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Le Havre, Porte Oceane...
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Le dernier Voyage de NORMANDIE :

Début Aout 1939, NORMANDIE arrive au Havre après 4 jours de traversé de l'Atlantique. Une routine ? Il s'agit pourtant de sa dernière traversé Ouest-Est (Eastbound).

La situation politique s'est agravé et Hitler est prêt à attaquer la Pologne. Il n'est plus question pour l'Etat Français d'arrêter Hitler, mais seulement de retarder le début de la guerre, car tout le monde sait que la guerre aura lieu. Le Havre se prépare. La Municipalité distribue des milliers de masques à gaz, la Gare Transatlantique est repeinte en grise, et des sacs de sables sont entreposés devant les fenêtres.

NORMANDIE repartira le 23 Aout à destination de New-York. Si tout va bien, il est prévu qu'il fasse 4 allers - retours entre Le Havre et New York. Après on verra. C'est la situation politique qui guidera les décisions de la Transat.





Nous voila le 23 Aout 1939. NORMANDIE doit appareiller du Havre en début d'après Midi. Il doit effectuer son 70eme voyage (sa 139eme traversé de l'Atlantique, depuis sa mise en service). Alors que NORMANDIE est arrivé au Havre avec seulement 900 passagers, se départ s'annonce au complet. 1437 passagers Américains vont embarquer, rentrant en hâte dans leur pays voyant la situation s'agraver en Europe. Mais plus étonnant encore, en cette veille de guerre, de nombreux touristes Européens vont faire la traversée, attirés par la World's Fair, l'exposition Universelle de New York dont le thème est "Demain". De grandes personnalités sont aussi du voyage. Parmis eux, James Stewart, Marlène Dietrich et Antoine de Saint-Exupéry

L'horloge qui domine la Tour Marégraphe de la Gare Transatlantique du Havre indique 14 heures. Il est temps d'appareiller. NORMANDIE largue les amarres, puis c'est le balai des remorqueurs, tirants cette immense masse d'acier de 80 000 tonnes (12 fois le poid de la Tour Eiffel).





Comme d'habitude, les Havrais et les curieux sont au rendez-vous en cet belle journée d'été 1939. NORMANDIE défile devant les quais, et le Centre Ville. Au son grâve et déchirant de ses sirènes, le plus beau Paquebot du Monde franchit les deux immenses digues en forme de tentacules après avoir salué Frascati et la Semaphore. Arrivé à la hauteur de Sainte-Adresse et du Cap de la Hève, le mastodonte ralentit pour laisser descendre le pilote. Au 3eme coup de sirène, NORMANDIE s'élance et quitte Le Havre pour la dernière fois. Il ne revera plus jamais son port d'attache. Mais qui pouvait l'imaginer à ce moment là ? Petit à petit, les cheminées si caractéristiques du géant disparaissent le l'horizon Havrais. Une page se tourne définitivement...



Après une courte traversé de la Manche, NORMANDIE arrive déjà à Southampton. Comme au Havre, les britanniques ont pris des mesures de sécurité en installant un filet Anti Sous-Marins restreignant l'accès à la rade. Après une très courte escale, NORMANDIE reprend sa route vers la sortie de la Manche. Le 24 au matin, le Paquebot Allemand BREMEN est en vue. Il fait lui aussi route vers New-York. Tout au long de la journée, les nouvelles reçues à bord laissent deviner à quel point la situation internationale s'aggrave. La conclusion du pacte germano-soviétique est maintenant connue. Les ministères Européens sont le théatre d'une activité politique et diplomatique intense. A Paris, dans l'entourage de Daladier, président du Conseil, et au sein du gouvernement, certains vont encore livrer des batailles desespérées pour sauver la paix. Les illusions ne disparaîtront qu'après l'attaque allemande contre la pologne.

Ce 24 Aout, la vie à bord est déjà marquée par l'approche de la guerre. Une fois BREMEN hors de vue, le capitaine Etienne Payen de La Garanderie, tout en continuant à marcher à pleine vitesse, modifie sa route en direction du Nord, pour s'éloigner des voies maritimes normalement suivies par les paquebots et décide de passer près du Cap Race et sur le Grand Banc de Terre Neuve. Cette manoeuvre judicieuse à peut être permis au NORMANDIE d'éviter le torpillage. L'Etat major du paquebot adopte diverses mesures de sécurité qui seront observées jusqu'au bout. Les claires-voies des machines sont peintes en noir, l'éclairage extérieur est éteint, les rideaux sont soigneusement tirés dans les salons, comme dans les cabines. Il est même interdit de fumer sur les ponts. dans la nuit du 24 au 25 Aout, NORMANDIE conserve certes à bâbord son feu rouge et à tribord son feu vert allumés, mais à eux seuls ils ne suffiraient pas à le rendre identifiable.

