culturelle de l’hellénisme dans tout le bassin méditerranéen : « On verra que cette permanence s’est manifestée au premier chef par la fidélité, jusqu’à la chute de Carthage, à une pratique terrible, celle par laquelle, par le biais du sacrifice de leurs enfants, les familles s’inféodaient à leurs dieux dans leur chair et dans leur sang ». Une telle « inféodation », si choquante qu’elle puisse être dans sa façon de se traduire, si prompte à susciter en nous les protestations les plus sévères, les désaveux les plus outrés, demeure malgré tout l’expression d’une volonté de réaffirmer une appartenance commune à une destination divine, où le feu du brasier renvoie sans doute à la dimension solaire qui est celle du dieu Baal Hammon.
Plus qu’un sacrifice censé obtenir sa faveur, comme le laissent entendre les pages écrites par Flaubert dans son Salammbô, il s’agit à travers ces « pratiques terribles » de restituer l’acte inaugural par lequel se déclare, dans le don de la chair et du sang, l’appartenance réciproque d’un peuple à un dieu et d’un dieu à un peuple.
Il est d’ailleurs significatif que, d’un point de vue étymologique, le nom de « Baal » désigne le « maître» et, surtout, « l’époux » : sens que l’on retrouve dans la langue arabe, où il arrive que pour parler de son mari une femme dise « baali ». Epoux, donc, et non monstre avide de sang… Et, en effet, de l’union renforcée de la famille avec celui qui est son maître, l’époux, dépend sa force retrouvée. D’où, probablement, le recours plus fréquent à ces sacrifices quand la communauté se trouvait face à des périls majeurs.
On peut sans doute regretter que les Carthaginois n’aient pas trouvé une autre façon de dire ou de proclamer cette union retrouvée. On doit cependant se souvenir que le langage du sang dans les grands actes de dévotion étaient souvent la règle parmi les peuples de l’antiquité. Les grecs eux-mêmes n’y ont pas été étrangers, si l’on en croit Homère racontant le sacrifice d’Iphigénie. La rupture avec cette pratique semble être une innovation abrahamique. Encore que, même là, il faut rappeler qu’Abraham a eu besoin de la visite de l’Ange pour s’entendre dire, in extremis, que le Dieu unique auquel il s’est voué répugne aux sacrifices humains…
Enjeux d’un retour
Lorsque l’empire romain bascule dans le christianisme en 380 et adopte, dans le même mouvement, toute la littérature vétérotestamentaire comme socle de sa nouvelle religion, c’est désormais de façon officielle que le nom de Baal devient synonyme de paganisme, dans la représentation clairement dépréciatrice qui est donnée de ce dernier.
Et, bien sûr, ce n’est pas l’Islam qui aurait changé cet état de choses, qui aurait soustrait l’ancienne divinité de Carthage à ce mauvais sort qui s’acharnait contre elle. En effet, le rejet du polythéisme prend avec lui, désormais, une tournure encore plus franche, pour ne pas dire plus guerrière, mue sans doute par les conditions particulières de sa naissance, par le contexte de lutte avec les tenants des traditions polythéistes qui a marqué son avènement dans la péninsule arabique.
Ainsi s’achève alors la triple damnation de Baal – celle des historiens de l’empire romain, celle des nouveaux chrétiens et celle de l’Islam – dont le lecteur se demandera très légitimement ce qui peut bien nous pousser à en évoquer le souvenir.
Tout d’abord, une exigence de justice. Et avec elle la conviction que, du point de vue de l’édifice de notre héritage de civilisation et de ses profonds soubassements, on gagne toujours à construire sur de la justice, jamais sur de l’injustice : dès lors du moins que l’on tient à ce que l’édifice soit solide !
