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http://www.leconomiste.com/article.html?a=94830



· Autrefois les enfants mourraient nombreux, aujourd’hui, ils ne naissent plus

· Le Maroc est entré en stagnation


· Les conséquences ne sont toujours pas prises en compte


Notre titre est provocateur: la démographie du Maroc d’aujourd’hui n’a rien à voir avec le Maroc des années 1910-1920… sauf pour ce qui concerne le taux d’accroissement démographique. Différence de taille: il y a cent ans les enfants naissient mais mourraient nombreux et jeunes. Aujourd’hui, ils ne naissent plus. On sait peu de chose sur ce qui s’est passé entre les XVI et XIXe siècles du point de vue démographique. A notre connaissance, aucune étude n’a tenté de reconstituer des données.
Au début du XXe siècle, le Maroc était peuplé de quelque 5 millions d’habitants seulement, soit la taille du Grand Casablanca d’aujourd’hui. Ce n’est qu’à partir des années 50 que le cap des 10 millions a été franchi. Les années 80 ont marqué, quant à elles, le passage vers une population estimée à 20 millions pour arriver par la suite à l’étape actuelle, celle des 30 millions, dépassée en 2005. Le profil de transition démographique est assez classique à en croire les études menées par le Haut commissariat au plan (HCP). Selon cette instance, «la phase d’accélération a d’abord été lente, jusqu’au milieu du XXe siècle, avant de devenir explosive dans les années cinquante; le pic de croissance maximale a atteint 3,3% par an entre 1952 et 1960». Puis «la phase de décélération a d’abord été hésitante, avant de s’accélérer à partir de 1994». Le freinage a été tel que le taux est de 1,1%. Paradoxalement, du point de vue démographique, le Maroc est revenu à la période 1912-1936, ceci malgré la jeunesse de sa population.
Ce phénomène semble être lié à la conjonction de trois facteurs:
- L’extraordinaire rapidité de la baisse de la fécondité;
- Le ralentissement de l’espérance de vie;
- Le solde migratoire négatif avec l’étranger.
La mortalité d’avant les années 50 est inconnue faute d’un enregistrement réglementé des décès. Ceci étant, les supputations et les techniques d’estimation indirectes font état de périodes de sécheresse, de famines et de graves épidémies de peste et de maladies infectieuses et parasitaires récurrentes telles que le choléra. A l’époque, entre 1912 et 1940, l’espérance de vie était très basse. Elle devait avoisiner les 25 ans en raison des catastrophes, maladies, exactions… et de la mortalité des enfants. Le Maroc des années 50 a marqué un tournant majeur dans les conditions sanitaires, le développement de l’état nutritionnel et l’accès à l’eau potable qui n’a cessé de s’améliorer d’année en année. L’espérance de vie à la naissance est évaluée à environ 40 ans. A partir de cette date, la baisse de la mortalité s’est surtout opérée depuis le début des années 60, avec un gain en espérance de vie de près de 25 ans jusqu’à ce qu’elle atteigne 72 ans en 2004.
L’amélioration des chances de survie est la résultante d’une politique de lutte contre la mortalité infantile en bas âge. «La mortalité infantile a beaucoup baissé, passant de 149‰ au début des années 60 à 48‰ en 2004», selon les résultats du RGPH. A noter que cette évolution est due en grande partie aux campagnes de vaccination prenant comme cible la lutte contre les maladies infantiles et l’évolution du nombre d’habitants par médecin qui s’est nettement amélioré. Les statistiques du HCP montrent que le Maroc est passé de 12.120 habitants par médecin en 1967 à 1.780 habitants par médecin en 2004. Sur un autre volet, et en l’espace d’une trentaine d’années seulement, la fécondité a complètement implosé entre 1970 à 2004. De 7 enfants par femme on est tombé à 2,5 aujourd’hui (2,1 en ville et 3,1 pour le rural). En outre, la nuptialité a enregistré un recul important de l’âge au premier mariage durant les dernières décennies et qui, selon le HCP, «figure parmi les changements les plus remarquables dans la société marocaine». Les couples choisissent de se marier à des âges de plus en plus tardifs en raison de la forte modernisation, qui est elle-même fruit de la scolarisation et l’urbanisation et surtout, des problèmes économiques. Ainsi, en 1960 prédominait le mariage précoce, qui était souvent arrangé dès la puberté, voire même dès l’enfance dans les familles. A 20-24 ans, près de 94% des femmes étaient déjà mariées. Au-delà de 30 ans, le célibat ne touchait qu’une infime minorité de femmes. Dès les années 60, le comportement s’inverse puisque la proportion des adolescentes mariées de 15 à 19 ans chute de moitié: 6 sur 10 en 1960, 3 sur 10 en 1971 jusqu’à en devenir marginale, 1 sur 10, depuis la fin des années 80. La politique de planification familiale déclanchée en 1966 a joué un rôle dans la réduction de la fécondité. Seulement 8% des femmes utilisaient une méthode contraceptive dans les années 60 contre 63% aujourd’hui. La contraception s’est propagée également par la valorisation de la famille réduite. La scolarisation, ou du moins l’analphabétisme des femmes, a régressé, mais reste très élevé, 96% en 1960, 55% en 2004. De même, le taux de scolarisation des filles dans le primaire a atteint 77,5% en 2004. La richesse démographique du Maroc est également associée aux Marocains résidant à l’étranger. Ils étaient 160.000 en 1968, 680.000 en 1982, puis 2 millions en 1991 pour atteindre en 2004 les 3 millions.
Il n’empêche aujourd’hui que le renversement de tendance démographique, s’il est bien connu parce que bien prévu, n’est toujours pas pris en compte dans la planification du développement économique.

Samir Taouaou
 
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