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Old January 27th, 2005, 06:26 PM   #1
Cyril
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L'architecture déconstruit le futur

PAR PATRICE BOLLON
[27 janvier 2005]


Un peu plus de 800 pages de grand format (35x50 cm), 7 000 illustrations, plans ou photos couleurs, et 62 cartes, le tout répertoriant 1 052 oeuvres de 660 architectes, dans 75 pays et sur «six» continents – l'Amérique du Nord étant différenciée de l'Amérique du Sud : c'est par cette énumération à la Guinness Book of Records qu'il faut d'abord apprécier l'Atlas de l'architecture contemporaine mondiale, publié récemment par la maison anglaise Phaidon.

Encore n'avons-nous pas évoqué son poids, autour de 7 kg ! L'objet est si monumental que l'éditeur a pris le soin de le vendre avec un attaché-case en plastique transparent ! Bref, un livre en soi déjà exceptionnel, qu'on ne peut comparer, dans un genre et un prix différents, qu'avec le célèbre album de photos d'Helmut Newton de chez Taschen, livré, lui, avec un présentoir.

Ainsi que son titre l'indique assez clairement, l'atlas de Phaidon se veut une recension des créations qui comptent dans l'architecture contemporaine, mais seulement, précisons-le, depuis 1998. C'est donc le panorama de tous les bâtiments up-to-date du monde entier qu'il entend dresser. Pour ce faire, des jurys d'architectes et de critiques d'art ont été réunis par pays, puis un jury international a écrémé dans cette présélection, et ainsi de suite....

Disons d'emblée que, même pour ceux qui suivent l'actualité en cette matière, l'ensemble produit une manière de choc. Car l'architecture récente montre deux traits assez nouveaux. Elle s'est en effet d'abord totalement «mondialisée» : on trouve aujourd'hui des bâtiments aussi surprenants à Riyad et à Bangkok qu'à Londres ou Los Angeles. Certes, on pourra opposer à cela les exemples, déjà anciens, de Luis Barragan au Mexique et, bien sûr, de Niemeyer à Brasilia et du Corbusier à Chandigarh. Mais, là, on passe à un cran supérieur : à l'exception de l'Afrique occidentale, c'est le monde entier qui en pique désormais pour l'architecture contemporaine, avec une émergence de créateurs locaux qui semblent avoir de moins en moins à envier aux nôtres.

Le second constat, c'est l'étonnante diversité des styles proposés. On trouve désormais tous les genres de bâtiments «modernes», aussi bien, comme l'on dit, «minimaux» qu'«hypertechnologiques», à tonalité écologique ou, au contraire, futuriste. Un constat qui a cependant ses limites, car l'architecture est aussi affectée par des modes, comme dans le domaine du vêtement, désormais planétaires.

On note en particulier la généralisation de formes tout à la fois de plus en plus décentrées et «déconstruites», avec des parties de bâtiments, voire des gratte-ciel entiers, en porte-à-faux, des murs inclinés, des pilotis de travers, des froissements de surface, des décompositions de plans et autres failles pratiquées en travers de façades et des angles hyperaigus ou bisautés, ainsi que toute une cohorte de courbes «organiques», voire molles, lesquelles ne se limitent plus à l'ellipse mais explorent toutes les figures géométriques complexes qu'imaginent les ordinateurs.

Les architectes, qui ont toujours aimé les pseudo-concepts, ont même forgé un mot pour désigner ces architectures : ils appellent les bâtiments qui en résultent des blobs, une onomatopée qui dit bien ce qu'elle n'arrive pas à désigner littéralement. Bref, c'est le triomphe du bizarre, du jamais-vu, de l'impossible, du plus-que-réel. Et ces formes ne se limitent pas à quelques expérimentations pour musées d'art ou biennales d'architecture «non standard».