Ensuite, il y a cette idée que la tradition monothéiste, avec ses trois branches, devra faire face, tôt ou tard, au défi qui consiste pour elle à reconsidérer la valeur propre des religions païennes : religions qui ont été pendant longtemps le seul élément à l’intérieur duquel l’homme a forgé son expérience religieuse, où il a accompli son éveil à la réalité d’une présence à l’intérieur de laquelle l’infiniment autre se mêle à l’étrangement intime et où il a trouvé la matière de ce ciment primordial par quoi il a soudé ses premiers regroupements politiques.
Porteuse d’un message de paix universel, cette tradition monothéiste, qui peine trop souvent à instaurer la paix en son propre sein, qui menace parfois même de basculer dans une violence haineuse à chaque fois qu’elle échoue à reconduire pour ce qui la concerne cette mission de paix qui lui est dévolue, se doit sans doute de développer, à l’égard des religions non monothéistes, une approche qui confirme chez elle cette vocation tout en se donnant la possibilité de l’exprimer clairement.
Cet effort commun n’est pas de peu d’importance pour aider les différentes branches de la tradition en question à surmonter les barrières qui se sont dressées entre elles au fil de l’histoire et qui sont devenues pour elles des pierres d’achoppement.
A travers la volonté déclarée, par-delà les conflits de cohabitation avec le paganisme dans les premières époques, de restituer à cette première forme de religion ce qui lui est dû, c’est-à-dire ce qui lui a été emprunté en termes d’ouverture de l’humain à la dimension céleste, se dessine un geste de paix : un geste à la faveur duquel il est fait mémoire en commun, à la fois de la richesse spirituelle du monde païen, malgré ses bigarrures et certains de ses excès, et de ce qui a poussé à en sortir à la recherche, peut-être, d’un horizon plus vaste et d’une vérité plus cachée et plus profonde.
Si on s’accorde à considérer que Carthage donna lieu à une civilisation importante et qui, quelles que soient les attaches qu’elle avait pu maintenir avec la cité phénicienne de Tyr, présentait une originalité indiscutable, on considère rarement ce que cela pourrait bien devoir à la religion carthaginoise.
Contrairement aux dédicaces retrouvées qui portent son nom, les représentations du dieu punique sont rares. Mais les détails confirmeraient sa dimension solaire, en particulier la forme de la mitre, à laquelle s'ajoute parfois, placé come une auréole au-dessus de sa tête, un disque solaire
http://farm5.static.flickr.com/4020/4592682387_83efd01a71_b.jpg
Pourtant, les Romains ne s’y étaient pas trompés : lorsqu’ils résolurent d’en finir avec la puissance de Carthage en Méditerranée, c’est en premier lieu aux temples qu’abritait la cité punique qu’ils eurent l’idée de s’en prendre. Et la suite des événements montra de leur part une cohérence dans l’action tout à fait convaincante, puisque la chute de Carthage en 146 av. J.-C. se prolongea à travers une politique de romanisation des divinités et des cultes.
Le fait que cette ancienne civilisation s’illustra par son fameux génie maritime et commercial ne doit pas nous laisser aller à cette attitude intellectuelle quelque peu paresseuse qui consiste à l’y enfermer. Méfions-nous de cette fausse générosité dont nous gratifient certains historiens : souvent, ils n’abondent dans leurs témoignages concernant la grandeur de la cité punique que pour mieux en occulter certains aspects essentiels, ou pour mieux s’autoriser à les traiter de façon dédaigneuse. Ceci s’applique assez, en l’occurrence, au cas de la religion pratiquée à Carthage pendant les longs siècles qui vont de la fondation de la ville au VIIIe - IXe siècle av. J.-C. à sa chute au milieu du IIe siècle av. J.-C.
Il faut dire que cette religion n’a pas eu seulement à souffrir de sa propre mort dans les incendies de la ville de Carthage puis dans le lent mais systématique travail de destruction ou de conversion forcée des temples à travers les provinces. Pour comble d’infortune, sa mémoire ne sera pas épargnée à travers les siècles, que ce soit avant ou après l’arrivée de l’ordre monothéiste. Et, parmi les divinités qui peuplent le panthéon carthaginois, il n’en est pas une qui ait eu à subir autant d’affronts que celle qui est sans doute la plus importante d’entre elles : Baal Hammon.
