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Urbanisme & développement durable
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L’AVIS DE L’EXPERT Vendredi1 juin 2012
L’heure de la révolution urbaine a sonné
Antonio Da Cunha
A quoi ressemblera la ville de demain? Avant tout marqué par l’impératif écologique, l’avenir urbain bannira les voitures, bâtira des espaces plus économes, plus vivables et plus créatifs. Une vision sur laquelle la plupart des experts s’accordent. Reste à convaincre les politiques
On dit souvent que le monde devient urbain. Mais c’est l’urbain qui devient le monde. En Europe, la quasi-totalité de la population vit désormais dans les villes. D’ici au milieu de notre siècle, le monde urbain s’accroîtra en moyenne de deux millions de personnes supplémentaires par semaine.
Les villes constituent désormais le cœur des sociétés et leur miroir. La notion de transition urbaine désigne cette mutation quantitative mais aussi qualitative de l’habitat humain qui intervient dans toutes les parties du monde à des rythmes accélérés. Marquée par la variété, hybride, étalée, refoulant toujours plus loin des centres une partie des citadins, multipolaire, reliée et entrecoupée par des réseaux complexes, de plus en plus numérique, mais toujours inégale et énergivore, l’urbanité contemporaine nous invite à réfléchir en permanence sur notre modernité et à ses dysfonctionnements. Son analyse intègre désormais des échelles d’espace et de temps multiples et appelle à des représentations diverses et des savoirs partagés. Elle interroge aussi l’urbanisme contemporain, ses valeurs, ses objectifs, ses outils de gouvernance et le programme qu’il désigne: améliorer la qualité des cadres de vie de tous les citadins. Comment penser la ville au XXIe siècle? De quelles forces de renouveau nos sociétés urbaines ont-elles besoin pour prouver leur solidarité et leur volonté de renouer une nouvelle alliance avec la nature? Quels défis majeurs doivent-elles relever? A quoi vont-elles ressembler?
La prévision est un art difficile, surtout lorsqu’elle concerne l’avenir, disait Pierre Dac. S’il fallait pourtant se risquer à discerner le futur de nos villes à l’horizon des prochaines décennies, nous émettrions sans hésiter l’hypothèse suivante: la ville qui vient sera plus écologique. Certes, cette conviction ne sera pas jugée en phase avec une époque marquée par le désenchantement. Mais, au milieu de nos incertitudes, nous savons déjà que le futur de nos sociétés dépendra de notre capacité à changer de modèle énergétique et à inventer un autre modèle de croissance. Hyperconsommation d’énergie fossile, augmentation des coûts économiques du métabolisme urbain, pollution atmosphérique et réchauffement climatique composent un cocktail difficile à supporter. Il faut faire vite avant qu’il ne soit trop tard. Les villes seront au cœur de cette grande transformation.
Ce n’est pas un hasard si la conscience environnementale est contemporaine de la transition urbaine. Les logements, les bâtiments dans lesquels nous travaillons et les déplacements multiples au sein de nos agglomérations constituent environ deux tiers de notre facture énergétique et de nos émissions de gaz à effet de serre. En Suisse comme ailleurs, la hausse constante de la demande en surfaces bâties représente un défi auquel nous devons répondre par une architecture écologique conciliant confort, sécurité d’approvisionnement, maîtrise des coûts globaux, performance environnementale, diversité morphologique et qualité esthétique. Le changement est amorcé. En moins de trente ans, l’efficience énergétique des bâtiments a été multipliée par vingt. A l’avenir, des réseaux synergétiques relieront les producteurs d’électricité, des sources renouvelables de grande taille et des petites sources intermittentes individuelles aux consommateurs en ajoutant des appareils de mesure électroniques et des logiciels, afin d’accroître l’efficacité énergétique de l’habitat. Seule une faible partie des déchets devrait à l’avenir terminer en décharge. Ils seront recyclés ou incinérés à très haute température pour en tirer de l’énergie. Mais la régénération et la modernisation *écologique du bâti, de ces modes d’approvisionnement et de désapprovisionnement en énergie et en matière ne suffiront pas à faire la ville écologique.