Au cours des deux jours qui suivirent, les officiers radio constatèrent que toutes les communications étaient brouillées systématiquement par les navires allemands en mer. Le poste TSF de NORMANDIE cessa volontairement d'émettre. Le 25 Août, la France mobilise une partie des ses réservistes. Au Havre, les murs se couvrent d'affiches alors que le soir, pour la première fois, les lumières sont occultées. Les passagers de NORMANDIE, peu informés de ces évenement, vont vivre des journées de grande tension. A plusieurs reprises, le bruit va courir que la guerre est déclarée. Le 28 Aout, arrive en Baie de New-York, au terme d'une traversée extrêmement rapide, menée à une vitesse moyenne proche de 30 noeuds. Etienne Payen de La Garanderie, soulagé, peut enfin profiter d'un moment de vrai repos. Il racontera plus tard ne s'être ni déshabillé, ni couché de la traversée. NORMANDIE vient d'accoster au PIER 88, à 10h15. De nombreux journalistes attendent les passagers pour solliciter leurs impressions tant sur la traversée que sur ce qu'ils ont ressenti en Europe. Mais parmis les passagers qui débarquent, nul ne peut imaginer que le merveilleux navire qu'ils viennent de quitter à achevé sa carrière. Lorsque NORMANDIE s'éloignera du PIER 88, quatres ans plus tard, ce sera à l'état d'épave.



Ci-dessus : NORMANDIE en Mer, au large de New-York.
 

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New York : NORMANDIE dans l'attente...


30 Aout 1939, comme prévu NORMANDIE doit repartir pour Le Havre en fin d'après midi. Mais NORMANDIE de repartira pas. Le Capitaine à reçu l'ordre par la Compagnie Générale Transatlantique de rester à New York jusqu'à nouvel ordre. Au Havre, NORMANDIE serait une cible trop facile pour l'aviation ennemie. De plus, on lui signal que des sous marins Allemands rodent dans l'Atlantique et dans la Manche.

Le même jour, ILE DE FRANCE quitte Le Havre. Il n'y reviendra pas avant 1947. Après une traversée très rapide et très risquée, ILE DE FRANCE rejoint NORMANDIE au Pier 88 le 3 Septembre 1939. Dans l'après-midi ont apprendera que la France et l'Angleterre ont déclaré la guerre à l'Allemagne. Le compte à rebours est lancé.





(Ci dessus, de haut en bas: REX, AQUITANIA, QUEEN MARY, NORMANDIE et ILE DE FRANCE. Photo datée du 3 Septembre 1939)

Le même jour, QUEEN MARY rejoint New York et accoste au Pier 90. Pour la première fois de l'histoire, les deux géants des mers, NORMANDIE et QUEEN MARY sont réunis côte à côte.

Début Septembre 1939, QUEEN MARY aborde ses couleurs de guerre. Le navire est repeint en gris, tandis qu'ILE DE FRANCE quitte le Pier 88, pour Staten Island. Jusqu'à la fin de l'année 1939, il sera transformé en Transporteur de troupes, sous le drapeau des Forces Françaises Libres.

Pour NORMANDIE, la longue attente commence. La Compagnie Générale Transatlantique ordonne de désarmer le Navire. Pendant 3 ans, 180 membres d'équipage resterons à bord pour entretenir, surveiller, protéger le fleuron de la marine Française.



(Ci-dessus, NORMANDIE et QUEEN MARY, fin 1939)

Au début de l'année 1940, QUEEN MARY est fin prêt. Le Paquebot, transformé en transporteur de troupes cède la place au tout nouveau QUEEN ELIZABETH. Le nouveau "flagship" de la CUNARD, avant même d'avoir réalisé son voyage inaugural, est transformé en transporteur de troupes, pour servir au coté de son "sistership".



(Ci-dessus, les 3 géants des mers, NORMANDIE, QUEEN MARY et QUEEN ELIZABETH, réunis pour la seule et unique fois, début 1940.)