On peut bien parler au sujet de ce dieu de complot, et d’un des tout premiers complots en diffamation auxquels on ait assisté dans l’histoire. Voilà en effet une divinité d’origine orientale qui a eu le malheur de se trouver présente en cet endroit précis où prenait naissance le monothéisme juif et qui, de ce fait, a servi d’incarnation pour les premiers prophètes hébreux de tout ce à quoi le polythéisme peut se prêter en termes d’abominations. Tant et si bien que son nom a fini par résonner presque comme celui du diable lui-même : d’ailleurs, l’un des noms de ce dernier, Belzébuth, provient d’une variante chaldéenne de prononciation où Baal devient Bel…
Le maître et l’époux
Voilà encore une divinité qui, dans son existence occidentale au sein de l’empire carthaginois, n’a eu droit auprès des historiographes dont les œuvres ont fait autorité qu’à des descriptions qui réduisent sa présence sacrée à une manifestation terrible et chargée de mort. Comme si une civilisation pouvait atteindre le niveau auquel était parvenue Carthage, à la fois sur mer et à l’intérieur des terres — avec la révolution agricole qu’elle a provoquée dans notre pays — tout en vouant un culte à une divinité primordiale aussi féroce et barbare.
Quelle que soit l’issue d’un débat existant sur la question de savoir si, oui ou non, des sacrifices humains avaient lieu dans l’enceinte de la ville, et même si l’on devait accepter que de telles pratiques ont existé, comme elles ont existé d’ailleurs dans le croissant fertile à l’époque de la haute antiquité ainsi que dans bien d’autres civilisations, à l’image de celle des Aztèques, cela ne nous dispense ni de réfléchir sur l’organisation globale de la religion et des croyances qui y sont rattachées ni, non plus, sur le sens précis que ces pratiques pouvaient avoir au sein du système des actes symboliques par lesquels les Carthaginois entendaient signifier leur vocation solidaire à la dimension céleste.
Dans son livre sur Carthage, Serge Lancel voit dans ce rite le signe de la permanence de la religion malgré l’éparpillement des territoires et malgré l’importance grandissante de l’influence culturelle de l’hellénisme dans tout le bassin méditerranéen : « On verra que cette permanence s’est manifestée au premier chef par la fidélité, jusqu’à la chute de Carthage, à une pratique terrible, celle par laquelle, par le biais du sacrifice de leurs enfants, les familles s’inféodaient à leurs dieux dans leur chair et dans leur sang ». Une telle « inféodation », si choquante qu’elle puisse être dans sa façon de se traduire, si prompte à susciter en nous les protestations les plus sévères, les désaveux les plus outrés, demeure malgré tout l’expression d’une volonté de réaffirmer une appartenance commune à une destination divine, où le feu du brasier renvoie sans doute à la dimension solaire qui est celle du dieu Baal Hammon.
Plus qu’un sacrifice censé obtenir sa faveur, comme le laissent entendre les pages écrites par Flaubert dans son Salammbô, il s’agit à travers ces « pratiques terribles » de restituer l’acte inaugural par lequel se déclare, dans le don de la chair et du sang, l’appartenance réciproque d’un peuple à un dieu et d’un dieu à un peuple.
Il est d’ailleurs significatif que, d’un point de vue étymologique, le nom de « Baal » désigne le « maître» et, surtout, « l’époux » : sens que l’on retrouve dans la langue arabe, où il arrive que pour parler de son mari une femme dise « baali ». Epoux, donc, et non monstre avide de sang… Et, en effet, de l’union renforcée de la famille avec celui qui est son maître, l’époux, dépend sa force retrouvée. D’où, probablement, le recours plus fréquent à ces sacrifices quand la communauté se trouvait face à des périls majeurs.