Construire la ville en ce début de siècle signifie aussi accepter de nouvelles manières de réaliser la mobilité et d’agencer l’espace urbain. La transition écologique passe par une diversification de l’offre énergétique, mais aussi par la maîtrise de l’ensemble des consommations et tout particulièrement celles liées aux déplacements des citadins qui représentent un tiers de la facture. Les modes de réalisation de la mobilité fondés sur l’utilisation des énergies fossiles appartiendront bientôt au passé. Les voitures classiques seront bannies au profit de systèmes intégrant transports collectifs, mobilités douces et des moyens de transit personnel rapides, des véhicules électriques sans pilote, capables de transporter un ou plusieurs passagers à travers des réseaux intelligents. La voiture classique ne sera plus le spiritus rector de l’urbanisme. Les rues et les places pourront redevenir des lieux de rencontre investis par une pluralité d’usages. Science-fiction? La réalité des mutations urbaines va parfois plus vite que son anticipation, comme le montrent les nombreuses expériences européennes d’écoquartiers. Mais l’impératif écologique doit inévitablement intensifier la recherche de modèles de développement urbain régulant conjointement les flux de matière et d’énergie, l’habitat et les modes d’habiter, les déplacements, l’agencement des fonctions urbaines, les modes de croissance spatiale des villes et la qualité de leurs espaces publics.
L’impératif écologique offre une opportunité pour repenser l’aménagement urbain. Les nouveaux urbanistes savent que concevoir des quartiers et des villes plus économes en énergie et plus respectueux de l’environnement n’est pas seulement bon pour la planète. C’est également une excellente nouvelle pour la qualité de vie des citadins. Depuis quelques années, la qualification des espaces publics émerge comme un objectif majeur associé à des formes urbaines plus compactes et à la création de lieux accueillant une diversité d’ambiances et d’usages. La renaturation de la ville, l’art urbain, les scénographies nocturnes et de nouvelles conceptions du mobilier urbain investissent les places, les rues, les parcs et les jardins d’une ville de plus en plus créative. Embellissement des espaces publics, amélioration de l’accessibilité et nouvelles technologies fusionnent, constituant une alternative au couple que forment depuis plusieurs décennies l’hyper-commerce et l’automobile, produisant une «réalité urbaine augmentée» et offrant peut-être une nouvelle chance à une ville plus équitable.
Le nouvel urbanisme ne cherche pas seulement des réponses aux crises actuelles. Il cherche aussi des nouvelles manières de poser des questions, de réinterpréter la réalité, de s’interroger sur ce qui va advenir. A l’ère de l’écologie, à quels élargissements innovateurs du répertoire des outils de conception, de fabrication et de gestion de la ville la prise en compte de l’aspiration à la qualité urbaine nous oblige-t-elle? Comment toucher les sens, intensifier, embellir, enchanter, étonner par ce qu’offrent la ville et ses espaces communs? C’est à ces questions et à bien d’autres que tenteront de répondre 200 chercheurs et les représentants d’une trentaine d’instituts d’urbanisme réunis dans un colloque international qui aura lieu à l’Université de Lausanne du 5 au 7 juin*. Le cœur de la problématique en débat vise l’harmonisation des performances basées sur la production, la fourniture et la consommation d’énergie avec le respect de l’environnement et l’exercice du «droit à la ville».
Mais nous savons que les décisions relatives au développement urbain dépassent la raison technique des collèges d’experts. Elles sont d’essence politique. L’efficacité des politiques environnementales sera renforcée si nous parvenons à les intégrer dans des documents et des dispositifs d’aménagement urbain clairement orientés vers une exigence de qualité partagée des cadres de vie. *L’objectif est d’engager des changements économiques, technologiques, écologiques, etc. qui ne soient pas opposables à la qualité de vie des citadins. L’urbanisme devient ainsi une affaire de tous. De fait, l’ambition de la pensée urbanistique émergente ne se réalise ni dans une technocratie toujours prête à oublier la citoyenneté ni dans un projet urbain idéalisé et unique mais dans une gouvernance urbaine cherchant à produire la ville par un arbitrage démocratique des choix collectifs.
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http://www.letemps.ch/Page/Uuid/0a05...0#.UHLT0o7dN34
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OPINIONS Jeudi16 février 2012
La fin de l’éparpillement urbain? A nuancer
PAR M. SR
Peu à peu au cours du XXe siècle, on a cessé de construire dans les villes. Le retour, timide, à la densification s’observe depuis dix ans. Par Martin Schuler
La période d’avant 1919: le tissu urbain ancien
La Suisse du début du XXe siècle oppose la ville des constructions denses à la campagne à petits bâtiments comptant peu de logements, tels que les fermes ou les petites maisons ouvrières de Suisse orientale. Les villes moyennes, les bourgs historiques, les stations touristiques et les communes industrielles, notamment du Jura se distinguent par une présence plus forte d’habitations collectives.
