SkyscraperCity banner
1 - 20 of 29 Posts

·
Registered
Joined
·
52,573 Posts
Discussion Starter · #1 · (Edited)
J'ai appris l'existence de ce projet en regardant une vidéo de Bernard Lugan (pas de polémiques sur la vidéo !). En faisant quelques recherches j'ai compris comment une solution politique bloquée peut entraver le développement économique de l'UMA.

Imaginez que ce projet date de 40 ans ! 40 années durant lesquelles l'immense gisement de fer de GARA DJEBILET n'a pas été valorisé.

Quand on parle de coût du non Maghreb, cet exemple est le plus édifiant. Et pourtant personne n'en parle. Sauf sur SSC !

Il s'agit du 3ème lien ferroviaire Maroc-Algérie :
1- ligne Oujda-Tlemcen (fermée)
2- ligne Bouaarfa-Bechar (abandonnée et hors service)
3- ligne Tan Tan - Gara Djebilet (jamais réalisée)

PS :
1- J'ai mis Tan Tan Port alors qu'il s'agit en fait d'un "site au Sud de l'oued Draa. J'ai donc mis Tan Tan Port pour des commodités et car c'est à 30km au Sud de l'oued Draa. Tout porte à croire qu'il aurait s'agit de Tan Tan Port.
 

·
Registered
Joined
·
52,573 Posts
Discussion Starter · #2 · (Edited)
Le 22 novembre 1963, le quotidien économique marocain rapporte le communiqué suivant

Le Bureau d’investissements en Afrique (BIA) remettra d’ici peu à M. Ben Bella le rapport que lui a demandé le chef d’Etat algérien sur la possibilité d’évacuer par Colomb-Béchar et Oran le minerai de fer du gisement de Gara Djebilet. Ce rapport sera, bien entendu, négatif : 1500 kilomètres séparant Gara Djebilet d’Oran, le coût du transport serait prohibitif. Il n’existe d’ailleurs aucune voie ferrée transportant du minerai de fer sur 1500 kilomètres.
Si le fer de ce site doit être exploité un jour, la voie d’évacuation normale du minerai serait la côte marocaine qui est éloignée seulement de 500 à 510 km. La SERMI (Société d’études et de recherches minières), dont le capital est détenu en totalité par des organismes publics français, qui effectue actuellement un avant-projet de mise en valeur du gisement, a reconnu un tracé qui aboutit en territoire marocain au sud de l’Oued Draâ et qui ne nécessiterait qu’un minimum d’ouvrages d’art.
La SERMI a également entrepris une étude du port minéralier éventuel qui serait situé au sud du Draâ.
Les investissements nécessaires à la mise en valeur du gisement sont évalués à
1,2 milliard de nouveaux francs, y compris la construction du port et de la voie ferrée. En étude et en travaux divers, le BIA et la SERMI auront dépensé au 31 décembre 1963, quelque 20 millions de nouveaux Francs.
Il faut dire que la rivalité Algéro-Marocaine e empéchée pour l'instant, un accord de ce genre. Sans compter que certaines sphéres du pouvoir marocain continue à dire que TIndouf est une contrée marocaine. De plus, est ce que l'état Algérien est pret à investir des milliards juste à une frontiére trés instable qui risque d'etre une cible potentiel au moindre conflit armé.
http://www.lavieeco.com/en-direct/10078-un-port-marocain-pour-evacuer-le-fer-algerien.html
et
http://www.algerie-dz.com/forums/showthread.php?t=11880
 

·
Registered
Joined
·
52,573 Posts
Discussion Starter · #3 · (Edited)
Algérie
Ministère de l'Energie et des Mines
Agence Nationale du Patrimoine Minier

Appel à manifestation d'intérêt pour exploitation des gisements de minerais de fer de "GARA DJEBILET et Abdelaziz Mechri"​

Note technique sur les gisements de fer de gara djebilet et mechri abdelaziz



Devant l'augmentation de la demande de minerai de fer et d'une croissance régulière depuis 1999 de la production d'acier dans le monde, et de son accélération de la consommation et de la demande mondiale à partir de 2003, le Ministère de l'Energie et des Mines et l'Agence Nationale du Patrimoine Minier lancent un appel à manifestation d'intérêt pour le développement et la mise en valeur des gisements de fer de Gara Djebilet et Mechri Abdelaziz. Cette note permet de donner les informations globales et les éléments d'appréciation de base concernant ces deux gisements.

I. Identification des gisements :

1. Localisation :

Au sud ouest de l'Algérie (voir carte), deux gisements de fer ont été identifiés dénommés Gara Djebilet et Mechri Abdelaziz.

Le gisement de Gara Djebilet est situé à 130 Km au Sud Est de la ville de Tindouf, prés de la frontière algéro-mauritanienne, à 300 Km à vol d'oiseau de l'océan atlantique et à 1.600 Km au sud de la côte algérienne.

Le gisement de Mechri Abdelaziz est situé à 400 Km à l'Est de Tindouf et à quelque 250 Km du gisement de Gara Djebilet.

2. Réserves :

Les réserves globales de ces deux gisements constituent dans le sud ouest du pays un potentiel minier relativement important qui sont de l'ordre de plus de trois (03) milliards de tonnes de minerai de fer.

Les réserves exploitables de Gara Djebilet sont de l'ordre de 1,7 milliards de tonnes à 57 % de fer, localisées dans deux lentilles importantes : une lentille dite " ouest " avec 780 millions de tonnes et une lentille dite " centre " avec 900 millions de tonnes. Les réserves de Mechri Abdelaziz sont de l'ordre de 700 millions de tonnes de minerai pour une teneur moyenne de 52,45 % Fe.

Le gisement de Gara Djebilet a été reconnu par plus de 200 sondages carottés totalisant 7.000 mètres.

3. Caractéristiques du minerai :

Les minerais de fer de ces deux gisements sont considérés comme des minerais acides contenant des teneurs en SiO2 relativement élevées, d'Al2O3 (4 à 5%), de phosphore (0.8 %) et d'arsenic (0.03 %).

Depuis la découverte de ces gisements, de nombreux travaux de recherche et d'études ont été effectués par le BRMA (Bureau de Recherche Minière Algérien en 1953), par le BIA (Bureau d'Investissement en Afrique en 1959) et enfin le SERMI (Service d'Etudes et de Recherches Minières en 1961).

Après l'indépendance, plusieurs études ont été dirigées par la SONAREM avec des partenaires étrangers ayant une notoriété internationale dans le domaine minier (LKAB - Suède, IRSID - France, TEMPO & KAISER ENGENERING - USA, INSC - Japon et KLOCKNER - RFA)

II. Etudes de mise en valeur :

Les études de mise en valeur ont été principalement menées sur le gisement de Gara Djebilet.

Ce gisement est facile d'accès et l'extraction du minerai pourrait être menée à ciel ouvert sans problèmes particuliers. Concernant le gisement de Mechri Abdelaziz, les mêmes conditions minières que celles de Gara représentent un atout supplémentaire pour la valorisation de ces deux gisements. Si les conditions minières restent très intéressantes, la qualité du minerai et l'éloignement de ces gisements ont soulevé des interrogations. Afin de lever ces incertitudes un certain nombre de travaux et d'études ont été réalisés depuis.