Car un autre enseignement, d'ordre sociologique, qu'apporte l'atlas Phaidon, c'est qu'il en va aujourd'hui de l'architecture comme du design : ces nouveaux bâtiments servent aussi de signatures à des compagnies tout à fait respectables. Le Guggenheim de Bilbao construit par Gehry avait montré que l'architecture pouvait jouer un rôle de plus-value d'image pour les villes ; à présent, elle le devient aussi pour les firmes, qui veulent toutes des monuments symboliques qui les «marquent».

On voit ainsi de grands magasins s'enfermer dans des structures évoquant les architectures «gonflables» des années 1970, comme Selfridges à Birmingham, en Angleterre ; une sérieuse compagnie de banque et d'assurances se faire confectionner par un cabinet «branché» un siège social en forme de capsule spatiale, comme ING à Amsterdam. Ou encore Prada se faire livrer une espèce de diamant coloré par les Suisses Herzog et De Meuron pour une boutique à Tokyo....

Le dernier constat que l'on puisse établir est, hélas, un peu désolant : notre beau pays, qui est tout de même aussi celui de Le Corbusier, semble en effet un peu à l'écart de ce grand mouvement. L'atlas Phaidon ne lui consacre que 20 pages, dont la moitié est de plus envahie par des réalisations d'architectes étrangers, anglais, américains ou japonais, sur notre sol... Aucune création, en revanche, d'Henri Gaudin, de Pierre-Louis Faloci, l'auteur du Musée de la civilisation celtique du Mont-Beuvray dans le Morvan, ou encore de Rudy Ricciotti, notre étoile montante. Faut-il en accuser un biais de la part des auteurs de l'atlas ou une sorte de retard, voire de provincialisation de notre pays ? C'est toute la question. Mais laissons là la polémique. Phaidon rectifiera à n'en pas douter le tir dans ses prochaines rééditions, et on en aurait ainsi le coeur net.

Tel quel, l'Atlas de l'architecture contemporaine mondiale n'en apparaît pas moins comme un fabuleux instrument de travail pour les professionnels, et une promenade très spectaculaire dans le nouvel univers de l'architecture. À ceci près, bien sûr, que l'on ne doit pas compter sur lui pour nous apporter des réflexions sur les mouvements en cours. Un Bottin – et c'est ce qu'est cet atlas – a-t-il jamais remplacé une oeuvre philosophique ?

Comme s'il avait prévu l'objection, Phaidon nous propose, d'autre part, un ouvrage infiniment plus consistant sur l'évolution de l'architecture moderne. Écrit par un historien anglais, William Curtis, L'Architecture moderne depuis 1900 est, sans conteste l'un de ces livres appelé à faire référence. Dans les pays anglophones, on le présente même comme la nouvelle grande synthèse, capable sinon de remplacer, du moins de compléter en l'actualisant, la somme, parue initialement, en 1941, et due au Suisse Siegfried Giedion : Espace, Temps, Architecture (1), qu'on étudie encore dans les universités et les écoles d'architecture du monde entier....

L'ouvrage est, il est vrai, de ces lectures dont on sort épuisé (amateurs, comptez trois jours pleins pour venir à bout de ses 740 pages, ponctuées du double d'illustrations et de plans), mais aussi plus informé et plus intelligent.

Son principal intérêt tient à son mode de lecture, tout à la fois précis, mesuré et sceptique, qui tranche avec l'engagement d'un Giedion. À l'inverse à ce dernier, Curtis ne cesse d'insister sur les liens existant entre ce que nous qualifions de moderne et la tradition. Sa qualité est, autrement dit, d'être plus lucide et distancié que ses prédécesseurs. Il est vrai aussi que le temps a fait son oeuvre. Ami de Mies van der Rohe et de Le Corbusier, Giedion devait persuader ses lecteurs de la valeur d'un art encore considéré à l'époque comme marginal ; Curtis, lui, peut se donner le beau rôle consistant à dominer ses affects. Doté d'une immense culture et animé par la foi en une architecture «authentique» comme création d'espace, c'est un commentateur de grande race. Ni Panofsky, ni Gombrich certes, mais tout de même très au-dessus de la moyenne.