(Ci-dessus, QUEEN ELIZABETH et NORMANDIE en 1940. On remarque au bout de la 50th Avenue, les grattes ciel de Manhattan, le Chrysler Building et le tout nouveau Rockefeller Center qui abrite, entre autre, le Radio City Music Hall.)

Pendant ce temps, NORMANDIE est en "veilleuse". Il conserve ses couleurs d'origine. A l'intérieur, on fait tout pour conserver les locaux en bon état. Des housses sont installées sur le mobilier, les fenêtres sont repeintes en grises pour éviter tout regard indiscret, les moquettes sont recouvertes de vaseline, les machines sont huilées, graissées, entretenues, comme si NORMANDIE devait repartir demain. Le service sécurité et incendie surveille 24 h / 24 les intérieurs du navire. NORMANDIE doit être prêt à être remis en service dès que la guerre sera terminée. Cette surveillance par l'équipage Français durera 2 ans, alors que les Américains commencent à avoir des soupçons. Il sont persuadés que parmis l'équipage se trouve des collaborateurs du gouvernement de Vichy, prêt à saboter le navire.



L'étrave de NORMANDIE vers la fin de l'année 1940. Les fenêtres du Jardin d'Hiver ont été repeintes en gris, pour plus de sécurité, et pour proteger les oeuvres d'art.



Le Grand Escalier du Fumoir 1ere Classe. La Statue alégorique representant la Normandie, domine encore ce vaste espace. Les fauteuils sont recouverts par des housses. Le Navire est en sommeil.



Le Grand Salon 1ere Classe. C'est d'un de ces luminaires que partira l'incendie, le 9 février 1942.



Le PC Sécurité du navire. Pourtant très perfectionné, le système anti Incendie de NORMANDIE ne sera pas utilisé par les Américains. Ils manquaient cruellement d'expèrience.



Détail du poste de commande des machines, un vrai bijoux de technologie.

7 Décembre 1941, l'aviation Japonnaise Attaque Pearl Harbor. Tout se précipite. L'Armée Américaine réquisitionne NORMANDIE et le confie à la Navy. Environ 200 Coast Guard montent à bord et remplacent l'équipage Français. Seul 15 officiers Français sont autorisés à rester. Roosvelt donne son accord fin Décembre 1941, pour transformer NORMANDIE en transporteur de troupes. Le chantier aura lieu sur place, au Pier 88, le Port de New York n'étant pas équiper de forme de Radoub suffisament grande pour accueillir le paquebot Français. Du 30 Décembre 1941 au 31 Janvier 1942, près de 3000 ouvriers embarquent pour réaliser les travaux de transformation. Les travaux se déroulent dans le désordre et la précipitation. Les Oeuvres d'art et le mobilier sont descendus à terre au cours du mois de Janvier. NORMANDIE est rebaptisé USS LAFAYETTE, en mémoire le l'amitié Franco-Américaine. Mais voilà ; le 31 Janvier 1942, les travaux sont loin d'être terminés. La Navy accorde un délais de 15 jours pour terminer les travaux. Si tout va bien, NORMANDIE devra quitter le Pier 88 le 10 février 1942, pour rejoindre BOSTON ou il entrera en cale sèche. Malheureusement, il en sera tout autrement.



Les lettres en bronze sont démontées. NORMANDIE s'appellera desormais USS LAFAYETTE. Cette image fera le tour de tous les cinemas New Yorkais.



Toutes les oeuvres d'Art et le mobilier sont retirés au cours du mois de Janvier. Par miracle, tout sera retiré avant l'incendie. Ci dessus, des ouvriers démontent la statue alégorique de la Normandie qui domine le grand escalier du Fumoir 1ere classe.
 

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9 Février 1942 : L'agonie du Géant...

Le 9 Février 1942 est une journée très froide à New York. Le ciel clair et le fort vent d'Ouest, qui souffle entre 40 et 50 km/heure, donnent le sentiment à ceux qui rejoignent le paquebot, que ce jour va même être glacial. L'Hudson est en partie gelé et le navire se trouve entouré par la glace. Plus de 3000 personnes y travaillent, comme les jours précédents.