1. Etudes d'exploitation et de transport :

Les différentes études menées dans les années 1970 ont abouti aux conclusions suivantes :

l'extraction du minerai sera menée à ciel ouvert,
l'évacuation du minerai pourrait se faire avec plusieurs variantes à savoir :
par la méditerranée (1500 Km de voie ferrée à réaliser)
par l'atlantique ou plusieurs solutions avaient été envisagées


2. Etudes et travaux d'enrichissement du minerai :

2.1. Concentration du minerai :

Les différents procédés technologiques connus pour l'enrichissement du minerai de fer ont été testés (épierrage, séparation magnétique, flottation, grillage, lixiviation, etc..).

Ces procédés, s'ils ont permis dans une certaine mesure d'élever la teneur en fer, n'ont pas donné de résultats probants du point de vue métallurgique compte tenu du fait qu'ils n'aboutissaient pas à l'élimination totale des éléments pénalisants (phosphore, arsenic, silice et alumine) ou à leurs réductions dans des proportions acceptables. Devant ce constat, le recours aux procédés de traitement métallurgique a été conduit.

2.2. Traitement métallurgique par haut fourneau :

Des essais avaient été menés par la société de sidérurgie algérienne " SIDER " sur l'utilisation de ce minerai dans la filière classique " haut fourneau ".

Les résultats de ces tests n'ont pas été concluants ; il a été relevé principalement une faible productivité et des consommations importantes de coke (environ 0.8 à 1 tonne de coke par tonne de minerai)

2.3. Valorisation par la réduction directe :

Des études et tests ont été réalisés et ont porté principalement sur la réduction directe au gaz naturel et la fusion de l'éponge de fer par différents procédés en vigueur à l'époque (procédés KAISER, HYLSA et ESW-DEMAG). Les premières conclusions, suite aux essais conduits en laboratoire ont permis de montrer que le minerai de fer de Gara Djebilet se prête assez bien à la réduction directe et que la fusion de l'éponge de fer est possible aussi bien au four électrique à arc qu'au four électrique à résistance de laitier. Il a été relevé, en outre que le four électrique à résistance de laitier (procédé ESW-DEMAG) semble être le plus approprié pour ce type de minerai. Sur la base de ces considérations et compte tenu que l'incertitude quant à l'enrichissement de ce minerai ait été levée, des essais semi industriels pourraient être conduits pour affiner son traitement et arrêter et dimensionner les équipements nécessaires.

III. Infrastructures liées à la valorisation de ces gisements :

En plus des conditions minières sensu lato décrites plus haut, l'existence d'une documentation technique très détaillée ainsi que la possibilité de traiter ce minerai (in situ ou ailleurs) la région renfermant ces gisements offre d'autres possibilités de faciliter la valorisation de ces gisements.

On peut citer :

1. Présence de ressources aquifères :

Des travaux ont été menés dans la région des gisements de Gara Djebilet et de Mechri Abdelaziz ou des potentialités aquifères importantes ont été mises en évidence. Ces travaux ont abouti à l'individualisation de six ensembles aquifères dont les débits varient de 2 à 30 l/s à des profondeurs moyennes d'une centaine de mètres. Plus d'une trentaine de sondages ont été effectués dans le cadre de cette opération.

Cet ensemble aquifère est situé dans le bassin de Tindouf et reste géographiquement peu éloigné des gisements de fer concernés.

2. Présence de gisements de gaz naturel :

Plusieurs découvertes de gaz naturel ont été mises en évidence au sud ouest algérien, à quelques 550 Km des gisements de fer de Gara Djebilet et Mechri Abdelaziz. Ces sites potentiels découverts dans les années 1980 se situent :

dans la cuvette de SBAA
dans le bassin de REGGANE
La production de gaz naturel à proximité de ces gisements serait un élément d'appréciation important dans le cadre d'une vision globale d'un projet intégré visant à l'extraction du minerai de fer et son enrichissement sur place avant transport par le procédé de réduction directe.

3. Disponibilité d'un levé aéromagnétique :

La région concernée à fait l'objet d'un levé aéro spectro magnétométrique permettant de cibler une prospection de l'ensemble de la zone afin d'orienter éventuellement des futurs travaux de prospection et d'exploitation pour augmenter les potentialités minières existantes.

Le projet de valorisation des gisements de minerai de fer de Gara Djebilet et Mechri Abdelaziz bénéficie d'atouts appréciables pour sa mise en valeur à travers un projet intégré par :

La disponibilité de réserves importantes de fer dont le potentiel pourrait être amélioré par une recherche complémentaire,
L'existence d'un potentiel aquifère pouvant répondre aux besoins du projet,
La présence de gisements de gaz naturel intrant indispensable pour la méthode d'enrichissement envisagé pour ce minerai,
La disponibilité d'une documentation complète comprenant les travaux géologiques effectués ainsi que l'ensemble des études technico-économiques réalisé sur ces gisements.
Du point de vue législatif la nouvelle loi minière permet à travers ses articles 171 à 173 des exemptions importantes pour les activités d'exploitation minière. Le code des investissements algérien offre lui aussi des avantages appréciables pour les compagnies industrielles désirant investir dans ce type d'opération.

Toutes ces données seront mises à la disposition des éventuels investisseurs lors de l'ouverture du Data Room.

Une journée d'information sur ce projet sera organisée par l'ANPM pour les entreprises ayant manifesté leur intérêt pour ce projet.


--------------------------------------------------------------------------------

Carte Géographique​
http://www.mem-algeria.org/bids/mines/technical_paper_gara-djebilet.htm#Map

Par l'atlantique ou plusieurs solutions avaient été envisagées
C'est une formulation pour ne pas prononcer le Maroc. :D
 

·
Registered
Joined
·
52,573 Posts
Discussion Starter · #5 ·
Gisement de Gara Djebilet



Gisement de Zouerate en Mauritaine à la même altitude

 

·
Registered
Joined
·
52,573 Posts
Discussion Starter · #6 ·
Aujourd'hui, 47 ans après, l'Algérie envisage de valoriser ces gisements avec une nouvelle ligne férrée.

 

·
Registered
Joined
·
52,573 Posts
Discussion Starter · #7 ·
Un récit long mais passionnant ! :cheers:

Déroulé d'une vie professionnelle, "Recherche miniere"

Par: Othmane KHETTOUCH Au gisement de fer De Gara Djebilet​

En novembre 1971, dans l’euphorie des retrouvailles maroco-algériennes, après la brouille née de la ‘’guerre des sables ‘’ de 1963, et après différentes réunions en haut lieu, il fut décidé d’approfondir l’étude de la mise en valeur du gisement de fer de Gara Djebilet dans le cadre d’une société mixte, la Société Maroco-Algérienne.

L’idée qui prévalait à l’époque était que toute la production de minerai à Gara Djebilet destinée à l’exportation devait être débloquée à travers le territoire marocain, par une voie ferrée aboutissant à un port sur l’Atlantique, à proximité de la ville de Tantan, dans la province de Tarfaya.