La période 1919-1946: l’urbanisation de l’entre-deux-guerres
L’apport de nouvelles constructions s’est concentré spatialement sur les cinq grandes villes, largement dominées par la dynamique de Zurich, ainsi que sur le Plateau central (cantons d’Argovie et de Soleure) où s’est développé un tissu industriel diversifié. A part les villes de Genève et de Lausanne densément construites, où le secteur tertiaire régional et international a connu un fort essor, la construction de logements a souffert à cause de la stagnation économique. Le champ d’innovation architecturale de cette période s’est exprimé dans les quartiers nouveaux des villes, l’industrie moderne de l’époque a investi dans un rural dense et bien accessible.
La période 1947-1960: la suburbanisation
Cette période de forte croissance, d’exode rural et d’urbanisation a vu l’agrandissement des agglomérations. L’élément nouveau est l’extension des villes vers les zones suburbaines, où la construction de petits immeubles est devenue la caractéristique du processus. Les agglomérations de Genève et de Lausanne, tout comme celles de Neuchâtel ou Fribourg, sont restées plus circonscrites, tandis que Bâle et surtout Zurich ont connu une forte extension. La forte croissance démographique de cette période a été clairement concentrée sur l’urbain, des régions comme Fribourg ou le Gros-de-Vaud n’ont connu aucun développement.
La période 1961-1970: la forte dynamique urbaine
Cette période de croissance maximale a été marquée par la construction de nombreux et grands bâtiments. Le type de l’immeuble locatif a été dominant dans presque l’ensemble du pays: encore dans les villes, surtout dans les zones suburbaines en extension spatiales dans les régions industrielles du Jura, tout comme dans les stations touristiques en fort développement. Cette forme d’urbanisation a fait l’objet de critiques, pour des raisons de qualité des constructions, mais surtout à cause du changement très profond du paysage qu’elle entraînait. L’Exposition nationale de 1964 a joué un rôle important dans la transmission de cette vision critique de l’urbanisation.
La période 1971-1980: la rupture
Une période charnière de l’évolution économique et urbanistique du pays, caractérisée par le développement de modèles urbanistiques alternatifs (le fameux rapport CK73 [issu d’une Conférence fédérale de 1973], puis l’introduction de la Loi sur l’aménagement du territoire en 1979). La réalité économique oscillait entre la prolongation et l’expansion des tendances en cours et la réaction par rapport au choc pétrolier qui a conduit à la perte d’un quart des emplois industriels en quelques années. Prolongation du processus de suburbanisation avec l’achèvement de grands ensembles à Genève, Lausanne ou Berne, diffusion du modèle touristique dans un grand nombre de nouvelles stations en Valais et dans les Grisons notamment; rupture de la demande en logements dès 1974 et orientation vers le modèle de la villa. La crise (et la progression rapide du réseau autoroutier) ont réorienté l’urbanisation suisse vers un nouvel équilibre spatial.
La période 1981-1990: la périurbanisation et la force du périphérique
Jamais dans une période de croissance économique, la croissance urbaine n’est restée autant en retrait: trois quarts des nouveaux logements se sont construits dans des petites maisons, et essentiellement dans des larges zones périurbaines, bien visibles sur la carte par exemple dans les cantons de Fribourg, Bâle-Campagne ou en Argovie. Le Valais a pu poursuivre sa croissance dans la plaine et dans les stations touristiques, mais en renonçant aux grands gabarits. Une période ruralisante dans les esprits, dans la politique et dans les options urbanistiques prises.
La période 1991-2000: la période de métropolisation
Les deux cartes des années 1980 et 1990 se ressemblent assez fortement, puisque la construction de petites unités d’habitation reste dominante. Les différences entre les deux cartes sont perceptibles dans la croissance urbaine du Grand Zurich qui s’étend dorénavant vers la Suisse centrale.
La période 2001-2010: le renouveau urbain?