Parmi les multiples chantiers prévus ce 9 Février, l'un au moins peut être considéré comme une opération non urgente, et même mineure. Il s'agit de retirer aux quatres coins du Grand Salon, les structures qui servaient de support aux luminaires de cristal crées par Labouret. De ces luminaires, il ne reste que des colonnes métalliques hautes d'environ 4 mètres. En début de matinée, une équipe d'une dizaine d'hommes est désignée. Le personnage principal, le soudeur Clement Derrick, est un ancien employé de Wall Street. en rejoignant le Grand Salon, le groupe découvre qu'il ne va pas être seul à y travailler. Une équipe pose du linoléum dans l'ensemble de la piece de 700 m2. Pour coller le linoléum dans de bonnes conditions, celle-ci à installé un puissant système de chauffage à air pulsé, et doit en permanence déplacer les milliers de gilets de sauvetage en Kapok qui, depuis quelques jours sont stockés dans le Grand Salon. 12000 gilets emballés dans un peu plus de 1100 paquets. Le matériau est très inflammable et le papier d'emballage utilisé est tout sauf une protection.

Après le démontage des trois premières structures, effectués sans difficultés majeure, le travail reprend en début d'après midi sur la dernière structure, située dans le coin bâbord arrière du salon. L'équipe qui assiste Clement Derrick, dissimulée derrière les entassements de gilets de sauvetage, est peu visible de ceux qui passent et travaillent dans la pièce. Il n'y a à proximité ni lance à incendie, ni extincteur. Seuls deux seaux d'eau ont été apportés pour prévenir un départ de feu. Alors que l'opération consistant à dessouder la colonne à sa base touche à sa fin, quelqu'un remarque une minuscule flamme. Le feu à pris dans le paquet de gilets de sauvetage à cause d'une projection d'étincelle. Il est alors un peu plus de 14H35. La propagation du feu est immédiate. En un instant plusieurs paquets de gilets de sauvetage brûlent. Les hommes réagissent instantanément, mais de façon désordonnée et dramatiquement inéfficace. L'un d'eux se rue vers les seaux d'eau, mais trébuche et en répend le contenu. Un autre tente de séparer les gilets enflammés de ceux qui ne le sont pas encore. Mais en faisant voler un paquet sans se rendre compte que le feu y a pris, il contribue à propager l'incendie, d'autant que le chaffage continue à souffler de l'air chaud dans toute la pièce. Dans les premiets instants, ceux qui se trouvent à proximité du feu tentent de se servir d'un extincteur ou de mettre en action les lances à incendie, sans succès. Il n'y a de toute façon pas de pression dans les collecteurs d'incendie.

Alors que le sinistre échappe en quelques minutes à tout contrôle et que la Kapok dégage en brûlant une fumée épaisse, il faut du temps avant que les pompiers de New York soient prévenus. A bord, les système d'alarme sont inopérants, aucune procédure d'alerte n'est clairement définie. Depuis le navire, quelqu'un hurle finalement à un Coast-Guard qui se trouve sur le Pier 88, d'appeler les secours. Il est 14H49 lorsque les pompiers reçoivent le premier appel. A ce moment là, le feu à pris depuis près de 15 minutes et a commencé à se propager vers l'arrière, c'est à dire vers le Fumoir et l'escalier qui conduit vers le Grill Panoramique. Dans le Grand Salon d'ou est parti l'incendie, les grandes baies vitrées commencent à se briser. Le feu dès lors attisé par le fort vent d'Ouest, trouve sur l'immense perspective horizontale des Ponts Promenade un terrain de propagation idéal, d'autant que plus de 2000 couchettes en toile y sont entreposées.

Il ne faut que 3 minutes aux pompiers de New York pour parvenir sur les lieux. Mais lorsqu'il arrivent, l'ordre d'abandon du navire a déjà été donné. Les pompiers font appel aux bateaux pompe. La lutte commence...













Juste avant 15 heures, les premiers bateaux pompes arrivent. Ils deversent des milliers de tonnes d'eau sur les Ponts supèrieurs, n'empêchent pas pour autant la propagation. L'incendie atteind la timonerie en fin d'après midi et d'immense flammes s'échappent des trois cheminées. NORMANDIE commence à prendre de la gîte et se stabilise peut avant 17 heures. Avec la Marée basse, ne paquebot s'est échoué dans la vase. A 20 heures, les pompiers réussisent à maitriser l'incendie, mais à partir de 22 heures, la marée remonte. Alors que tout le monde croyait NORMANDIE sauvé, il commence à reprendre de la gîte. Le 10 Février à 2 heures 15, l'inclinaison du navire, supèrieur à 40 degrés, est telle qu'il faut définitivement l'abandonner. Déjà, on entend le fracas de tout ce qui à bord n'est pas arrimé, se met à glisser et vient s'écraser contre les parois. A 2 heures 37, le 10 Février 1942, NORMANDIE chavire doucement dans l'eau sale et glacée de l'Hudson. Le Paquebot s'est couché en travers de la darse avec une gîte de 80 degré sur Bâbord.