Sans doute serait-il possible de contester certains de ses partis pris. Car, bien qu'il affirme n'en point posséder, on les repère à la longue assez aisément. Curtis liquide ainsi en un adjectif : «une version édulcorée du moderne», Mallet-Stevens, il fait délibérément l'impasse sur l'Art déco et exécute en une seule parenthèse l'art néoclassique qui nous a donné à Paris le Palais de Tokyo, lequel vaut quand même mieux, ne serait-ce que pour ses espaces intérieurs. En même temps, difficile de ne pas lui donner raison quand il enterre méchamment le post-moderne des années 1980 comme un «placage de citations historiques (...) sur un arrière-plan de vacuité et d'enflure», ou quand, à l'inverse, il consacre des chapitres entiers à l'analyse serrée de certaines oeuvres «prototypiques», telles les maisons de style «prairie» de Frank Llyod Wright, la Villa Savoye de Le Corbusier ou le pavillon de Barcelone de van der Rohe....

De même que l'on ne saurait que lui savoir gré de soutenir après tant d'invectives simplistes, que l'architecture moderne n'est pas seule responsable de la faillite de notre urbanisme actuel. Que les grands ensembles ont certes été une erreur, mais qu'ils s'expliquent aussi par la volonté de liquider les bidonvilles, et de fournir un logement décent à la population après 1945.

Enfin, Curtis fait, à juste titre, grand cas des tentatives d'adaptations dans les pays extra-occidentaux de l'architecture moderne. On peut déplorer chez l'auteur, le manque d'une vraie dimension de philosophe de l'art. Elle seule lui permettrait de nous aider à clarifier ces débats encore confus sur la signification de la fonction, voire sa réalité, les rapports qu'elle entretient avec la forme et les enseignements qu'on peut, à partir de là, en tirer. La dernière partie, concernant les années 1980-2000, qu'il a ajoutée dans les dernières éditions – car son livre est, comme l'on dit, un work in progress –, paraît assez faible. Sa belle neutralité s'envole même alors devant des jugements de valeur pas toujours fondés. Curtis semble ainsi détester le travail de l'Anglo-Irakienne Zaha Hadid, une des vedettes actuelles du style «déconstruit», mais il n'en explique jamais les raisons.

Bien qu'il demeure un extraordinaire outil d'information et de réflexion, L'Architecture moderne depuis 1900 échoue, en définitive, à nous donner des pistes claires pour l'avenir. Or, telle est bien la question cruciale aujourd'hui. Comme si notre époque était en panne, non pas de réalisations concrètes, mais d'idées nouvelles de base, aptes à ressourcer, à faire évoluer, sinon même, puisqu'il faudra bien que cela arrive un jour, à substituer au moderne d'autres principes fondateurs pour le XXIe siècle. Mais cela, comme l'on dit, est une autre histoire......

(1) Denoël-Gonthier, 1990, pour la traduction française.


Source : Le Figaro
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Old January 31st, 2005, 01:06 PM   #2
coco91
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Posts: 191
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Dispo sur le site de la fnac
http://www.fnac.com/Shelf/article.as...91464a9ed&Fr=4

pour 142,5 Euros


En faisant la queue a la Fnac Forum au début du mois j'ai vu un gars qui achetait ce bouquin tellement lourd qu'il en a fait tombé la valisette en plastique, cela a fait un gros bruit sourd
coco91 no está en línea   Reply With Quote
Old January 31st, 2005, 06:38 PM   #3
3tmk
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Join Date: Nov 2002
Location: Floor 7½
Posts: 10,706

coincidence ou pas, j'ai trouve' ce bouquin par hasard dans la librairie de la Municipal Art Society de NYC, en sorte leur societe' architecturale. Et ce livre est vraiment immense!
Sinon, il est vrai que la France, comparee a la Grande Bretagne, est bien en retard au nombre de pages, meme si je prefere la qualite' a la quantite'
__________________
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