Il faut signaler qu’une mission préliminaire du BRPM, à laquelle avaient participé Guessous, Directeur Technique, Bouchta, Chef de la Division de la Géologie Minière, Esseddiqui, Chef du Département des Opérations Minières, avait lancé à Alger les premiers jalons de la coopération maroco-algérienne sur la reconnaissance approfondie et la mise en valeur du gisement ;

Ce nouvel intérêt pour Gara Djebilet venait conforter les premières investigations engagées par le Bureau de Recherches Minières Africain (BRMA) du temps de la colonisation française.

Dans ce contexte, une mission nous avait conduits en Algérie pour relancer, avec les responsables de la Société Nationale de Recherches Minières (SONAREM), l’examen du dossier et reconnaître le tracé du futur chemin de fer.

Du côté marocain, le Ministère chargé des mines, l’Office National des Chemins de Fer (ON CF) et le BRPM étaient représentés respectivement par Kacimi, ingénieur géologue, Aïchaoui, responsable des équipements et moi-même.

Originaire du Tafilalet proche des wilayas du sud algérien, je fus chargé par la Direction Générale du BRPM de piloter la mission, malgré la réticence dissimulée d'Aïchaoui de l’ONCF.

Avant le départ de la mission, jugée à caractère stratégique et politique, le Secrétaire Général, Diouri m’avait briefé longuement, m’exhortant à tout faire pour que nos partenaires algériens fussent convaincus de notre désir réel de participer à la mise en valeur rapide du grand gisement de fer.

Après un bref séjour à Alger, accueillis avec des égards particuliers, nous fûmes logés dans la résidence du Club des Pins pour montrer l’excellence retrouvée des rapports entre les deux pôles du Maghreb.

Après des contacts avec les responsables de la SONAREM et de plusieurs administrations concernées, nous avons rejoint Tindouf par un petit avion, bimoteur CESNA, spécialement affrété pour la circonstance.

L’avion, après avoir survolé les Hauts Plateaux, l’Atlas saharien et Bechar (ancien Colomb-Béchar) avait atterri à Tindouf, aux confins du Maroc méridional, sur une piste en tôle d’aviation perforée datant de l’occupation française.

Nous fûmes accueillis par un représentant de la SONAREM et installés sobrement dans un camp /base au centre de la petite cité saharienne.

Tindouf est reliée à Bechar par une belle route goudronnée de 800 km, à travers les hamadas où viennent se déverser les oueds marocains Ziz, Ghéris et Guir et l’oued algérien Zousfana, en formant les oueds Daoura et Saoura.

Avant Tindouf, la route était élargie et transformée en piste d’aéroport pour accueillir les avions gros porteurs.

On nous avait signalé que la Caravelle du Président Boumediene, en tournée dans les wilayas du sud, y avait atterri quelques mois auparavant.

A quelques encablures de Tindouf, en pleine hamada désertique, un forage d’eau (Hassi Robinet), réalisé par les méharistes français à la fin des années quarante, alimentait les nomades et les postes de gardes frontières algériens.

Nous avons bu de cette eau légèrement saumâtre.

Autour de ce point d’eau providentiel, d’un débit de quelques litres par seconde, devenu plus tard Hassi Rabouni, seront érigés en 1975 le quartier général du Polisario et les camps de réfugiés, en provenance obligée de Laâyoune, Smara et Boujdour et des pays voisins (Mauritanie, Mali, Niger) attirés par les aides du Haut Commissariat des Nations Unies aux Réfugiés.

Tindouf avait rappelé à mon bon souvenir l’affectation, en 1954, de mon cousin germain, Bassou, en tant que goumier dans la compagnie des confins sahariens stationnée dans cette localité administrée à partir d’Agadir.

Il faut rappeler qu’en 1963, sur ordre du Roi Hassan II, après l’intercession des de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) pour mettre fin à la ‘’guerre des sables’’, les troupes marocaines, commandées par le Général Benomar, avaient renoncé à l’occupation de la ville, historiquement marocaine, où la population était sortie en masse, avec moult drapeaux, pour accueillir les troupes victorieuses Forces Armées Royales.

Mon frère aîné, Haj Ali, jeune sous-lieutenant, aide de camp du Général Benomar, avait participé aux opérations au cours desquelles il fut blessé.

Par la suite, en tant que responsable du secteur de la Gendarmerie Royale de la région d’Agadir, il avait suivi les déplacements des commerçants marocains à l’occasion des ‘’mouggars’’ (foires annuelles) de Tindouf, drainant un mouvement considérable d’affaires entre le sud marocain et le sud algérien.

***

Nos collègues algériens étant toujours en Mauritanie, nous avons profité de cette situation d’incertitude pour circuler à travers Tindouf, petite ville en pleine expansion immobilière, dans un univers rude et triste, battu par les vents du désert.

Au gré des discussions avec les responsables locaux de la SONAREM, nos collègues algériens étaient annoncés ou signalés d’abord à Bechar, puis à Tindouf, sur la piste mauritanienne, et enfin à Gara Djebilet.

En fait, personne ne connaissait leur position exacte, car c’était le flou total.

Pour les retrouver, et sans grande conviction, nous fûmes contraints d’effectuer, en une seule journée, le trajet Bechar-Tindouf-Bechar-Tindouf (soit plus de 2.000km) à grande allure, en Citroën DS 21, heureusement confortable, mise à notre disposition par le maire de Bechar.

Au cours de notre bref séjour à Bechar, nous avons été à la ville charbonnière de Kénadsa, non loin de la frontière marocaine, où une petite centrale thermique utilisait l’anthracite extrait pour produire de l’électricité nécessaire à la ville.

Bechar m’avait remémoré aussi la liaison Ksar-es-Souk-Colomb Bechar des années cinquante, par une longue piste de plus de 350 km partant de la gare routière au centre de Ksar-es-Souk, et traversant les localités de Boudenib, Bouanane, Aïn Chaïr et Mengoub.

Sur le trajet Bechar-Tindouf, nous avons traversé la localité d’Abadla où un petit périmètre irrigué par le barrage construit sur l’oued Guir prenant sa source Maroc, était en cours d’aménagement.

Cette opération, décidée unilatéralement par l’Algérie, avait bénéficié, pour éviter un casus belli, de la bienveillance du Maroc qui avait renoncé à l’édification d’un barrage de retenue dans la région de Boudenib-Atchana.

Abadla m’avait rappelé les familles algériennes Sayyed, notables de la région, réfugiés durant la guerre d’Algérie à Goulmima chez mes parents, et sans nouvelles d’eux depuis qu’ils avaient regagné leur village après l’indépendance en 1961.

Après Abadla et le minuscule village de Tabelbala, ce sont, jusqu’à Tindouf, les immensités monotones et rocailleuses où poussent les rares buissons à chameau.

A Tindouf, pas de traces de l’équipe algérienne !

Le lendemain, dans le flou le plus total, nous avons rejoint, par une piste de 170 km, le gisement de Gara Djebilet au sud-ouest de Tindouf, à proximité de la frontière mauritanienne.

Là, le tracé avait été tiré au cordeau par les Français pour inclure le gisement de fer dans l’ensemble colonial relevant des Départements des Oasis, puis plus tard de la fantomatique Organisation Economique des Régions Sahariennes (OERS) que le Général De Gaulle voulait soustraire au territoire revendiqué par le FLN, après la découvertes des riches gisements d’hydrocarbures de Hassi Messaoud.