On peut sans doute regretter que les Carthaginois n’aient pas trouvé une autre façon de dire ou de proclamer cette union retrouvée. On doit cependant se souvenir que le langage du sang dans les grands actes de dévotion étaient souvent la règle parmi les peuples de l’antiquité. Les grecs eux-mêmes n’y ont pas été étrangers, si l’on en croit Homère racontant le sacrifice d’Iphigénie. La rupture avec cette pratique semble être une innovation abrahamique. Encore que, même là, il faut rappeler qu’Abraham a eu besoin de la visite de l’Ange pour s’entendre dire, in extremis, que le Dieu unique auquel il s’est voué répugne aux sacrifices humains…
Enjeux d’un retour
Lorsque l’empire romain bascule dans le christianisme en 380 et adopte, dans le même mouvement, toute la littérature vétérotestamentaire comme socle de sa nouvelle religion, c’est désormais de façon officielle que le nom de Baal devient synonyme de paganisme, dans la représentation clairement dépréciatrice qui est donnée de ce dernier.
Et, bien sûr, ce n’est pas l’Islam qui aurait changé cet état de choses, qui aurait soustrait l’ancienne divinité de Carthage à ce mauvais sort qui s’acharnait contre elle. En effet, le rejet du polythéisme prend avec lui, désormais, une tournure encore plus franche, pour ne pas dire plus guerrière, mue sans doute par les conditions particulières de sa naissance, par le contexte de lutte avec les tenants des traditions polythéistes qui a marqué son avènement dans la péninsule arabique.
Ainsi s’achève alors la triple damnation de Baal – celle des historiens de l’empire romain, celle des nouveaux chrétiens et celle de l’Islam – dont le lecteur se demandera très légitimement ce qui peut bien nous pousser à en évoquer le souvenir.
Tout d’abord, une exigence de justice. Et avec elle la conviction que, du point de vue de l’édifice de notre héritage de civilisation et de ses profonds soubassements, on gagne toujours à construire sur de la justice, jamais sur de l’injustice : dès lors du moins que l’on tient à ce que l’édifice soit solide !
Ensuite, il y a cette idée que la tradition monothéiste, avec ses trois branches, devra faire face, tôt ou tard, au défi qui consiste pour elle à reconsidérer la valeur propre des religions païennes : religions qui ont été pendant longtemps le seul élément à l’intérieur duquel l’homme a forgé son expérience religieuse, où il a accompli son éveil à la réalité d’une présence à l’intérieur de laquelle l’infiniment autre se mêle à l’étrangement intime et où il a trouvé la matière de ce ciment primordial par quoi il a soudé ses premiers regroupements politiques.
Porteuse d’un message de paix universel, cette tradition monothéiste, qui peine trop souvent à instaurer la paix en son propre sein, qui menace parfois même de basculer dans une violence haineuse à chaque fois qu’elle échoue à reconduire pour ce qui la concerne cette mission de paix qui lui est dévolue, se doit sans doute de développer, à l’égard des religions non monothéistes, une approche qui confirme chez elle cette vocation tout en se donnant la possibilité de l’exprimer clairement.
Cet effort commun n’est pas de peu d’importance pour aider les différentes branches de la tradition en question à surmonter les barrières qui se sont dressées entre elles au fil de l’histoire et qui sont devenues pour elles des pierres d’achoppement.
A travers la volonté déclarée, par-delà les conflits de cohabitation avec le paganisme dans les premières époques, de restituer à cette première forme de religion ce qui lui est dû, c’est-à-dire ce qui lui a été emprunté en termes d’ouverture de l’humain à la dimension céleste, se dessine un geste de paix : un geste à la faveur duquel il est fait mémoire en commun, à la fois de la richesse spirituelle du monde païen, malgré ses bigarrures et certains de ses excès, et de ce qui a poussé à en sortir à la recherche, peut-être, d’un horizon plus vaste et d’une vérité plus cachée et plus profonde.