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Dans le Figaro d'aujourd'hui:

La Chine, bon plan des architectes français
Jamais l'Année de la France en Chine n'a caché son ambition de faire la promotion des savoir-faire hexagonaux. Le temps est aujourd'hui venu de vanter les mérites de l'architecture française. En mai, un colloque réunira à Shanghaï plus de cinq cents professionnels français et chinois et une exposition a ouvert à Pékin pour montrer les projets récents comme le patrimoine du XXe siècle. Surtout, elle présente le travail des agences françaises sur place. Car on ne compte plus les plans dessinés à Paris devenus des chantiers à Pékin, Shanghaï ou Canton. Et si la Chine n'est pas forcément un eldorado des architectes, elle leur autorise bien des aventures.

Marie-Douce Albert
[18 avril 2005]

Un million de mètres carrés de logements le long du quatrième périphérique de Pékin, étude du plan masse : Christian de Portzamparc ; le Musée historique de Pékin, la gare de Shanghaï sud, un programme pour les 300 000 mètres carrés d'un centre financier à Tianjin : projets d'Arep, l'agence d'architecture de la SNCF ; la Cité des sciences de Chong qing, lauréat du con cours : l'équipe française Architecture-Studio. La liste des chantiers estampillés «français» en Chine a de quoi donner le tournis.

Ainsi 2005 a-t-elle commencé avec la livraison de l'Oriental Art Center de Paul Andreu, fleur de verre dans la zone ultramoderne de Pudong, à Shanghaï. Elle devrait s'achever avec la livraison du projet le plus médiatique, pour ne pas dire le plus polémique, le fameux grand Théâtre national à Pékin, également signé Paul Andreu.

A croire qu'à l'exception notable de Jean Nouvel tous les architectes de France, comme un seul homme, ont pris position en Chine. Certains ne seraient pas partis sans le Tao Te King en poche, d'autres ont profité des heures d'avion pour apprendre quelques rudiments de mandarin. Ils sont devenus injoignables à leur agence et sont arrivés là où de gigantesques chantiers sont promis par une croissance à 8%, une urbanisation qui prévoit que les quinze prochaines années verront 30 milliards de mètres carrés sortir de terre et un calendrier annonçant les JO en 2008 à Pékin ou l'Exposition universelle en 2010 à Shanghaï.

Jean-Marie Charpentier fut l'un des pionniers du mouvement, en particulier à Shanghaï, où on lui doit l'Opéra, la magistrale avenue du Siècle ou le réaménagement de la mythique rue de Nankin. «Un pays à grand développement qui veut afficher ses fortes ambitions le fait à travers sa capacité à faire des monuments, des avenues, des places, analyse-t-il. L'architecture est un bon baromètre de la dynamique économique.» Alors, l'aiguille chinoise serait au beau fixe ? En tout cas, «en architecture comme dans tous les autres domaines, c'est ici qu'il faut être», assurait Roberta Affatato, architecte chez ADP-I, alors qu'elle veillait sur le déroulement du chantier de l'Oriental Art Center d'Andreu.

Les agences françaises ne sont évidemment pas les seules à l'avoir compris (le Néerlandais Rem Koolhaas et les Suisses Herzog et de Meuron, entre autres, occupent aussi le terrain). Et, d'ailleurs, elles ne seraient même pas si nombreuses. Jean-Marie Charpentier évalue à une «dizaine le nombre d'architectes à y faire un travail régulier et efficace. Les autres interviennent plus ponctuellement».

Voilà qui ne les empêche pas d'avoir, apparemment, fort bonne réputation. «En général, les concepteurs français sont excellents», estime notamment Zhou Jian, le directeur de l'Institut des projets d'urbanisme à l'université de Tongji, à Shanghaï. Et de citer l'aéroport de Pudong de Paul Andreu et l'Opéra de Shanghaï. Il poursuit : «Comparé à d'autres professionnels étrangers, ils prêtent plus d'attention à la beauté des formes.» Xie Haiying, une des bénéficiaires du Programme présidentiel d'échanges qui a permis depuis sept ans à de nombreux jeunes architectes chinois de venir se former en France, renchérit : «Pour les Chinois, les Français sont créatifs et romantiques.»

Mais, tandis que dans toutes ces villes où les nouvelles tours surgissent à grande vitesse les Français s'ébahissent de se voir parfois fixer des délais de trois semaines pour élaborer un projet, l'étudiante chinoise tempère : «Nous sommes habitués à travailler plus vite qu'eux, pour être adaptés au rythme du développement économique. Maintenant, c'est peut-être ce souci d'efficacité qui nous empêche de développer notre propre créativité.» Et un observateur français de faire ce constat : «En Chine, les universités forment vite et bien en enseignant des modèles. Ainsi, quand on y a besoin d'un stade, il n'y a plus qu'à appliquer le modèle correspondant. Mais cela donne le même stade partout.»

S'ils apprécient l'inventivité des Français, les Chinois aspirent aussi à s'offrir une image de modernité et d'ouverture en se payant de grands noms. «Les architectes étrangers sont de haute réputation, il peut donc y avoir un effet de marque», admet Zhou Jian, à l'université de Tongji. «Les Chinois font leur marché», remarque plus prosaïquement un Français qui raconte comment on peut voir des délégations faire le tour des agences.

Voilà autant de raisons pour les Français de conquérir là-bas quelques succès, mais pas pour autant la fortune. Car tous ou presque diront qu'on ne «va pas en Chine pour gagner de l'argent», notamment pour cause d'honoraires moindres. «Si vous raisonnez en terme d'économie, vous ne le faites pas, souligne Paul Andreu. Là, on parvient à équilibrer et, en attendant, on a vécu, on a fait des choses bien. C'est sans doute ce que les Chinois appellent notre caractère romantique.»

A oeuvrer dans ce vaste jeu de construction, les architectes s'offrent en effet de belles aventures. Ils y produisent des projets grandioses et tout cela, à les croire, dans des conditions uniques. L'architecte et ingénieur Marc Mimram y a conçu plusieurs projets de ponts, notamment les ponts Bengbu et Fenghua, à Tianjin. Les structures en sont, d'après lui, «très complexes. Ici, on me dirait que c'est trop compliqué. Mais en Chine, on peut mettre beaucoup plus de main-d'oeuvre sur un projet, on peut lui consacrer dix fois plus d'heures de travail. C'est un peu comme si nous y avions le XIXesiècle en terme de main-d'oeuvre et le XXIe du point de vue de la théorie.»

Ainsi, quand la Chine offre, à la fois et à moindre coût, le meilleur de la technologie et de l'artisanat, elle permet par exemple à Paul Andreu de concevoir ses théâtres avec des formes contemporaines et de les décorer, à Shanghaï, avec des pans entiers d'écailles de céramique colorées faites à la main et, à Pékin, de panneaux de laque de confection tout aussi manuelle. Une telle conjonction est rare et probablement éphémère. Alors, les architectes en profitent, quitte à s'accommoder de conditions de travail parfois épiques. Puisque, de toute façon, ce qu'ils s'autorisent là-bas, jamais ils n'auraient même pu l'imaginer en France. Apparemment frustré dans son pays, «l'architecte, résume l'un d'entre eux, va là où il peut et là où on l'aime».
 
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