Des baraquements en tôle ondulée, avaient servi de camp et de base appui aux légionnaires des forces d’occupation françaises assurant la protection des équipes de techniciens et d’ouvriers chargées sur les lieux de l’étude du gisement, du prélèvement des échantillons et des essais pilotes d’exploitation et de valorisation du minerai de fer phosphoreux.

D’anciennes installations d’enrichissement du Bureau de Recherches Minières Africain (BRMA) étaient là, sous le soleil implacable, battues par les vents de sable et soumises au travail de sape de la corrosion, dans un environnement de pierraille brune, de collines pelées et de ravins longtemps et toujours desséchés.

Nous avons profité de notre séjour pour aller visiter la petite source d’Aïn El Agreb, à cinquante kilomètres à l’Est de Gara Djebilet, et boire le thé saharien de l’amitié et de la bienvenue avec les nomades Rguibat au teint méconnaissable, et aux visages membres burinés comme les écailles des crocodiliens.

Sur le chemin de retour vers Gara Djebilet, nous fûmes pris sous une terrible tempête de sable, et sur le conseil de notre chauffeur guide, nous sommes demeurés sur place en attendant le retour du calme profond, après le déchaînement impitoyables des éléments de la nature.

Aux baraquements, nous avons passé notre temps à jouer aux cartes et à nous adonner à la lecture des nombreux livres abandonnés par les légionnaires français.

Après trois jours d’une interminable attente, nos collègues algériens étant signalés à Tindouf, nous avons quitté Gara Djebilet à bord de deux Land Rover pour les retrouver au camp de la SONAREM et préparer ensemble la mission de reconnaissance du tracé de la voie de chemin de fer vers la côte atlantique.

Deux experts américains de la société TEMPO, étaient là pour participer à la mission en tant que conseillers en transport de la partie algérienne pilotée par l’ingénieur des mines, Témina, indifférent au contretemps de plusieurs jours.

Le soir, après un dîner très ordinaire, nous avons discuté longuement du programme, puis esquissé le circuit de la traversée du territoire marocain jusqu’à Tantan ; nous avons alors estimé atteindre la côte atlantique après deux jours de reconnaissance du tracé sans encombre.

Tôt, nous avons quitté Tindouf, à bord de quatre Land Rover Santana, avec tout l’équipement de campement, de survie et de reconnaissance.

Les chauffeurs Rguibat, visages dissimulés derrière leurs turbans bleus, étaient confiants de leur parfaite connaissance du terrain et des lieux de passage.

Au bout d’une demi-heure à peine, nous avons atteint la frontière algéro-marocaine, sans marque particulière, avant de nous engager dans la hamada, en longeant la frontière rectiligne de l’ex-Sahara espagnol.

La traversée fut relativement aisée, les Lands Rover roulant à très vive allure, comme à la parade, soulevant d’épais nuages de poussière ocre.

A plusieurs reprises, nous avons marqué une halte pour examiner les cartes, la nature des terrains et localiser les changements de déclivité de la future voie ferrée.

Aïchaoui de l’ONCF, faisait montre de beaucoup de professionnalisme comme pour impressionner les techniciens de TEMPO.

Les Algériens observaient sans broncher, alors que Kacimi et moi, étions là pour donner notre avis sur les zones de passage obligé.

Dans le secteur plat et monotone de la hamada, la réalisation du chemin de fer ne devrait pas poser de problème particulier, les travaux porteraient essentiellement sur des terrassements et la pose de la voie en terrain relativement consistant et de bonne tenue.


Après une longue journée, toute de sable et de sueur, nous avons décidé d’une pause méritée, les chauffeurs s’affairant pour piquer les tentes et installer le bivouac, non loin d’un campement de nomades intrigués par notre présence.

Aussitôt, nous fûmes assaillis par un groupe de militaires marocains (peut-être alertés par les nomades) étonnés de nous voir dans ces parages.

L’Armée marocaine était là pour surveiller la frontière avec l’ex-Sahara espagnol revendiqué depuis toujours comme partie intégrante de notre pays.

En dépit de nos explications sur l’objet de notre mission, nos interlocuteurs ne voulaient rien savoir, arguant ne pas être informés officiellement de notre passage.

« Vous devez venir avec nous à Zag pour vous expliquer avec le capitaine responsable de la garnison, car nous ne sommes pas informés de votre passage dans cette zone», nous dit le chef du peloton, quelque peu agressif et agité.

Que faire ?

Les Algériens et les experts américains étaient muets et perplexes, et nous Marocains, hôtes de la mission, étions sérieusement gênés par la tournure inattendue des évènements.

Pourtant, avant notre départ de Rabat, toutes les dispositions avaient été prises pour informer les autorités civiles et militaires du secteur du circuit et des lieux de passage de notre mission.

Sans attendre, et bien obligés malgré nous d’accompagner les militaires pour prendre contact avec le capitaine, chef de la garnison de Zag, j’avais proposé à mon collègue algérien, Témina, de partir en laissant le camp s’installer tranquillement.

En pleine nuit étoilée, à bord de deux Land Rover, nous avons quitté le bivouac, guidés par nos éclaireurs Rguibat, experts dans l’orientation par tous les temps, habitués des pistes chamelières, des ravins ensablés et encaissés, des buissons et des dépressions de terrain.

Après plusieurs heures de cahotement, nous avons atteint, tard la nuit, l’entrée de Zag dont on distinguait, à peine au loin, quelques lumières blafardes.

En plein milieu d’un oued, une de nos Land Rover tomba dans une crevasse, entraînant la rupture du système de freinage hydraulique, nous contraignant à continuer, à bord du deuxième véhicule, jusqu’à la caserne, seul bâtiment imposant de la bourgade de Zag.

Nous fûmes accueillis avec beaucoup d’égards et de chaleur par l’officier en second, tout confondu en excuses pour cette déconvenue sur notre circuit.

« Le capitaine chef de la garnison est à Tantan, il sera de retour demain, vous êtes les bienvenus parmi nous », nous dit l’officier avec délicatesse.

On nous servit un délicieux dîner et on nous logea confortablement au chaud.

Le lendemain matin, toutes les autorités locales de Zag, civiles et militaires, étaient averties de notre présence, et attendaient un message radio de la province de Tantan pour nous autoriser à poursuivre notre mission.

La batterie de la radio étant ‘’à plat’’, il avait fallu recourir à celle de notre Land Rover pour communiquer avec Tantan et obtenir le feu vert de qui de droit.

A Zag, il n’y avait pas de garage, ni d’atelier mécanique, et encore moins de lubrifiants pour système de freinage pour dépanner notre deuxième Land Rover immobilisée depuis la veille dans l’oued.

Nous étions réellement désemparés devant une situation aussi cocasse.

Le khalifa de Zag nous proposa curieusement de l’huile domestique !

Ne nous voyant pas revenir au bivouac, inquiets, nos amis du camp étaient venus à la rescousse avec l’outillage de secours.

La réaction des hommes du désert et des habitués des pistes avait bien fonctionné avec beaucoup de célérité, mais aussi de discernement.