Depuis l’an 2000, une nouvelle couche de développement urbain s’est construite sur les sept anciennes. Celle-ci a dû répondre à une croissance démographique forte, à des exigences urbanistiques en faveur d’une densification accrue des villes et d’un frein à l’étalement urbain. Le résultat global laisse perplexe. La densification urbaine est perceptible, mais surtout en ville de Zurich, puis dans les régions métropolitaines. La périurbanisation se réduit quelque peu en faveur de nouvelles constructions dans les communes suburbaines, mais elle reste un élément dominant dans les cantons moins urbanisés. La densification du construit touche les stations touristiques les plus demandées; ailleurs, le processus ralentit légèrement.
Peut-on peut donc parler d’une réorientation de l’urbanisme? Oui, si l’on considère l’importance de la croissance des deux métropoles lémanique et zurichoise. Oui, si le lancement des constructions dans les villes est considéré. Non, si on constate que l’extension urbaine continue, malgré un léger ralentissement. Et oui, finalement, si on se rend compte que les régions en dehors des métropoles accusent à nouveau un retard économique, tant quantitatif, tant en ce qui concerne la spécialisation du travail. Mais il s’agit in fine bien plus d’un développement métropolitain étalé spatialement que d’un retour à la ville dense.
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http://www.letemps.ch/Page/Uuid/a20f...r#.UHLUwY7dN35
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URBANISME Mercredi5 septembre 2012
«Créer une alternative à la villa individuelle pour densifier le tissu urbain»
Géraldine Schonenberg
«L’idée est de pouvoir répondre à l’évolution socio-économqiue des ménages, en offrant une plus grande modularité des logements et une évolutivité accrue à l’intérieur des logements»
Le Temps: Où en est le projet Swisswoodhouse?
Emmanuel Rey: Après la phase de recherche et développement, la demande de permis de construire pour la réalisation du premier bâtiment, à valeur de prototype, a été déposée cet été dans une commune lucernoise. La configuration projetée est un bâtiment de trois étages avec attique, totalisant 16 logements de typologies diverses. La mise en service de ce premier édifice devrait intervenir en principe en 2013.
– Comment en êtes-vous arrivés à adapter le concept de l’habitat modulaire au logement collectif?
– Disposant d’une longue expérience dans la construction modulaire en bois, notamment dans le domaine des écoles et de la maison individuelle (lire plus haut, ndlr), nous avons travaillé au développement d’un projet permettant de concilier la densification urbaine, la construction écologique, l’adaptabilité des logements et la qualité de vie.
Notre réflexion a notamment porté sur la définition de l’échelle adéquate pour les bâtiments de logement, en tentant de créer une alternative à la villa individuelle pour densifier le tissu urbain ou suburbain, tout en évitant le risque d’anonymat que peuvent présenter certains grands ensembles. Il en résulte un immeuble modulaire de trois à quatre étages, avec deux ou trois appartements par étage, et qui offre des espaces de rencontre.
– En quoi ce type de logement est-il évolutif?
– L’idée est de pouvoir répondre à l’évolution socio-économique des ménages, en offrant une plus grande modularité des logements et une évolutivité accrue à l’intérieur des appartements. Cette volonté d’augmenter les possibilités d’adaptabilité et d’individualisation du logement se retrouve au cœur du projet Swisswoodhouse. Le concept de base repose en effet sur un module de 22 m2 préfabriqué en bois, qui peut être affecté à divers types d’espaces tels que hall, cuisine et coin repas, salle à manger familiale, living, chambre avec sanitaire, chambre avec dressing, bureau, espace de jeux, loggia, etc. Sur la base de ce «catalogue», les usagers conçoivent le plan de leur futur appartement, en agrégeant le nombre de modules désirés. Dans le futur, il sera possible ainsi de modifier certains éléments intérieurs de manière plus aisée que dans une construction traditionnelle.
– Au niveau de la fabrication, en garantissez-vous l’écocompatibilité?
– Absolument. La construction en bois repose sur une ressource naturelle locale et renouvelable et se révèle en outre particulièrement rapide, la préfabrication permettant de réaliser la majeure partie des travaux dans un milieu protégé des variations climatiques auxquelles est soumis un chantier traditionnel.
– Avec quels matériaux travaillez-vous?
– La majeure partie de la construction repose sur l’utilisation de bois indigène, à l’exception d’éléments préfabriqués en béton pour l’épine dorsale regroupant les gaines techniques au centre du bâtiment et pour la couche supérieure des planchers (masse nécessaire au niveau acoustique).