Le Grand Escalier du Fumoir, entièrement calciné.



Les Pompiers on réussis à penétrer à l'intérieur du Grand Salon. A partir de 18 heures, le feu est maitrisé.



Le poste de commandement à la Timonerie, ravagé par l'incendie.



Minuit. NORMANDIE chavire inéxorablement.











Il s'est écoulé en tout et pour tout 12 heures depuis le début de l'incendie, 12 heures qui auront suffi à détruire le plus beau paquebot du Monde, à ridiculiser la Navy, et à placer de leur seul fait les Etats Unis devant un nouveau désastre militaire, deux mois après Pearl Harbor.
 

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1942 - 1947 : Que faire de l'épave de NORMANDIE ?

Après la catastrophe, les réactions de l'opinion Américaine seront extrêmement vives, d'autant que les rumeurs de sabotage vont très vite s'éffacer derrière la confirmation que la négligence se trouve bien à l'origine de la perte du Navire.

Dès le 10 Février 1942, des dizaines de milliers de New Yorkais, pour lesquel la silhouette immobile de NORMANDIE était devenue depuis deux ans et demi, un spectacle familier, essayant d'approcher le lieu du désastre. Tous découvrent cette scène dont on peut lire une description saisissante le 11 Février dans le New York Times : "Vous arrivez par West Side Highway, et votre coeur manque de s'arrêter lorsque vous baissez les yeux vers le géant blessé, couché dans la vase de l'Hudson. Approchez-vous d'aussi près que les barrages de police le permettent, et vous ressentirez ce sentiment de désolation qui vous étreint avec une force presque insupportable et vous glace le sang. Vous n'y croyez pas, vous êtes là devant la façade lugubre du Pier 88, face à à carcasse zébrée de gris de ce qui fut le plus beau Paquebot du Monde. C'est la fin vous dites-vous ? La fin peut-être, mais il reste à décider de l'avenir de cette épave trop visible, qui ne cesse de rappeler les errements de la Navy, depuis Pearl Harbor."



Dès le 12 Février 1942, le Président Roosvelt évoque l'hypothèse d'un renflouement. Après tout, les premiers sondages de l'épave montre que la Coque et les machines n'ont nullement subis de dégats irrémédiables.

Le 21 Février, le renflouement est décidé. Autour de l'épave le travail commence. Il s'agit là de travaux titanesque. Jamais de toute l'Histoire, une épave aussi grande n'a été renfloué.

Il faut d'abord allèger NORMANDIE, c'est à dire, démolir les superstructures à la hauteur du Pont Promenade. Adieu les belles cheminées. Fin Mars 1942, la plus grande partie du travail de démolition est achevée.



Le renflouement de NORMANDIE s'annonce exceptionnellement difficile. Ses dimensions interdisent toute solution simple, comme celle qui consistait à redresser la coque avec des grues. Par ailleurs, le navire repose sur un ensemble rocheux pour le tiers avant, et sur un lit de vase pour le tiers arrière, une situation qui sollicite à chaque marée la structure du navire, et impose de maîtriser soigneusement le mouvement de redressement, en divisant la coque en une série de compartiments. En outre, ce qui reste du grand paquebot est rempli d'eau et de vase, qui devront être pompées. On ne pourra y parvenir qu'en rendant étanche la partie immergée, ou de nombreux hublots sont restés ouverts avant le chavirage. Il y'a là un problème majeur qui va exiger que des scaphandriers travaillent au plus profond du navire, sans la moindre visibilité, dans une épave pleine de débris de toutes sortes. Des conditions de travail absolument cauchemardesques et particulièrement dangereuses. Ces difficultés, complexes à surmonter, mais bien identifiées dès le début du projet, déterminent pour une large part la méthode à mettre en oeuvre. Tout reposera sur la stabilité naturelle du navire, et sa capacité à se redresse seul, dès lorsque les conditions seront réunis pour que le pompage commence. Le découpage des superstructures a constitué une première préparation au renflouement, car la réduction du poids dans les hauts contribue à accroître le couple de redressement. Il faudra plus d'une année de préparation, avant que le pompage puisse débuter, le 4 Aout 1943.