Après la remise en état du véhicule et le feu vert des autorités locales, toutes confondues en excuses, nous avons rejoint notre camp, en espérant calmer les esprits torturés de nos collègues restés sur place.

Réellement, malgré les coups de gueule des responsables provinciaux de Tantan, les autorités locales de Zag, représentées par un frêle khalifa, et les militaires n’étaient pas informés de notre passage.

Le lendemain, après une dure journée de reconnaissance de la descente de la hamada, des oueds ensablés de la zone de Labouirate, d’autres déconvenues nous attendaient, au grand dam renouvelé de nos compagnons étrangers.

Au soir de cette journée, alors que nous installions notre camp, une escouade de soldats marocains était venue nous assaillir au pas de course, prête à tirer sur nous, sans sommation ni ménagement.

Nous avons encore une fois expliqué le but de notre mission, parlementé, palabré sans fin, et rappelé les péripéties de l’avant veille à Zag.

Coriaces, les soldats voulaient nous obliger à les accompagner au poste de Hassi Bouirate, à une trentaine de kilomètres pour rencontrer le chef du fort.

Mais après de longues palabres, nous les avons convaincus de nous laisser passer la nuit, sous leur garde, et de partir à Hassi Bouirate le lendemain à la première heure.

Les Algériens et les experts américains, décontenancés, voyaient déjà la mission compromise par des événements récurrents avec les forces armées marocaines, sur leur garde permanente le long de notre parcours.

Au lever du jour, le déménagement du camp fut rapide pour rattraper le retard dans la reconnaissance du tracé de la voie, dans cette zone d’oueds ensablés.

Nous sommes arrivés, avant midi, au casernement de Hassi Bouirate, vieille bâtisse datant de l’occupation espagnole de la zone de Tarfaya, perchée sur une colline dominant la vallée encaissée et ensablée de Labouirate.

Le vieux fort surplombait un puits implanté dans le lit d’oued qui alimentait en eau potable les militaires et les campements de nomades.

Le contact avec le capitaine chef de garnison fut très affable, et comme la veille avec ses soldats, il nous fit part de l’ignorance du passage de notre mission dans l’aire de son commandement.

Nous avons tous compris, à juste titre, que la coordination et l’information n’étaient pas le fort des Administrations civile et militaire marocaines.

Notre présence étant signalée à Tantan par message codé, nous avons attendu plusieurs heures pour la transmission, la réception et le décodage du message retour, la radio du fort militaire étant alimentée par dynamo actionnée en pédalo par un soldat, rappelant étrangement le film du ‘’Pont sur la Rivière Kwaï’’.

« Je suis navré de vous avoir retenus ici, mais je ne pouvais faire autrement, je vous souhaite bonne continuation », nous dit, avant notre départ, l’officier réellement dépité du contretemps subi.

Nous fûmes ‘’libérés’’ en début d’après midi, après avoir consacré en définitive plus de temps aux discussions avec les militaires qu’à l’examen des cartes et à la véritable reconnaissance du tracé de la future voie ferrée.

Les Américains étaient soulagés, alors que les Algériens avaient gardé un mutisme complet, ne se déridant que bien plus tard.

Après la reconnaissance du tracé sur le plateau rocailleux avant la localité de Msied, un autre arrêt nous fut imposé par des gardes mokhaznis à un passage obligé, à 70 km de Tantan.

Nous avons de nouveau attendu, durant plusieurs heures, le feu vert des autorités provinciales pour nous laisser continuer notre route.

Tard le soir, enfin, en véritables loups du désert, poussiéreux et hirsutes, nous sommes arrivés à Tantan, et accueillis avec beaucoup d’effusion par le Secrétaire Général de la province, tout désolé des perturbations sur notre parcours depuis l’entrée en territoire marocain.

Après nous être débarbouillés, une grande réception organisée par la province de Tantan, nous fit oublier, quelque peu, nos multiples mésaventures.

Le lendemain, nous avons reconnu l’embouchure de l’Oued Draa et le secteur de la Plage Blanche, terminus supposé de la future voie ferrée Gara Djebilet-Tantan.

Avec un grand soulagement, les experts américains de TEMPO, perplexes et peu diserts jusqu’alors, et Aïchaoui de l’ONCF avaient entamé l’élaboration d’une première esquisse de la future voie, puis fixé le programme de leurs contacts futurs pour approfondir davantage la nature du tracé.

Cinq jours après notre départ de Tindouf, en compagnie de Témina et des autres membres de la délégation marocaine, nous avons rejoint Rabat, après un passage rapide à Agadir, accueillis chaleureusement par le personnel du BRPM.

Les autres membres de la mission avaient repris le chemin de Tindouf, avec pour tâche d’emprunter le même circuit qu’à l’aller, en s’accordant cette fois le temps d’examiner en détail la configuration des terrains, les passages d’oueds et la remontée de la hamada.

Nous avons appris par la suite que le retour vers Tindouf s’était effectué sans encombre, à la satisfaction des experts de TEMPO.

A Rabat, Témina eut l’occasion de rencontrer le Directeur Technique du BRPM, Guessous, d’aborder avec lui le programme de la mise en valeur du gisement de Gara Djebilet et la constitution de la future société pour le transport et la commercialisation du minerai de fer.

De bonnes perspectives pointaient à l’horizon, alors que les relations algéro-marocaines semblaient s’engager dans une phase euphorique.

Tous, ensemble, nous avons espéré que cela continue !

****

La première mission étant jugée relativement positive, et les relations entre les deux pays au beau fixe, une deuxième mission fut organisée en 1972 pour examiner l’état d’avancement des travaux et des études réalisées et commanditées unilatéralement par la partie algérienne.

Du côté marocain, le Département chargé des Mines était représenté de nouveau par Kacimi, le BRPM par Omar Amraoui, Chef de la Division de la Valorisation Minière et moi-même, et SEFERIF par Harrak, responsable des centres miniers de Nador (Wixan et Sétolazar), ingénieur de grande expérience, rompu aux problèmes d’exploitation et de transport du minerai de fer.

A Alger, nous avons, dès le premier jour, constaté le stand by du dossier, malgré l’optimisme affiché du Directeur Général de la SONAREM, Hmaïdia.

Le rapport de TEMPO, sensé être mis au point depuis un an, ne nous avait pas été communiqué pour en apprécier la pertinence et les conclusions.

Les Algériens faisaient semblant de ne lui accorder aucun crédit et considéraient que tout était à reprendre dans le cadre d’une nouvelle approche
.

Avant de rejoindre Gara Djebilet, et sur notre demande, nous avons effectué un long périple le long de la côte méditerranéenne, à Bejaia sur le Golfe du même nom, Skikda, débouché maritime du Constantinois, futur grand centre de liquéfaction et d’exportation du gaz naturel du gisement de Hassi Rmel.

Nous avons découvert Annaba, site de l’ancienne Hippone, puis plus à l’intérieur, Constantine au dessus des gorges du Rummel, Sétif ville martyre de l’époque coloniale, Djamila /Timgad, connue pour ses imposantes ruines romaines de la ville antique de Cuicul fondée en l’an 100.