– Atteignez-vous la norme *Minergie-P?
– Le projet s’est attaché à intégrer des aspects de haute qualité environnementale, grâce notamment à un standard énergétique élevé, équivalent à Minergie-P-ECO, à l’intégration d’énergies renouvelables (pompe à chaleur sur sondes géothermiques, panneaux photovoltaïques et capteurs solaires thermiques) et à la valorisation du bois indigène pour la construction. Le projet est en particulier compatible avec les objectifs de la société à 2000 watts (soit environ un tiers de la consommation moyenne actuelle).
– Comment pouvez-vous anticiper l’équilibre architectonique final en fonction des demandes diverses des propriétaires?
– Le concept du bâtiment, en particulier au niveau de sa structure, de ses façades et des ouvertures à choix, a été développé de sorte que l’expression architecturale de l’ensemble garde sa cohérence malgré les variations d’un appartement à l’autre.
– Pensez-vous que les habitats modulaires seront les logements de demain?
– S ’inscrivant dans une perspective à long terme, les réflexions sur le bâti ne peuvent plus faire l’impasse sur certaines évolutions démographiques déjà en cours, induites notamment par la mutation de la structure familiale et l’émergence d’une société de longue vie.
Les projections statistiques révèlent par exemple qu’en 2030, la part des ménages de plus de deux personnes ne sera plus que de 24% en Suisse. La majorité des ménages sera alors composée soit d’une personne seule (41%), soit de deux personnes (35%). Ces changements induisent de réels questionnements par rapport au parc immobilier existant, qu’il s’agira de transformer ou de remplacer. Dans ce contexte d’évolution continue des besoins, la demande de constructions modulaires va sans doute augmenter dans les années à venir.
Il peut sembler illusoire de vouloir réagir à la complexité des enjeux inhérents à la problématique du logement avec une seule et unique réponse. Néanmoins, dans la perspective d’une certaine inadéquation du parc immobilier existant aux besoins futurs et de la nécessité de développer des solutions à la durabilité accrue, les réflexions en termes de modularité et d’adaptabilité vont rencontrer un écho grandissant.
– Y a-t-il déjà une forte demande de la part des particuliers?
– Le projet suscite beaucoup d’intérêt de la part d’investisseurs souhaitant construire un immeuble entier (en location ou PPE), de particuliers intéressés par le concept ou encore de coopératives d’habitation en quête de nouvelles visions.
– Ce projet rentre-t-il dans les critères de l’écoquartier?
– Swisswoodhouse s’y inscrit pleinement tant par son échelle et sa philosophie que par sa flexibilité, son potentiel de mixité intergénérationnelle et ses performances environnementales. Le «catalogue» des modules permet aussi de créer des espaces communs et le toit peut être entièrement aménagé en terrasses propices aux réunions entre voisins, si tous les acquéreurs le souhaitent.
– Ce type d’habitat est-il meilleur marché qu’un logement traditionnel?
– Il ne s’agit pas ici de viser le segment du logement le moins cher possible. Notre projet a l’ambition d’atteindre une modularité fonctionnelle et un standard environnemental en avance sur son temps avec un coût de réalisation réaliste et abordable aujourd’hui.
Propos recueillis par G. S.
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http://www.letemps.ch/Page/Uuid/41e7...2#.UHLWOY7dN34
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OPINIONS Jeudi22 septembre 2011
Comme Peter Pan, la Suisse refuse de voir ses villes grandir
Richard Quincerot
Grandir sans grandir, se développer sans s’étendre, renforcer les villes sans empiéter sur les campagnes: voilà le mot d’ordre dit de la «ville compacte» qui commande aujourd’hui l’aménagement du territoire en Suisse, à tous les échelons des responsabilités publiques. Cette consigne n’est pas durable. Par Richard Quincerot, urbaniste
Il y a 30 ans, Genève décidait qu’il fallait désormais «construire la ville en ville». Le slogan marquait un changement de cap fondamental de l’urbanisme genevois qui, après deux décennies de croissance accélérée, décidait de bloquer la consommation de sol agricole et de contenir le développement dans les secteurs déjà bâtis.