Dès le premier jour, le pronostic est optimiste. Le 27 Août, la gîte s'est réduite de 12 degrés. NORMANDIE commence sa remontée des enfers.

Le 15 Septembre 1943, le redressement du navire s'achève. NORMANDIE est à flot. L'opération à representé un magnifique succès mais elle à couté la bagatelle de 5 millions de dollars et à durée 16 mois entre juin 1942 et septembre 1943. Cette épave à constitué une magnifique expérimentation pour des équipes d'ouvriers, dont beaucoup d'entre eux seront envoyés au Havre en 1945, pour renflouer les centaines d'épaves coulées dans le Port.



Il faut encore plusieurs semaines de prépartaion avant que NORMANDIE quitte définitvement le Pier 88. Le départ à lieu la 3 Novembre 1943. Lorsque la longue coque commence à bouger sous la poussée des remorqueurs, tous ceux qui ont participé au sauvetage et qui assistent à cette scène à la fois exceptionnelle, émouvante et terrible, ovationnent ce qui reste de NORMANDIE.

C'est un long convoi funèbre qui descend l'Hudson et qui longe les grattes ciel de Manhattan. Les New Yorkais assisterons par milliers à cette scène étonnante. Maintenant, NORMANDIE se dirrige vers un ponton spécialement construit pour lui à Brooklyn. Jusqu'en 1944, il sera inspecté pour savoir s'il est utile de le restaurer.











Ci-dessus, l'intérieur de la Salle à Manger de Première Classe, à comparer avec son état d'origine, en 1935: Ci dessous...





Ci-dessus : Le reste du poste de commande des machines, à comparer avec une photo d'avant la catastrophe :



Malheureusement, il faut se rendre à l'évidence. NORMANDIE est mort. Les multiples inspections donnent toute les même résultats. Une remise en état de Normandie est impossible et couterait de toute façon beaucoup trop cher. L'armée Amércaine à bien tenté d'étudier une transformation du Paquebot en Porte Avion, mais le projet resta sans suite.

En 1945, la Compagnie Générale Transatlantique annonce au gouvernement Américain qu'elle n'a plus l'intention de récuper son Paquebot. NORMANDIE est donc vendu au enchères. Sur les 8 candidats, c'est un ferrailleur du New Jersey, du nom de LIPSETT à qui est adjugé le navire au prix 161 680 dollars. (Il avait couté 800 millions de Francs en 1935).

Le 28 Novembre 1946, NORMANDIE quitte définitivement Brooklyn, pour Port Newark. Ultime humiliation, d'immenses lettres blanches au nom du ferrailleur sont inscriptes sur les flancs du navire.

L'énorme procéssus de démolition ne commence que le 7 Janvier 1947, par l'avant. Le 7 Octobre 1947, une grue sort de l'eau un dernier élément, appartenant aux fonds du navire. De ce jour, ne subsistent de NORMANDIE que des souvenirs et de vieilles photos jaunies...













Voila, il s'agit de la toute dernière photo du mythique NORMANDIE...
 

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Discussion Starter · #6 ·
Substructure said:
Absolument captivant, Fredo. Félicitations pour cet article passionnant.
Il est entièrement de toi ?
Le texte est de moi, mais pour les informations (noms, dates etc...) je me suis aidé de livres et sites internet spécialisés.
 

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Discussion Starter · #8 · (Edited)
ULTRABEN said:
Beau boulot !!!
Je ne connaissais pas la courte renaissance du paquebot après son incendie.
A un moment, on pensais vraiment pouvoir le restaurer et le réutiliser. Mais la Compagnie Géérale Transatlantique n'avait pas d'argent. La quasi totalité de sa flotte était détruite, les ports inutilisables et sa Gare Transatlantique rasée.

Lorsque j'ai écrit cet article, j'ai été très étonné de savoir qu'au dernier moment, la Navy avait envisager de transformer le reste du Paquebot en Porte Avions.



Normandie, depuis la Chaussée des Etats Unis, au Havre.
 
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