Avant d’arriver à Alger, tard dans la soirée, nous sommes passés par les défilés des Monts Hodna (1890m) qui ont connu des accrochages sanglants entre l’armée française et les groupes armés du FLN.

Au cours de ce long déplacement, nous avons découvert une Algérie avec ses fantasmes révolutionnaires, mais aussi les magnifiques paysages en Petite Kabylie le long de la côte méditerranéenne, zone à véritable potentiel de développement touristique de premier ordre, ignorée des autorités placées sous le joug du pétrole et du gaz des gisements fabuleux à Hassi Messaoud et Hassi Rmel.

Malheureusement, partout le délabrement des campagnes, l’insuffisance et le triste état des infrastructures d’accueil et d’hébergement étaient patents et laissaient supposer une profonde léthargie pour plusieurs années.

Ainsi, à notre arrivée tardive à l’hôtel le plus huppé de la ville de Constantine, nous n’avons pas pu dîner par suite de la fermeture du restaurant.

Nous avons assouvi notre faim par une omelette de mauvais goût servie dans nos chambres poussiéreuses.

De retour à Alger, et après une dernière mise au point avec les responsables du secteur des mines, nous sommes repartis par un avion Beachcraft à Gara Djebilet, via Bechar, accompagnés de Hmaïdia, Directeur Général de la SONAREM et Budin ingénieur civil des mines franco-algérien que je rencontrerai plus tard par hasard lors d’une escale à Orly Sud.

Notre séjour sur le site de Gara Djebilet fut une véritable répétition de celui de 1971, agréable mais sans intérêt particulier.

Sur place, aux baraquements et aux affleurements du gisement, rien de nouveau n’avait été entrepris par la partie algérienne.

Les livres laissés par les légionnaires français étaient toujours au même rayonnage, envahis par la poussière et l’oubli.

Les équipements du BRMA continuaient à être érodés par les éléments de la nature, et le gisement n’avait fait l’objet d’aucune activité réelle de recherche et développement ; c’était l’immobilisme absolu.

Après deux jours, ponctués de succulents méchouis, nous sommes rentrés à Oran par la piste et la route (environ 2.000 km).

Au passage, nous avons visité la cité de Tindouf, toujours aussi morne et triste, la splendide palmeraie de Taghit dominée par les dunes du Grand Erg Occidental, Ain Sefra, et en fin la ville d’eau minérale de Saïda au pied des Monts de Saïda.

En longeant la frontière avec le Maroc, nous avons observé les stigmates de l’occupation française et de la guerre de libération (champs minés, casemates, camps fortifiés, postes d’observation et miradors sur les hauteurs, terre brûlée).

D’Oran, deuxième ville d’Algérie sur la Méditerranée, ancienne ville coloniale, centre commercial et industriel, nous avons rejoint Alger par avion de nuit.

Le lendemain, nous avons visité les localités de Sidi Frej (Sidi Ferruch), petite baie à l’ouest d’Alger où avait débarqué le corps expéditionnaire français le 14 juillet 1830 pour prendre à revers les troupes turques, puis Tipaza avec ses vestiges romains, et enfin le quartier de Bouzréâa, sur les hauteurs dominant la capitale.

Nous avons quitté nos amis algériens avec l’espoir de voir le projet démarrer réellement, un jour proche.

Mais la nature controversée des relations maroco-algériennes avait fait tomber le dossier dans les oubliettes.

Les Soviétiques avaient tenté de le réactiver en étudiant le raccordement de Gara Djebilet au chemin de fer à Bechar-Ghazaouet, sur une distance de 1.600 km.

Il aurait même été envisagé le transport du minerai par avions gros porteurs !!!


La crise mondiale de la sidérurgie, la découverte d’immenses gisements de fer de bonne qualité et non phosphoreux au Brésil et en Australie, la perpétuation de l’affaire du Sahara occidental, avaient enterré, pour longtemps, cette belle perspective de la construction du Grand Maghreb.
http://www.goulmima.com/news/news_fiche.php?id=61
 

·
Registered
Joined
·
52,573 Posts
Discussion Starter · #8 ·
...

À côté de ces ombres, les éléments positifs : le bassin de Tindouf contenait dans son sous-sol d'énormes richesses minières. On y trouvait du fer d'excellente qualité, notamment le gisement de Gara-Djebilet, un des plus riches du monde, puisque les experts évaluent ses réserves à deux milliards de tonnes et que la teneur en fer du minerai est de 65 pour cent (contre 35 pour cent pour le minerai de Lorraine). Ce gisement était suffisant, à lui seul, pour assurer la prospérité de l'Algérie et du Maroc, à condition d'être exploité d'une façon rationnelle. Les techniciens voyaient déjà surgir, aux lisières du Sahara, une « Ruhr nord-africaine » susceptible de fournir du travail à plusieurs générations.

Ces projets ne relevaient pas de la fantasmagorie. On pouvait en chiffrer les résultats sur le papier. Comme le volume de ces minerais était beaucoup trop élevé pour pouvoir être consommé sur place, il fallait en prévoir l'exportation. Ceci posait le problème d'un débouché sur la mer. Or les ports algériens les plus proches, Arzew et Ghazaouet ', étaient à 1 300 kilomètres, Port-Étienne , en Mauritanie , à 1 400 kilomètres, alors que les ports marocains de La Gazelle et de Tarfaya se trouvaient respectivement à 400 et 515 kilomètres. (Une voie rejoignant directement la côte en traversant le territoire d'Ifni serait encore plus courte, mais elle posait le problème de l'enclave espagnole .)

Or le coût du transport de la tonne de minerai de fer avait une incidence directe sur son prix de revient. En comparant ces diverses données, il résulterait que le coût du transport représente*rait :
- 4 fois le coût de l'extraction, en passant par Arzew;
- 3,3 fois le coût de l'extraction, en passant par Gha*zaouet;
- 2 fois le coût de l'extraction, en passant par La Gazelle ;
- 1, 75 fois le coût de l'extraction, en passant par Tar*faya
.

En le faisant transiter par les ports algériens, le minerai de Tindouf n'était plus compétitif, alors qu'il le demeurait largement en transitant par les ports marocains. Pour tenter d'échapper à cette obligation, la Sonarem, ou « Société nationale de recherches et d'exploitations minières », dépendant du ministère algérien de l'Industrie et de l'Énergie, avait étudié quatre-vingt-quatre variantes du tracé, portant sur toutes les possibilités d'évacuation. Or toutes avaient abouti à la même conclusion; l'exploitation des richesses de Tindouf n'était rentable qu'à condition d'emprunter le territoire marocain.

L'avenir n'était-il pas clairement inscrit dans ces chiffres?

Puisqu'il en est ainsi, s'était dit Hassan II, pourquoi continuer à nous disputer des richesses qu'aucun de nous n'est capable d'exploiter à lui seul ? Pourquoi ne pas nous mettre d'accord pour constituer un organisme équivalant à ce qu'est pour l'Europe la Communauté du charbon et de l'acier? Au lieu de nous épuiser dans des luttes stériles, pourquoi ne pas faire de ces territoires une sorte de condominium économique algéro-marocain, auquel on pourrait associer par la suite la Mauritanie6 et le Rio de Oro 7, le jour où il aurait été évacué par les Espagnols ? Ainsi se constituerait au nord-ouest de l'Afrique une vaste zone de coprospérité trois fois grande comme la France, au regard de laquelle les problèmes posés par le tracé des frontières perdrait, sinon toute signification, du moins beaucoup de leur acuité.