La nouvelle politique eut un résultat rapide: le rythme de construction de logements fut divisé par trois, passant de plus de 6000 logements en 1978 à moins de 2000 logements par an les trois décennies suivantes. La croissance ne s’est pas arrêtée pour autant et Genève s’est installée dans un double malaise structurel: d’une part, une crise aiguë du logement, qui n’a été que temporairement masquée par la récession des années 90; d’autre part, une exportation de l’immobilier résidentiel hors du canton, les ménages cherchant dans le canton de Vaud et en France les logements abordables qu’ils ne trouvent plus à Genève – des logements de plus en plus éloignés de leur lieu de travail, avec pour conséquences une explosion de la mobilité, une saturation des réseaux de transport, des impacts croissants sur la pollution et le bruit, une surconsommation de sol périurbain dans des communes submergées par la vague d’urbanisation genevoise, etc.
Dans cette trajectoire, Genève a été à l’avant-garde de la Suisse – comme elle le fut dans les années 60 pour la construction des «cités nouvelles». Aujourd’hui donnée au nom du développement durable, la consigne d’urbaniser vers l’intérieur («nach innen») est générale dans tout le pays. La doctrine de la «ville compacte» – densifier les villes pour préserver les campagnes – est présentée comme un moyen de lutter contre une série de tendances néfastes: l’étalement urbain, le mitage des paysages, le grignotage des terres agricoles, la dépendance automobile, la croissance de la mobilité, le coût des infrastructures, la dégradation de l’environnement, le réchauffement climatique, l’insécurité alimentaire, l’individualisme, l’identité nationale, etc. En pratique, sa mise en œuvre se traduit par une politique de peuplement, incitative dans les villes et malthusienne dans les campagnes. Comme chez Malthus, elle trouve sa justification de base dans le caractère non extensible du sol (bien «non renouvelable»): tout pays étant supposé avoir un besoin vital d’espaces libres (nourriture, biodiversité, paysages) et la Suisse étant par nature un petit pays (une taille critique constamment rappelée), il faudrait impérativement empêcher les villes d’envahir le territoire (une étrange menace, sachant qu’elles n’occupent que 7% du territoire national).
Cette doctrine témoigne d’une forte ambivalence à l’égard de la croissance – de l’idée que la Suisse puisse grandir. D’une part, le développement est incontestablement souhaitable: c’est la condition du niveau de vie élevé qui fait la fierté de la Suisse. Mais d’autre part, il est nuisible, perçu comme destructeur des territoires ruraux et naturels fondateurs de la qualité de la vie, de l’attractivité et de l’identité du pays. D’où la solution préconisée, présentée comme le seul choix possible, qui traite le développement comme un mal nécessaire: on accepte la croissance (puisqu’il en faut), mais en l’entassant dans des périmètres aussi limités et aussi denses que possible, sans empiéter sur les paysages. Autrement dit, avoir le beurre (le développement) et l’argent du beurre (un territoire préservé); ou encore, comme Peter Pan, jouir de la vie en refusant de grandir, profiter d’un destin métropolitain en restant à jamais une campagne.
Le «petit garçon qui refusait d’être adulte» vivait toute sorte d’aventures dans un «Pays de l’Imaginaire». De même, la politique de la «ville compacte» s’adresse à une Suisse imaginaire, très différente de la Suisse réelle, ce que ses promoteurs sont les premiers à constater. Elle n’a pas mis fin à l’étalement urbain: selon les autorités fédérales, la consommation de sol agricole par l’urbanisation se poursuit au rythme (supposé effréné) de 1 m2 par seconde (sur ce fantasme, voir Joëlle Salomon-Cavin et Pierre-Alain Pavillon, L’urbanisation: ennemie ou alliée du paysage suisse? espacestemps.net, 17.12.2009). Elle n’a pas diminué la dépendance automobile: au contraire, en 2010, le taux de motorisation du pays a dépassé le seuil d’une voiture pour deux habitants. Elle n’a pas freiné la croissance de la mobilité: la pénurie de logements pousse les ménages à habiter de plus en plus loin de leurs emplois, ce qui allonge leurs trajets, surcharge tous les réseaux de transport et aggrave les impacts sur l’environnement. Elle n’a pas préservé la qualité de la vie: la crise du logement, maximale dans les agglomérations où résident les trois quarts de la population, fait perdre des places à Zurich et Genève dans les classements internationaux. Et après avoir épuisé les programmes volontaristes des années 2000, les grandes villes voient baisser leur rythme de construction de logements, alors que l’immobilier résidentiel explose dans les communes de moins de 10 000 habitants.
La politique de la «ville compacte» est en crise: elle produit des effets qui contredisent les objectifs qui la fondent. Il est temps d’en changer, d’accepter que la Suisse grandisse et de faire face aux défis que va impliquer, très vite, la gestion d’un territoire hautement sophistiqué: avec un réseau de villes à rééquilibrer en permanence, des besoins en logements à satisfaire et des coûts de fonctionnement élevés qu’il faudra continuer de couvrir, malgré leur hausse programmée (transport, énergie).
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http://www.letemps.ch/Page/Uuid/89f3...0#.UHLa6I7dN34
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ARCHITECTURE Mercredi1 février 2012
En Suisse romande, l’idée de la hauteur mûrit
Lorette Coen
Trois projets de tours fortement débattus se profilent en Suisse
Zurich, avant toutes les autres, a repensé son urbanisme, ses méthodes et renversé bien des interdits, ouvrant la voie au regain de la construction dans les villes suisses restées si longtemps figées. Dès 2001, elle s’est donné des directives sur les tours. Sous la pression de la nécessité urbaine, le tabou de la hauteur se fissure et le succès de la Prime Tower y contribuera sans doute. L’heure est à la densification, investisseurs et promoteurs sont prêts à se lancer et les moyens ne manquent pas.
Prise comme baromètre, Zurich confirme d’ailleurs qu’en Suisse le secteur de la construction ne chôme pas. Swiss Prime Site, le groupe propriétaire de la Prime Tower, figure parmi les premiers protagonistes de ce boom. Principal investisseur immobilier du pays, il possède un portefeuille qui comprend surtout des bâtiments commerciaux excellemment situés à Zurich (Jelmoli, Sihlcity), à Genève (place du Molard, la Praille), à Bâle (Messeturm), à Lucerne et dans nombre d’autres villes. Fier de sa tour, il en projette ailleurs et regarde vers la Suisse romande. Et il n’est pas seul à s’intéresser à l’essor actuellement constaté dans l’Arc lémanique, chantier de vastes projets d’aménagement territoriaux.
De Genève à Lausanne
Or ici aussi, les résistances vacillent puisque l’option de construire en hauteur – longtemps exclue – est désormais sérieusement retenue. Trois cas retiennent l’attention. A Genève, des tours sont envisagées dans le périmètre Praille-Acacias-Vernets, là où la ville tient de belles possibilités de se densifier et de s’agrandir. Mais l’annonce de neuf tours, dont l’une de 175 mètres, formulée de manière hâtive et imprudente, a soulevé des vagues d’indignation. La situation se précisera bientôt puisque le premier concours du projet PAV, qui porte sur la construction d’immeubles dévolus au logement d’utilité publique, rue de la Marbrerie, non loin du Rondeau de Carouge, sera jugé en février prochain. Les architectes ont eu toute liberté de proposer des bâtiments en hauteur.
A Lausanne, la Tour Taoua, qui devait renforcer la mise en valeur du site de Beaulieu, suscite des remous politiques profonds. Le projet du bureau Pont12, lauréat du concours pour le Centre de congrès et d’exposition, prévoit un immeuble de 80 mètres de haut comportant 25 étages. La réalisation de ce nouvel équipement à vocation mixte (logements, hôtels, activités diverses) semblait progresser, en dépit de l’hostilité de nombreux voisins, des défenseurs du patrimoine, des Verts et d’une partie de la gauche. Mais de nouvelles exigences – une moitié des surfaces réservées à la location – ont été adressées au promoteur. En attendant, le projet a été retiré; l’avenir de cette tour, voulue en principe par la Ville, semble désormais plus aléatoire.
Débattu depuis une vingtaine d’années, annoncé plusieurs fois puis remisé, celui d’un nouveau centre urbain articulé autour d’une tour de près de 140 mètres de haut, dans le quartier des Cèdres, à Chavannes-près-Renens, a été récemment remis à l’ordre du jour. Située entre la ligne de métro M1 et l’autoroute de contournement sud de Lausanne, cette tour marquerait avec emphase l’entrée dans un Ouest lausannois nouvellement urbanisé. Pour l’heure, elle échauffe surtout les esprits. Pourtant, dans les trois cas, les débats prouvent que l’idée mûrit.
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http://www.letemps.ch/Page/Uuid/97d4...0#.UHLZT47dN34
Last edited by General Electric; October 8th, 2012 at 03:54 PM.
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