Reléguer à l'arrière-plan les litiges territoriaux, les laisser se dissoudre au fil des années ; donner, pendant une période à déterminer, la primauté à la coopération économique ; imprimer à cette coopération une impulsion assez forte pour qu'elle puisse porter des fruits avant l'achèvement de la période prévue, telles furent les grandes lignes du plan que se traça Hassan II ; et à la mise en œuvre duquel il décida de consacrer tous ses efforts. Mais pour pouvoir se concrétiser, ces principes directeurs avaient besoin de l'accord de tous. D'où une question préalable : les autres chefs d'État seraient-ils assez clairvoyants pour comprendre à quel point ces conceptions répondaient aux exigences de notre époque, à son besoin de faire peau neuve, à son refus de se laisser enfermer dans les cadres trop étroits légués par le passé? Rien n'était moins certain, car les relations entre Rabat et Alger étaient restées tendues. L'affrontement d'octobre 1963 avait laissé de part et d'autre des séquelles douloureuses. Il y avait une pente difficile à remonter. Mais, là encore, les événements favorisèrent le jeune roi et montrèrent à quel point la chance était de son côté. Avec Ben Bella, un rapprochement eut été impossible. Celui-ci n'avait pas digéré les circonstances dans lesquelles son avion avait été détourné, ni la facilité avec laquelle Mohammed V s'était accommodé de sa longue détention . Durant la durée de son incarcération à l'île d'Aix et à Aulnoye, Khider, qui était son compagnon de cellule, n'avait cessé d'attiser sa méfiance envers Mohammed V et la dynastie alaouite.

Or, le 19 juin 1965, un coup d'État militaire avait évincé Ben Bella du pouvoir. Un homme nouveau l'avait remplacé à la tête du gouvernement algérien : le colonel Houari Boumédienne. Tempérament énergique et réalisateur, dont le laconisme tranchait sur le verbalisme démagogique de son prédécesseur, l'ancien commandant de la Wilaya V était bien trop perspicace pour ne pas voir tous les avantages qu'apporteraient à son pays un désamorçage du différend algéro-marocain et son remplacement par une formule de coopération économique.Ayant étudié le problème sous tous ses aspects, il était parvenu à des conclusions qui rejoignaient celles de Hassan IL Dès lors, il ne restait plus qu'à les mettre en pratique.

Aussitôt, les ambassadeurs se mirent au travail pour créer une atmosphère favorable à la détente. Ces efforts convergents reçurent une première consécration le 15 janvier 1969, quand fut signé à Ifrane, dans la résidence d'hiver du roi, un traité de fraternité, de bon voisinage et de coopération entre le royaume du Maroc et la République algérienne. Date capitale dans l'histoire du Maghreb! Un esprit amical, annonciateur du renouveau, semblait avoir balayé jusqu'au souvenir de la discorde. Pour apprécier l'importance de ce rapprochement, il faut se référer au texte même du traité :

Art. I : Une paix permanente, une amitié solide et un voisinage fructueux, découlant naturellement de la fraternité séculaire liant les deux peuples frères, régneront entre la République algérienne démocratique et populaire et le royaume du Maroc, et viseront à l'édifi*cation d'un avenir commun et prospère.
Art. II : Les Parties contractantes s'engagent à renforcer leurs relations communes dans tous les domaines et notamment dans les domaines économique et culturel, afin de contribuer à l'élargissement du champ de la compréhension mutuelle entre les peuples frères d'Algérie et du Maroc et au renforcement de l'amitié et du bon voisinage entre eux.
Art. III : Considérant que la coopération économique constitue une base solide pour leurs relations pacifiques et amicales et vise à la promotion de leurs pays, les Parties contractantes apporteront leur participation réciproque au développement de cette coopération dans tous les domaines.
Art. IV : En cas de litige ou de différend, sous quelque forme que ce soit, les Parties contractantes s'interdisent de recourir à l'emploi de la violence entre elles et s'emploieront à régler leur différend par des moyens pacifiques [...], en application des principes et des résolutions de l'Organisation des Nations Unies, de la Ligue des États arabes et de l'Organisation de l'Unité africaine.
Art. VIII : Le présent traité restera en vigueur pen*dant une durée de vingt ans à compter de la date de sa mise en exécution9. Il est renouvelable, par tacite reconduction, pour une période de vingt ans, tant qu'il n'est pas dénoncé par l'une des Parties contractantes, par écrit, un an avant son expiration.

Pour le Royaume du Maroc
Le Ministre des Affaires étrangères
Ahmed laraki
Pour la République algérienne
Le Ministre des Affaires étrangères
Abdelaziz bouteflika


Je voudrais souligner deux points qui donnent à ce traité une signification particulière, devait dire Hassan II peu de temps après sa signature. D'abord, il a été contracté pour vingt ans - ce qui est un délai inhabituel pour une convention de ce genre ; ensuite, il associe étroitement la coopération culturelle à la coopération économique. Pourquoi? Parce qu'il est vain de vouloir faire avancer les choses si l'on ne s'occupe pas, en même temps, de faire progresser les esprits. J'ai souhaité que les écoles marocaines, algériennes - et pourquoi pas tunisiennes ? - dispensent à nos enfants un enseignement qui les rende plus conscients de leurs liens de parenté et leur apprenne à voir les choses sous un angle plus large que cela n'a été le cas jusqu'ici. Dans vingt ans, une nouvelle génération aura grandi, pour laquelle les problèmes de frontières n'existeront plus, ou, du moins, s'ils se posent, ce sera dans des termes très différents d'aujourd'hui. Entre-temps, le traité d'Ifrane aura fait ses preuves et sa reconduction ne soulèvera aucun problème, car chacun aura compris que le Maghreb tout entier est le plus petit espace géographique dans lequel nous puissions vivre. Songez qu'en l'an 2000 le Maroc, l'Algérie et la Tunisie auront, à eux trois, quatre-vingts millions d'habitants. Ces conceptions sont caractéristiques de la manière de penser de Hassan II. Ce n'est pas à lui qu'il faut apprendre que ce qui paralyse la vie, ce ne sont pas les contraintes, c'est le manque de hardiesse.

Source : Histoire des Alaouites
BENOIT-Méchin, Histoire des Alaouites, Librairie Académique PERRIN 1994
Page 165
http://marocpluriel.hautetfort.com/..._origines_des_tensions_algero-marocaines.html

On connait la suite de l'histoire ...
 

·
Registered
Joined
·
113 Posts
bravo gadiri pour cet énorme travail que t'as fais .
vraiment bien dommage que ce genre de projet n'ont pas pu voir le jour .le coût du non maghreb est très très lourd ...
jusqu'à quand ?doit on attendre jusqu'à la fin du pétrole ?lorsqu'on ils n'auront plus rien à exporter et remplir les caisses .
 

·
Registered
Joined
·
52,573 Posts
Discussion Starter · #10 ·
bravo gadiri pour cet énorme travail que t'as fais .
vraiment bien dommage que ce genre de projet n'ont pas pu voir le jour .le coût du non maghreb est très très lourd ...
jusqu'à quand ?doit on attendre jusqu'à la fin du pétrole ?lorsqu'on ils n'auront plus rien à exporter et remplir les caisses .
Je te remercie.

On va voir si les chinois ou brésiliens exporteront ce minerai par Oran via la nouvelle voie férrée (l'option des Iliouchine un temps évoqué par les russes étant hors de propos) ou si cela rélève de l'utopie d'avoir un minerai compétitif après un périple de 1500 km. Après tout, en Australie on transporte du fer sur de longues distances, mais très loin de 1500 km?
 

·
Banned
Joined
·
244 Posts
Je pense que le temps a donne raison a l'Algerie,l'Algerie n'a pas interet a se presser dans ce genre de situation.

L'Algerie a bien eu raison de temporiser,la preuve,quelques annees apres, les choses se sont envenimes avec le Maroc.

Comment peut-elle travailler avec un pays qui revendique encore et officiellement une partie du territoire algerien ?

Comment peut-on penser a la cooperation alors que les frontieres algeriennes heritees de la colonisation,ne sont pas reconnues par le voisin de l'ouest ?

L'Algerie a bien fait de tout bloquer en attendant des jours meilleurs.

L'Algerie peut se passer de Gara Djebilet pour l'instant,l'Algerie n'est pas dans le besoin.
 

·
Banned
Joined
·
427 Posts
Je pense que le temps a donne raison a l'Algerie,l'Algerie n'a pas interet a se presser dans ce genre de situation.

L'Algerie a bien eu raison de temporiser,la preuve,quelques annees apres, les choses se sont envenimes avec le Maroc.

Comment peut-elle travailler avec un pays qui revendique encore et officiellement une partie du territoire algerien ?

Comment peut-on penser a la cooperation alors que les frontieres algeriennes heritees de la colonisation,ne sont pas reconnues par le voisin de l'ouest ?

L'Algerie a bien fait de tout bloquer en attendant des jours meilleurs.

L'Algerie peut se passer de Gara Djebilet pour l'instant,l'Algerie n'est pas dans le besoin.
...
 

·
Banned
Joined
·
244 Posts
Je pense que celui qui n'a pas d'argument solide,accuse les autres de "troll",terme qui ne veut absolument rien dire.

Soit on accepte de facto des propos errones comme l'analyse de ce thread,soit on se fait traiter de tous les noms.

C'est une tactique qui fonctionne bien dans certains pays pour etouffer un avis contraire,mais comme on peut le constater ici,cela ne marche pas du tout.
 

·
Registered
Joined
·
9,629 Posts
Oui il ne faut pas accuser les gens de troll. Mais soyons tous d'accord que:
-L'Algerie a raison de faire ceci.
-L'Algerie a raison de faire cela.
 

·
Banned
Joined
·
3,100 Posts
Je pense que le temps a donne raison a l'Algerie,l'Algerie n'a pas interet a se presser dans ce genre de situation.

L'Algerie a bien eu raison de temporiser,la preuve,quelques annees apres, les choses se sont envenimes avec le Maroc.

Comment peut-elle travailler avec un pays qui revendique encore et officiellement une partie du territoire algerien ?

Comment peut-on penser a la cooperation alors que les frontieres algeriennes heritees de la colonisation,ne sont pas reconnues par le voisin de l'ouest ?

L'Algerie a bien fait de tout bloquer en attendant des jours meilleurs.

L'Algerie peut se passer de Gara Djebilet pour l'instant,l'Algerie n'est pas dans le besoin.
Un pays qui revendique encore et officiellement une partie du territoire algerien ?? Peut tu nous citer ces sources dites officielles chere Monsieur ?? ( et ne cite surtout pas la fameuse carte du parti d'Istiqlal qui date de 50 ans ) !!! ses revendications moi j'en entends que des Algeriens, au Maroc, ca n'a jamais ete pris au serieux, ca na jamais evolue au point du debat meme..

La question des frontieres Algeriennes aurait tres bien pu etre regle lorsque les Francais occupait vos terres encore, le Maroc a prefere negocier avec les " freres " Algeriens celon feu Mohammed V, et voila le resultat , rappelons juste que ses frontieres auraient pu etre officialise au gout du Maroc lors de la guerre des Sables, malhereusement, la diplomatie cherifienne a l'epoque laissait ( et laisse toujours ) a desirer


l'Algerie n'est pas dans le besoin ??? les generaux peut etre, mais le peuple, grave dans le besoin. Les caisses sont pleine, mais a qui profite....
 

·
11 YEARS HERE!
Joined
·
15,377 Posts
Merci pour les détails Gadiri j'ignorais l’existence de ce projet moi qui est passionné du rail :)
 

·
Registered
Joined
·
52,573 Posts
Discussion Starter · #17 ·
les ports marocains de La Gazelle et de Tarfaya se trouvaient respectivement à 400 et 515 kilomètres. (Une voie rejoignant directement la côte en traversant le territoire d'Ifni serait encore plus courte, mais elle posait le problème de l'enclave espagnole .)
A quoi correspond ce port de La Gazelle ?
 

·
Registered
Joined
·
52,573 Posts
Discussion Starter · #19 · (Edited)
DAKHLA - ZOUERATE (Mauritanie)

Merci pour les détails Gadiri j'ignorais l’existence de ce projet moi qui est passionné du rail :)
Notre Sahara offre un débouché sur l'Atlantique qui a aussi été convoité par la Mauritanie pour évacuer le minerai de Zouerate. ^^

Après le départ des espagnols, la lutte Maroc-Mauritanie pour le sahara aurait été encore plus apre, et la Mauritanie n'aurait jamais abdiqué comme elle l'a fait si son fer transitait par Dakhla.

PS : Villa Cisneros = Dakhla et Port Etienne = Nouadhibou





 

·
Registered
Joined
·
3 Posts
Le Maroc a été trop sympa avec les algériens. Eux même savent que ce territoire est marocain. Et en 1971 Hassan 2 a fait un effort colossal pour ce grang Maghreb afin d'avancer (Ne plus réclamer les territoires que le GPRA avait promis de rendre contre l'exploitation de Gara-Jbilat en commun et l'appuie de l'Algérie aux réclamations du Maroc pour la restitution de ses territoires à l'Espagne. Après cet accord signé par Boumèdiène et Hassan 2, encore une fois l'Algérie se dérobe de ses signatures et ses responsabilités. Mais dieu est grand et le Fait que vous ne trouverais jamais la formule pour rendre rentable l'exploitation de ces minerais du Sud Ouest algérien est un signe de dieu qui vous dise, ces territoires sont marocains.
Nous marocains, avons choisi la non violence avec nos frères, car cela ne peut donner que des résultats comme ce qu'on voit au moyen orient, mais quelque fois j'ai l'impression que le dicton qui dit que pour applaudir il faut avoir deux mains, n'arrive pas à se réaliser au Maghreb et que j'ai peur que des solutions extrêmes s'imposent.
 
1 - 20 of 29 Posts
Top